3444 Politique | Un complément d'actualité LGBT

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Un complément d'actualité LGBT
Et vous, qu'en pensez-vous?
Politique | Société | 26.05.2012 - 15 h 58 | 44 COMMENTAIRES
Homophobie: Nouveau dérapage d’un élu UMP sur Twitter

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L’homophobie serait-elle devenue un tremplin pour les élus en mal de publicité? Cette fois, c’est Noël Faucher, maire UMP de la charmante commune de Noirmoutier en Vendée et candidat suppléant aux législatives pour son parti, qui y va de son tweet homophobe: «Bientôt on va nous dire que l’homosexualité est naturelle», s’indigne l’édile le 18 mai dernier en réponse au message de tolérance d’un internaute qui ne lui était même pas destiné. Et d’ajouter, perfide: «Comme si la nature choisissait d’autodétruire une espèce!». Interpellé dès le lendemain par des tweetos pour ses propos intolérants, Noël Faucher enfonce le clou tout en se défendant d’être homophobe. Un classique des… homophobes, justement. «Aucun mépris, assure l’élu, simplement une réflexion sur les lois de la Nature sans aucun esprit d’opprobre, au contraire!». Au passage, le maire fustige «ce lobby de la bien pensance (sic) imbu de suffisance qui devrait lire et avoir un peu d’ouverture d’esprit». Lobby, lobby, ça ne vous rappelle rien? Encore ce fantasme d’un puissant groupe de pression gay, relayé par des plusieurs figures politiques de droite.

Noël Faucher rejoint ainsi le club de ces politiques UMP qui se sont faits connaître en proférant des horreurs sur les homos. Car en s’en prenant à une minorité, d’obscurs élus locaux ont trouvé le moyen de faire parler d’eux. Qui connaissait au niveau national Christine Boutin et Christian Vanneste  avant leur obsession très médiatisée pour les gays et les lesbiennes? Ou Brigitte Barèges, avant son désormais fameux «Et pourquoi pas avec des animaux», pour marquer son opposition à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe? Le dernier en date, le député Jean-Marc Nesme, n’a-t-il pas connu son heure de gloire en tenant des propos dans la même veine? Bref, à l’image des ses inspirateurs, Noël Faucher se fait une notoriété sur le dos des homos. De fait, il est difficile de savoir quelle attitude adopter face à ce genre de déclarations: les condamner fermement – à l’exemple de Jean-Luc Romero sur son blog dès hier soir – ou les ignorer pour ne pas accorder à leurs auteurs une attention démesurée? Et vous, qu’en pensez-vous?

[Mise à jour, 26 mai, 17h56]

Sur son compte Facebook, Noël Faucher tient à adresser ses excuses «aux personnes qui ont pu être blessées par ce tweet». Il affirme qu’il n’a pas mesuré la portée de ses mots: «Les réactions suscitées par un tweet maladroit montrent clairement l’émotion pour une phrase interprétée sous un angle qui n’est pas l’expression de ma façon de penser». Et se défend une fois de plus de toute homophobie: «Je considère que chacun est absolument libre de conduire sa vie privée comme il l’entend. Je m’interdit de porter tout jugement en ce domaine. La vie privée est un domaine réservé qui appartient à chacun d’entre nous. […] Bien évidemment je condamne avec la plus grande fermeté toute forme d’homophobie et de stigmatisation».

Peut-être faudrait-il rappeler à Noël Faucher que les homos ont le droit, comme les hétéros, de vivre leur vie au grand jour et pas seulement de manière «privée» et qu’il serait bon que certains politiques s’appliquent à eux-même une conduite irréprochable en matière de lutte contre l’homophobie plutôt que de faire semblant de s’en repentir en condamnant de manière hypocrite la «stigmatisation» des homos, à laquelle ils participent pourtant de bon coeur. À bon entendeur.

[Mise à jour, 26 mai, 20h25]

Dans un communiqué, les Jeunes Socialistes se disent «scandalisés» par les propos de Noël Faucher et reprennent «la demande des Jeunes Socialistes de Vendée de condamnation de ces propos» en exigeant «la démission de Noël Faucher de l’ensemble de ses fonctions et mandats».

