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Associatif | International | Politique | 18.05.2011 - 17 h 22 | 29 COMMENTAIRES
Bradley Manning, traître à la nation ou héros gay?

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Qui est réellement Bradley Manning? Voilà un an que ce jeune homme de 23 ans est emprisonné. Accusé d’avoir transmis à WikiLeaks les centaines de milliers de documents confidentiels révélant les coulisses de la diplomatie américaine et un enregistrement d’une vidéo montrant une bavure de l’armée US en Irak, il est devenu le symbole d’une Amérique divisée. Pour la Maison Blanche et une bonne partie de l’opinion publique, il est un traître qui doit être jugé le plus sévèrement possible. Pour ses défenseurs, il est au contraire un « héros de la paix, un « humaniste » et même un « héros gay ».

C’est ce qu’avance notamment le célèbre militant britannique Peter Tatchell. Dans une tribune publiée sur son site internet mercredi 11 mai, M. Tatchell lance un vibrant appel en faveur du jeune soldat: « S’il a divulgué ces documents à Wikileaks, il devrait être salué comme un défenseur des droits humains », affirme-t-il. Décrivant Bradley Manning comme « un humaniste et un homme avec une conscience, inspiré par son engagement pour les droits de l’Homme », Peter Tatchell retrace le parcours militant de ce dernier pour de l’égalité des droits et contre la loi « Don’t Ask, Don’t Tell » (DADT). Cette loi abrogée par le Sénat américain en décembre 2010 qui obligeait les soldats homos à taire leur orientation sexuelle (lire États-Unis: Le Sénat vote l’abrogation de Don’t ask, Don’t tell).

HOMOSEXUALITÉ ET TRAHISON?
Une situation qui, ajoutée à une rupture avec son compagnon de l’époque, aurait conduit le jeune soldat à la dépression, selon The Daily Telegraph. Le quotidien britannique se base sur l’historique de la page Facebook du soldat, lequel se décrit comme « plus que frustré par l’armée et la société en général » et « plombé par le sentiment de n’avoir plus rien ». Bradley Manning aurait posté ses états d’âme sur le réseau social peu avant la date où il aurait, selon l’accusation, téléchargé les documents confidentiels sur des CD censés contenir les tubes de Lady Gaga (!). Pour M. Tatchell, Bradley Manning, sous réserve qu’il soit bien l’informateur de Wikileaks, aurait plutôt « été conduit à libérer les fichiers [parce qu’]il aurait perdu ses illusions avec son pays en matière de politique étrangère et militaire et croyait les idéaux américains de démocratie et les droits de l’homme trahis ».

Homosexualité et trahison, un cocktail béni pour la droite américaine qui combat l’abrogation de DADT au motif que l’ouverture de l’armée aux gays et aux lesbiennes constituerait un danger pour la sécurité des troupes. « Les révélation sur le comportement ouvertement pro-homosexuel de Manning suggèrent qu’une politique plus libérale du département de la défense, sur les souhaits du commandant en chef, s’est maintenant retournée dans des proportions considérables contre les forces américaines, estime ainsi le site ultra-conservateur Accuracy in Media. Cela pourrait causer non seulement des pertes au sein de l’armée mais aussi porter atteinte aux relations avec le Pakistan et l’Afghanistan et mener à une possible défaite militaire dans la région. »

MAUVAIS TRAITEMENTS 
Le cas du du premier classe Manning embarrasse également outre-Manche. Car le jeune homme est britannique par sa mère, installée au Pays de Galles. Celle-ci a réclamé la protection consulaire pour son fils après lui avoir rendu visite en prison en février dernier. « J’ai été très bouleversée de voir Bradley. Être en prison a un effet néfaste sur lui autant physiquement et mentalement, écrit-elle dans sa lettre aux autorités. Je crains que son état ne s’aggrave. Je voudrais que quelqu’un lui rendre visite afin de vérifier ses conditions [de détention]. » Mais le Foreign Office – l’équivalent britannique du ministère des Affaires étrangères – a refusé, arguant que Manning avait déclaré qu’il ne se considérait pas comme britannique. « Le Premier ministre David Cameron et son adjoint Nick Clegg n’ont pas réussi à l’aider, s’insurge Peter Tatchell. Ils ne se sont jamais élevés publiquement contre les mauvais traitements dont il est victime ou, à notre connaissance, appelé le gouvernement américain à stopper les abus que Manning a subi [en prison]. Voilà pour l’engagement professé par la coalition en faveur des droits de l’homme et des libertés civiles. » Jusqu’à ces dernières semaines, Bradley Manning était en effet détenu sur la base de Quantico dans un quasi-isolement, enfermé en cellule vingt-trois heures sur vingt-quatre, empêché de faire de l’exercice, privé de presque toutes affaires personnelles et même un temps de slip, sous prétexte qu’il pourrait se suicider avec. Finalement, devant le tollé international provoqué par ces mauvais traitement, son slip lui a été rendu et les autorités américaines ont transféré le jeune homme dans une prison militaire au régime plus souple, au Kansas.

