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Enquête | International | Politique | Religion | 19.02.2011 - 08 h 46 | 12 COMMENTAIRES
WikiLeaks: Pourquoi des politiciens ougandais lancent une chasse anti-gays en vue de la présidentielle

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Les câbles diplomatiques américains transmis par WikiLeaks au « Guardian » révèlent que le militant gay David Kato, assassiné le mois dernier, aurait été victime de moqueries aux Nations Unis. Mais permettent surtout d’y voir plus clair sur les raisons qui poussent des politiciens ougandais à faire des gays leurs boucs émissaires.

Le militant David Kato assassiné trois mois après avoir figuré en Une du journal qui a outé 100 citoyens ougandais en octobre 2010. (Photo archives Yagg)

Les câbles diplomatiques américains récupéré par WikiLeaks n’ont pas fini de parler. Les derniers en date révélés par le Guardian ne font que confirmer le climat d’extrême violence qui menace les homosexuels ougandais dans leur pays. Le diplomate américain en poste à Kampala (la capitale de l’Ouganda) explique dans l’un des câbles décryptés par WikiLeaks que David Kato, battu à mort près de chez lui le mois dernier (lire Ouganda: Un militant gay assassiné), avait prononcé un discours très bien écrit contre un projet de loi qui imposerait la peine de mort en cas d’infraction d’homosexualité aggravée, et la prison à vie pour ceux qui auraient des relations sexuels entre adultes du même sexe. La réunion, organisée avec le soutien des Nations Unies en décembre 2009, portait sur ce projet de loi appelé « Anti-homosexuality Bill ». Toutefois, les propos de David Kato étaient presque inaudibles en raison de sa « nervosité évidente », note le diplomate dans le câble diplomatique. Comble du cynisme, tout au long de son exposé, un membre de la Commission ougandaise des droits de l’homme a « ouvertement plaisanté et ricané » avec les partisans du projet de loi.

David Kato était l’une des 100 personnes outées par un journal ougandais en octobre 2010. Son assassinat est survenu trois mois après la parution de ce journal qui titrait sa Une: « Pendez-les! » (lire Ouganda: Un journal oute 100 gays et invite à les « pendre »). Dans un premier temps, la police ougandaise a prétendu le motif était le vol, mais a depuis arrêté un suspect puis a conclu à un crime résultant d’un « désaccord personnel » non relié à l’activisme de la victime. Une version qui est loin de faire l’unanimité, notamment chez les militants LGBT.

L’HOMOPHOBIE INSTRUMENTALISÉE À DES FINS POLITIQUES

Décembre 2010: Face à Rachel Madow de la chaîne MSNBC, David Bahati prétend que des gays cherchaient à enrôler des enfants. (Photo - Document remis)

Les violences homophobes ont fait irruption de manière effrayante en Ouganda et les gays se sentent de plus en plus surveillés et harcelés, affirme le rapport. On y apprend également que le député évangéliste David Bahati est classé dans la catégorie des « démagogues homophobes » et que le tollé international provoqué par son projet de loi l’a isolé politiquement. Cependant, il est clair qu’il ne cèdera pas à la pression de la communauté internationale. « Son homophobie est aveuglante et incurable » tranche le rapport. Ce dernier fait également référence à James Nsaba Buturo, le ministre ougandais de l’éthique et l’intégrité et fervent partisan du projet de loi, et au pasteur Martin Ssempa, qui organise des rassemblements anti-gays en Ouganda, tous deux identifiés comme des acteurs clés inaugurant une nouvelle ère de l’intolérance.

« L’HOMOPHOBIE QUI SÉVIT EN OUGANDA NE VA PAS DISPARAÎTRE »

A la même date l’année dernière, un câble du 16 février envoyé à Washington fait état de l’inquiétude des militants homosexuels face à cette loi dont le seul projet affecterait déjà leurs conditions de vie. L’un prétend que certains militants gays ont été arrêtés et sont détenus par les autorités et des extrémistes anti-gays tandis qu’un autre indique qu’il n’est pas au courant de telles arrestations. Les diplomates notent que la condamnation internationale de l’«Anti-homosexuality Bill » a obligé les dirigeants ougandais à reconsidérer leur soutien à Bahati mais que « les officiels continuent de faire des pronostics contradictoires sur l’avenir de la loi ». De fait, le câble prévient Washington que « même si le projet de loi est mis de côté dans les semaines à venir, l’homophobie qui sévit en Ouganda ne va pas disparaître. » Concernant l’élection présidentielle, on vient d’apprendre que le chef de l’État sortant Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, part favori face à une opposition divisée qui l’accuse d’ors et déjà de préparer des fraudes. Les premiers résultats sont attendus dimanche.