Photo Ville de Noirmoutier 

Politique | 18.06.2011 - 10 h 00 | 19 COMMENTAIRES
L’appel à la démission de Roselyne Bachelot dévoile une majorité divisée

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Les députés ont rejeté mardi 14 juin la proposition de loi des socialistes qui visait à ouvrir le mariage civil aux couples de même sexe. Mais le débat continue au sein de la majorité. Après l’appel de trois députés et membres du collectif parlementaire de La Droite populaire – Philippe Meunier, Jacques Myard et Jean-Paul Garraud – réclamant le départ de la ministre des Solidarités Roselyne Bachelot dès mercredi soir en raison de ses propos en faveur du mariage pour les couples homos (lire Des députés UMP veulent faire payer à Roselyne Bachelot son soutien au mariage des couples homos), les réactions se sont multipliées.

«UNE OPINION PERSONNELLE»

Hormis les déclarations tonitruantes du député UMP François Grosdidier qui dans le Journal du dimanche, a fustigé l’appel des trois députés, dénonçant une «initiative ridicule et choquante», la majorité s’est employée à désamorcer la polémique. «Une opinion personnelle» exprimée par la ministre des Solidarités, a commenté sa collègue du gouvernement, Nadine Morano. Même sobriété de la part du numéro un de l’UMP Jean-François Copé, lequel a avancé que la ministre avait «pris une position personnelle». Le président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer a également désapprouvé jeudi l’initiative de La Droite populaire sur BFM-TV. «Elle a toujours eu cette opinion, elle l’a exposée à de très nombreuses reprises, elle n’a pas changé et donc je trouve que cette prise de position de trois de mes collègues députés n’a pas lieu d’être», a déclaré M. Accoyer sur RMC et BFM-TV. Il a souligné qu’«en plus, chacun a sa liberté d’opinion sur des questions de société».

En début de soirée, c’est au tour de la secrétaire d’Etat à la jeunesse et ex-présidente de feue la Halde Jeannette Bougrab de voler au secours de Roselyne Bachelot sur l’antenne de Public Sénat. Jugeant «très triste» que plusieurs députés UMP cherchent à mobiliser leurs collègues de l’UMP en vue d’obtenir la démission de la ministre, Jeannette Bougrab s’est redit elle aussi «favorable» au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels, comme elle l’avait déjà annoncé à Yagg en 2010.  La secrétaire d’Etat a mis en avant ses convictions. «Je suis ministre et j’ai des convictions personnelles: j’estime que la marche vers l’égalité [passera par] cette reconnaissance. Quand on interroge les Françaises et les Français, ils sont quand même moins conservateurs». Tout comme Roselyne Bachelot, elle a également affirmé que la France viendra un jour au mariage pour les couples homosexuels, «comme il existe en Espagne, comme il existe aux Pays-Bas». «Moi j’ai été très surprise qu’à l’arrivée de Zapatero […], ça a été adopté dans un pays qui est pourtant profondément catholique et très pratiquant», a-t-elle dit.

«ROSELYNE BACHELOT A ASSOCIÉ LA DROITE POPULAIRE A LA PENSÉE DES BEAUFS»

Ce contre-feu n’a pas suffit à éteindre les ardeurs des parlementaires les plus ultras de La Droite populaire. Dans une sorte de baroud d’honneur, le député UMP et cofondateur du collectif Christian Vanneste s’est employé à flinguer la ministre des Solidarités sur LCP: «Roselyne Bachelot a associé la droite populaire à la pensée des beaufs […]», a-t-il affirmé jeudi lors de  à l’émission. L’élu du Nord, habitué des déclarations homophobes (il a qualifié le mariage de couples homos d’«aberration anthropologique») l’a tout simplement menacée de ne plus voter en faveur de ses projets de loi.