« COURAGE ET INTÉGRITÉ » 
De leur côté, les partisans de Bradley Manning assurent la contre-attaque. L’Américain a un site de soutien, bradleymanning.org, qui tente de collecter des fonds pour assurer sa défense. Il a reçu le soutien du documentariste Michael Moore et d’intellectuels tels que Noam Chomsky, l’une des voix de la gauche américaine, qui écrit à son sujet: « C’est un privilège de participer à la campagne pour soutenir Bradley Manning, qui a fait preuve de courage et d’intégrité envers son pays, en contribuant à rendre le gouvernement responsable devant ses citoyens et en informant son peuple de ce qu’il devait savoir ». Reste que soldat Manning risque la prison à vie, voire la peine de mort pour « transmission illégale d’informations militaires » et « aide à l’ennemi », bien que le procureur chargé de l’accusation a déjà indiqué qu’il ne la réclamera pas. Son procès devant une cour militaire devrait bientôt débuter par des audiences préliminaires. Peter Tatchell exhorte les supporters du jeune Manning à agir en sa faveur en signant la pétition qui lui est consacrée ou en écrivant au soldat et aux autorités concernées.

Enquête | International | Politique | Religion | 19.02.2011 - 08 h 46 | 12 COMMENTAIRES
WikiLeaks: Pourquoi des politiciens ougandais lancent une chasse anti-gays en vue de la présidentielle

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Les câbles diplomatiques américains transmis par WikiLeaks au « Guardian » révèlent que le militant gay David Kato, assassiné le mois dernier, aurait été victime de moqueries aux Nations Unis. Mais permettent surtout d’y voir plus clair sur les raisons qui poussent des politiciens ougandais à faire des gays leurs boucs émissaires.

Le militant David Kato assassiné trois mois après avoir figuré en Une du journal qui a outé 100 citoyens ougandais en octobre 2010. (Photo archives Yagg)

Les câbles diplomatiques américains récupéré par WikiLeaks n’ont pas fini de parler. Les derniers en date révélés par le Guardian ne font que confirmer le climat d’extrême violence qui menace les homosexuels ougandais dans leur pays. Le diplomate américain en poste à Kampala (la capitale de l’Ouganda) explique dans l’un des câbles décryptés par WikiLeaks que David Kato, battu à mort près de chez lui le mois dernier (lire Ouganda: Un militant gay assassiné), avait prononcé un discours très bien écrit contre un projet de loi qui imposerait la peine de mort en cas d’infraction d’homosexualité aggravée, et la prison à vie pour ceux qui auraient des relations sexuels entre adultes du même sexe. La réunion, organisée avec le soutien des Nations Unies en décembre 2009, portait sur ce projet de loi appelé « Anti-homosexuality Bill ». Toutefois, les propos de David Kato étaient presque inaudibles en raison de sa « nervosité évidente », note le diplomate dans le câble diplomatique. Comble du cynisme, tout au long de son exposé, un membre de la Commission ougandaise des droits de l’homme a « ouvertement plaisanté et ricané » avec les partisans du projet de loi.

David Kato était l’une des 100 personnes outées par un journal ougandais en octobre 2010. Son assassinat est survenu trois mois après la parution de ce journal qui titrait sa Une: « Pendez-les! » (lire Ouganda: Un journal oute 100 gays et invite à les « pendre »). Dans un premier temps, la police ougandaise a prétendu le motif était le vol, mais a depuis arrêté un suspect puis a conclu à un crime résultant d’un « désaccord personnel » non relié à l’activisme de la victime. Une version qui est loin de faire l’unanimité, notamment chez les militants LGBT.

L’HOMOPHOBIE INSTRUMENTALISÉE À DES FINS POLITIQUES

Décembre 2010: Face à Rachel Madow de la chaîne MSNBC, David Bahati prétend que des gays cherchaient à enrôler des enfants. (Photo - Document remis)

Les violences homophobes ont fait irruption de manière effrayante en Ouganda et les gays se sentent de plus en plus surveillés et harcelés, affirme le rapport. On y apprend également que le député évangéliste David Bahati est classé dans la catégorie des « démagogues homophobes » et que le tollé international provoqué par son projet de loi l’a isolé politiquement. Cependant, il est clair qu’il ne cèdera pas à la pression de la communauté internationale. « Son homophobie est aveuglante et incurable » tranche le rapport. Ce dernier fait également référence à James Nsaba Buturo, le ministre ougandais de l’éthique et l’intégrité et fervent partisan du projet de loi, et au pasteur Martin Ssempa, qui organise des rassemblements anti-gays en Ouganda, tous deux identifiés comme des acteurs clés inaugurant une nouvelle ère de l’intolérance.

« L’HOMOPHOBIE QUI SÉVIT EN OUGANDA NE VA PAS DISPARAÎTRE »

A la même date l’année dernière, un câble du 16 février envoyé à Washington fait état de l’inquiétude des militants homosexuels face à cette loi dont le seul projet affecterait déjà leurs conditions de vie. L’un prétend que certains militants gays ont été arrêtés et sont détenus par les autorités et des extrémistes anti-gays tandis qu’un autre indique qu’il n’est pas au courant de telles arrestations. Les diplomates notent que la condamnation internationale de l’«Anti-homosexuality Bill » a obligé les dirigeants ougandais à reconsidérer leur soutien à Bahati mais que « les officiels continuent de faire des pronostics contradictoires sur l’avenir de la loi ». De fait, le câble prévient Washington que « même si le projet de loi est mis de côté dans les semaines à venir, l’homophobie qui sévit en Ouganda ne va pas disparaître. » Concernant l’élection présidentielle, on vient d’apprendre que le chef de l’État sortant Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, part favori face à une opposition divisée qui l’accuse d’ors et déjà de préparer des fraudes. Les premiers résultats sont attendus dimanche.

Pour approfondir le sujet, vous pouvez voir ou revoir « Ouganda, au nom de Dieu »: un documentaire-choc sur la traque des homos sur tv.yagg.com