Pour approfondir le sujet, vous pouvez voir ou revoir « Ouganda, au nom de Dieu »: un documentaire-choc sur la traque des homos sur tv.yagg.com

International | Politique | 15.05.2010 - 23 h 37 | 2 COMMENTAIRES
USA: Il faut sauver le soldat Kagan

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Sans doute trop occupés par le festival de Cannes et les sorties homophobes du Pape Benoit XVI, les sites d’infos LGTB français n’ont pas relayé la nouvelle. Pourtant, la campagne de rumeurs dont fait l’objet Elena Kagan n’est pas banale.


UNE BRILLANTE JURISTE
A tout juste cinquante ans, cette diplômée de Princeton, Harvard et Oxford, ancienne prof de droit à l’université de Chicago et doyenne d’Harvard est la candidate du président Obama à la Cour Suprême. Actuellement avocate de l’administration auprès de cette même Cour, Elena Kagan semble disposer d’atouts non négligeables. Réputée progressiste, elle a aussi le mérite d’afficher un soutient sans faille à Barack Obama. Un soutient qui pourrait s’avérer crucial pour permettre au président de faire passer ses grandes réformes dans les années à venir. Or, depuis quelques jours, la candidate de Barack Obama à la plus haute fonction judiciaire des Etats-Unis fait l’objet de rumeurs persistantes sur son orientation sexuelle. En clair, la rumeur la dit lesbienne.

Le coup d’envoi a été donné par le blogger conservateur Ben Domenech. Sur le site de CBS, avant même sa nomination, il écrit qu’Elena Kagan serait la « première sage ouvertement gay ». Puis il se reprend lui-même mais pour mieux l’enfoncer: « Je dois corriger mon texte ici pour dire qu’apparemment Kagan est toujours dans le placard –étrange car sa compagne est plutôt bien connue dans les cercles de Harvard ». Ben Domenech a travaillé pour l’administration Bush et a été embauché par le Washington Post comme blogueur en 2006, un poste dont il a démissionné trois jours plus tard après avoir été accusé de plagiat par plusieurs sites de gauche.

LA PREUVE PAR L’ABSURDE
Du coup, la Maison Blanche sort la grosse artillerie avec un seul objectif: sauver le soldat Kagan. « Je la connais depuis l’essentiel de sa vie adulte et je sais qu’elle est hétéro, a confié à Politico son amie Sarah Walzer, ancienne camarade de chambre à l’université. Elle sortait avec des hommes lorsque nous étions à l’école de droit, nous parlions des hommes –qui est mignon dans notre classe, avec qui elle aimerait bien sortir, tout ce genre de choses. Elle sortait avec des hommes lorsqu’elle était à D.C. après l’école de droit, et lorsqu’elle était à Chicago. C’est juste qu’elle n’a pas trouvé la bonne personne ». Les Américains sont rassurés… Mais l’affaire a rebondi avec la publication par le Wall Street Journal d’une photo de la prétendante en train de jouer au softball lorsqu’elle était étudiante à l’Université de Chicago en 1993. Une forme de coming-out par l’image pour certains. Une ancienne porte-parole de l’Alliance Gay et Lesbienne contre la diffamation soutient que l’allusion du journal à l’homosexualité est claire car « le softball est vu comme un sport de lesbienne ». Le Wall Street Journal a rejeté ces accusations, les qualifiant d’absurdes.

Aux Etats-Unis, la Cour Suprême est le sommet du pouvoir judiciaire. La Cour est composée de neuf juges. Ces magistrats ne se contentent pas de contrôler la constitutionnalité des lois -comme c’est le cas en France- mais définissent également les droits fondamentaux des citoyens. Ainsi, en mars dernier, la Cour Suprême avait débouté des opposants au mariage homosexuel qui cherchent à invalider  la loi autorisant l’union entre deux personnes de même sexe à Washington. Les décisions de la Cour sont sans appel et les magistrats qui la composent sont nommés à vie.  Certains juges restent en poste pendant plusieurs décennies. Dès lors, on comprend pourquoi la vie et les actions des prétendants à la Cour sont scrutées à la loupe. Heureusement, Elena Kagan peut également compter sur le soutien d’un autre ami. L’ancien gouverneur de New York Eliot Spitzer, expert en matière de scandales sexuels, a assuré que la future juge suprême a bien l’expérience des hommes : « Je ne suis pas sorti avec elle, mais d’autres gars l’ont fait ». La grande classe.

Pour le moment, Elena Kagan reste le choix de Barack Obama mais rien n’est joué car les nominations des juges sont soumises au Sénat et le président pourrait choisir un candidat plus consensuel.

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