Toutes ces marques de soutien à Roselyne Bachelot ne peuvent faire oublier que sur les 293 députés de la majorité présidentielle (UMP et Nouveau Centre réunis), seuls 10 d’entre eux se sont prononcés en faveur de la proposition de loi ouvrant le mariage pour le couple de même sexe. 9 se sont abstenus. Parmi les 10 figure la députée Henriette Martinez, qui, bien que faisant partie de La Droite populaire, a voté en faveur de la proposition de loi socialiste. «La famille n’est plus le modèle traditionnel que l’on a connu. Ce qui compte dans l’amour, c’est l’équilibre mais il faut aussi un encadrement juridique qui sécurise la famille», a déclaré l’élue à Yagg lors de la présentation de loi jeudi 9 juin (lire Henriette Martinez (UMP): «Je me démarque de mon groupe par mes convictions»).

«OPINION PERSONNELLE» ET «LIBERTE D’EXPRESSION»

Les trois députés à l’origine de le fronde anti-Bachelot semblent donc bien isolés au sein de leur propre parti. Pour preuve, seuls quatre de leurs collègues avaient répondu présents à leur appel, jeudi soir. Il s’agirait de Nicolas Dhuicq, Christophe Guilloteau, Jacques Remiller et bien entendu Christian Vanneste, selon M. Meunier. Tous les quatre sont également membres du collectif La Droite Populaire. Même Thierry Mariani (ci-contre), secrétaire d’Etat aux Transports, pourtant membre fondateur du collectif, a désapprouvé jeudi soir l’appel à la démission de sa collègue au gouvernement: «Si je ne partage pas la position de Mme Bachelot sur le mariage entre personnes du même sexe, auquel je suis opposé, tout le monde a le droit à la liberté de conscience», a-t-il affirmé. Thierry Mariani a rappelé que les positions de la ministre étaient «connues et anciennes» sur ce sujet et que «personne ne doutait de son honnêteté».

SOUCI DE RESPECTABILITÉ 

Finalement, tout se passe comme si cette frange de l’UMP était devenue trop extrême pour le parti présidentiel. Car les déclarations d’un Christian Vanneste ou d’une Brigitte Barèges cadrent mal avec le souci de respectabilité affiché par la majorité. L’UMP avait en effet pris soin de ne pas retomber dans l’opposition grotesque que les élus RPR avaient déployée contre le Pacte de solidarité civil (pacs) en 1999. Douze ans après, il s’agissait de présenter une nouvelle image pour faire oublier «la droite cassoulet» et ne plus apparaître uniquement comme un parti rétrograde. A l’instar de Christian Jacob et de Christian Estrosi. A l’époque, tous deux sont de farouches opposants au pacs (le second ira même jusqu’à proférer qu’il allait «même concerner les frères et les sœurs»).

Or, depuis 2008, M. Estrosi autorise les couples homos (comme hétéros) à organiser une cérémonie à la mairie de Nice pour signer leur Pacs et a même inauguré un centre LGBT en plein coeur de sa ville en mai dernier. Quant à Christian Jacob, devenu chef de file des députés UMP, il a assuré mardi lors du vote de la proposition de loi que la majorité avait conscience qu’il faut «avancer sur les sujets liés aux droits des homosexuels», annonçant dans la foulée, sans rire, «un groupe de travail» pour plancher sur le sujet. L’exemple vient d’en haut: Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas reconnu une «erreur» à propos du pacs? Dans une interview accordée au Nouvel Observateur en 2009, le chef de l’Etat faisait son mea culpa, déclarant: «C’était ridicule et outrancier. On s’est trompé. J’en ai tiré des conséquences définitives. Jamais il ne faut se raidir. Jamais il ne faut se bunkériser, jamais il ne faut détester». Dire qu’il aura suffit de la volonté de quelques député-e-s pour faire capoter cette belle unanimité…

[Mise à jour, 10:30] Le Premier ministre François Fillon apporte son soutien à Roselyne Bachelot dans une interview à paraître aujourd’hui dans le quotidien Nice Matin. Il juge «grossier» et «presque totalitaire» l’appel lancé par des députés UMP issus de la Droite populaire à la démission de la ministre. « Cela relève de «convictions personnelles et elles sont toutes respectables. Personnellement, je suis opposé au mariage homosexuel», a rappelé François Fillon. Il s’est toutefois dit «favorable à une amélioration du Pacs», ajoutant citer «souvent en exemple ce que fait Christian Estrosi à Nice avec la célébration du Pacs en mairie». «C’est d’ailleurs une disposition qu’avait prévue le président Sarkozy dans son programme en 2007», a-t-il noté.

Politique | 14.06.2011 - 17 h 16 | 30 COMMENTAIRES
Marine Le Pen met sur le même plan l’ouverture du mariage au personnes de même sexe et la polygamie

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Décidément, c’est la journée des contres-vérités. Alors que le ministre du Budget François Baroin déclarait ce matin sur RTL qu’il était contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe au motif que ses amis homos ne voulaient pas marier (lire François Baroin sur RTL: «Dans mon entourage, j’ai des amis qui sont gays; je n’en connais pas un qui veuille se marier»), Marine Le Pen réaffirmait au même moment au micro de Patrick Cohen sur France Inter son opposition au mariage pour les homos au nom des « règles de notre société », et de « notre civilisation ».

Si la présidente du FN fait une place aux homos au sein de la « communauté nationale » dans ses discours (lire Nancy: le collectif LGBT Lorraine épingle un élu FN « plutôt gai »), elle n’en reste pas moins aux commandes d’un parti farouchement opposé à l’égalité des droits. Alors, quand un auditeur l’interroge sur le sujet, Marine Le Pen a tout le loisir de mettre les points sur les i: « Quel est le rapport entre le mariage homosexuel et la laïcité? », fait-elle mine de s’étonner, « Je ne vois en ce qui me concerne strictement aucun rapport entre les deux. »

« POURQUOI PAS L’AUTORISATION DE LA POLYGAMIE? »

« Les règles de notre société, c’est que le mariage s’effectue entre un homme et une femme, convient-elle. Je ne pense pas qu’il soit positif de changer cette règle. Si on part de ce principe, on peut aller à la limite très loin dans la modification de notre civilisation. On peut aussi décider que, après tout, pourquoi n’a-t-on le droit que de se marier avec un homme? (…) Pourquoi pas avec plusieurs? Pourquoi pas l’autorisation de la polygamie! Il existe des familles polygames, pourquoi est-ce que demain un certain nombre de groupes politico-religieux ne demanderaient pas que la polygamie, sous prétexte d’égalité des droits, soit inscrite dans le code civil français? Eh bien, c’est une autre civilisation. »

« On dit que les homosexuels réclament le mariage homosexuel», ajoute la présidente du FN. « Moi je m’élève contre ça, c’est faux. C’est une toute petite minorité qui le réclame, comme d’ailleurs c’était une toute petite minorité qui réclamait le pacs, laissant croire que l’ensemble des homosexuels réclamaient le pacs. Résultat du pacs: 5% seulement sont des pacs homosexuels. Donc ça n’était pas une demande des homosexuels mais bien une demande d’une minorité. »

Patrick Cohen la reprend: « Donc vous vous êtes trompée sur le pacs? Vous étiez contre le pacs, vous réclamiez son abrogation dans le programme présidentiel de 2002 et 2007. » Réponse plutôt gonflée de Marine Le Pen à l’animateur: « Ce sont les gens qui ont cédé à ces revendications qui se sont trompés, puisque ça n’était pas une demande des homosexuels. » Patrick Cohen insiste: « Mais alors, faut-il abroger le Pacs? ». L’intéressée botte en touche: « Les choses sont faites. Beaucoup d’autres en ont bénéficié: frères, sœurs, couples hétérosexuels… [Le pacs] est une niche fiscale », affirme-t-elle.

« LE DROIT D’ADOPTION? JE SUIS ÉGALEMENT CONTRE »

Au journaliste Thomas Legrand qui lui demande si elle est pour « une avancée des droits envers les couples homosexuels qui existent », Marine Le Pen réaffirme la doctrine prônée par son père lorsqu’il était à la tête du FN en matière de sexualité (lire l’analyse du spécialiste de l’extrême-droite Jean-Yves Camus sur cette question), à savoir la non-immixion du parti dans la vie privée de ses membres. « On ne se mêle pas de la vie privée des gens, on considère que cela fait partie de la sphère intime, rappelle Marine Le Pen. « Quels droits autres que ceux obtenus par un certain nombre avec le pacs? Le droit d’adoption? Je suis également contre », conclut-elle.

Cet article vous a plu? Soutenez le travail de Yagg en cliquant ici.

Politique | Religion | Science | 03.06.2011 - 15 h 46 | 39 COMMENTAIRES
Christine Boutin et la cathosphère partent en croisade contre l’enseignement de la théorie du genre au lycée

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Dans une lettre ouverte au ministre de l’Education nationale Luc Chatel publiée lundi 31 mai sur le site du Parti Chrétien-Démocrate dont elle est la présidente, Christine Boutin tire à boulet rouge contre l’enseignement obligatoire de « la théorie du genre » également appelée « gender studies » (voir « Zoom sur les genders studies » plus bas) dans certains programmes au lycée.

De quoi s’agit-il? Concrètement, la théorie du genre, ainsi que d’autres informations sur la sexualité, la procréation médicalement assistée et la contraception font leur entrée dans des manuels de SVT (Sciences et Vie de la Terre), qui seront disponibles à la rentrée 2011 pour les classes de Première. Le manuel Bordas indique par exemple que: « Si dans un groupe social, il existe une très forte valorisation du couple hétérosexuel et une forte homophobie, la probabilité est grande que la majorité des jeunes apprennent des scénarios hétérosexuels. »

C’est l’enseignement catholique qui s’émeut en premier de ces nouveaux programmes. Par la voix de Claude Berruer, adjoint au secrétaire général de l’enseignement catholique, qui envoie un courrier à ses directeurs diocésains le 27 mai dernier, afin d’attirer leur attention sur ces contenus innovants et dénoncer les aspects qui semblent contraire aux principes chers à l’enseignement catholique. « La théorie du genre se diffuse dans notre environnement, il est assurément indispensable d’ouvrir un débat avec les lycéens sur cette question ». On a déjà vu – et entendu – pire de la part de catholiques notamment au sujet du Pacs ou du droit à l’avortement. Mais Christine Boutin, qui a fait de la lutte contre les droits et la visibilité LGBT son cheval de bataille, depuis le vote du pacs en 1999, voit rouge. Et reprend sa plume pour réaffirmer ses positions ultra-conservatrices sur les sujets de société. On se souvient qu’elle avait déjà écrit à Luc Chatel en 2010 pour lui demander d’interdire la diffusion du film Le baiser de la lune, qui visait à sensibiliser à l’homosexualité les enfants de CM1/CM2 (lire Christine Boutin écrit à Luc Chatel pour demander l’interdiction du « Baiser de la Lune »).

« NOUS NE POUVONS ACCEPTER QUE L’ÉCOLE
DEVIENNE UN LIEU DE PROPAGANDE »

« Comment cela est-il possible? Comment ce qui n’est qu’une théorie, qu’un courant de pensée, peut-il faire partie d’un programme de sciences, s’indigne Christine Boutin. Comment peut-on présenter dans un manuel, qui se veut scientifique, une idéologie qui consiste à nier la réalité: l’altérité sexuelle de l’homme et la femme ? […] Monsieur le Ministre, nous ne pouvons accepter que l’école devienne un lieu de propagande, où l’adolescent serait l’otage de préoccupations de groupes minoritaires en mal d’imposer une vision de la « normalité » que le peuple français ne partage pas. » Et de rappeler avec une subtilité toute relative à Luc Chatel que 2012 approche: « Je ne manquerai pas de me faire l’écho de votre position sur ce sujet capital : vous conviendrez que celle-ci aura une influence déterminante sur les choix que les citoyens français seront amenés à poser lors des scrutins qui s’annoncent dans quelques mois. »

« UNE ATTAQUE EN RÈGLE
CONTRE LA LOI MORALE NATURELLE »

Dans son combat en faveur de la « liberté de conscience des familles et de la responsabilité des parents en matière d’éducation affective et sexuelle de leurs enfants », la présidente du Parti Chrétien-Démocrate n’est pas isolée. Elle peut également compter sur le soutien de la cathosphère. Car la pasionaria des anti-Pacs est devenue la madone des chrétiens-conservateurs 2.0 qui n’hésitent pas à justifier leur rhétorique homophobe en brandissant la liberté d’expression. Ainsi, le site réactionnaire libertepolitique.com prétend que « les chapitres en question sont une attaque en règle contre la loi morale naturelle » (!). « Une fois inculquée aux élèves cette idée que la différence des rôles assignés à l’homme et à la femme dans une société donnée est produite par la culture, il est loisible de s’affranchir du modèle hétérosexuel et de relativiser l’inclination naturelle (!) vers l’autre sexe », s’insurge la revue catholique. Le site Veille-Education, site de l’actualité sur l’école « dans une perspective chrétienne » n’est pas en reste et dénonce « un glissement idéologique […] résultats de puissants lobbies ». Alors que Bruno Gollnisch, ancien candidat à la présidence du FN et député européen évoque, sans rire sur son blog, « une offensive contre la civilisation européenne »: « Les promoteurs du gender n’ont jamais caché vouloir faire de la subversion de l’éducation un axe essentiel de leur combat, poursuit-il. Rien de tel pour formater les consciences des jeunes de tout un pays que de contrôler les programmes et les manuels scolaires. »

Du côté de l’Education nationale, on cherche manifestement à calmer le jeu. Le directeur de l’enseignement scolaire Jean-Michel Blanquer explique mercredi 1er juin au Figaro que « les programmes font le point sur des connaissances scientifiques clairement établies » et qu’ « il ne s’agit pas de favoriser telle ou telle théorie sociologique particulière ». « S’il y a une extrapolation de certains manuels, dit-il, ce n’est pas de la responsabilité du ministère ». « Les établissements et les professeurs sont libres dans leur choix d’ouvrages. Cela dit, souligne-t-il, le fait qu’il y ait une dimension biologique et sociale du sexe est établie depuis longtemps. » Dommage que Luc Chatel n’ait pas pris la peine de faire passer le message à Christine Boutin. Mais sur cette question, le ministre de l’Education nationale, comme son service de presse, est aux abonnés absents.

ZOOM SUR: LES « GENDERS STUDIES »

Les « Genders studies » ou théorie du genre utilisent la notion de genre, par opposition au sexe biologique, pour faire référence aux constructions sociales du féminin et du masculin. Popularisée par Judith Butler, cette théorie est étudiée dans de nombreuses universités américaines qui financent des département consacrés à ce sujet. En France, les « gender studies » sont enseignées notamment à Sciences Po. Cette année, l’établissement a rendu ce cours obligatoire pour tous les cursus.

Photo Extrait du manuel de SVT, éd. Bordas, 2011.

International | Politique | 01.06.2011 - 16 h 57 | 23 COMMENTAIRES
Italie: Les villes tournent le dos à Berlusconi après une campagne électorale raciste et homophobe

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«Grazie Italia» (Merci l’Italie) a titré en fanfares le quotidien de gauche l’Unita (ci-dessus) dans son édition du mardi 31 mai. La coalition de gauche a remporté, dimanche et lundi, une large victoire aux élections municipales italiennes. Malgré les sondages qui lui prédisaient une large défaite (lire Silvio Berlusconi a découvert sa «part lesbienne»), Silvio Berlusconi a voulu faire de ce scrutin local «un test national». Mal lui en a pris. Après Turin et Bologne au premier tour, Milan, Naples, Trieste, Cagliari et Novara ont tourné le dos à son parti, le Peuple de la liberté (PDL), et ont rejoint l’opposition. Même Milan, pourtant considérée comme le fief du «Cavaliere», a basculé à Gauche. Le président du Conseil en avait fait la vitrine de sa réussite professionnelle et politique. Une vitrine qui semble avoir volé en éclats.

«TOUS LES JOURS, BERLUSCONI OU L’UN DES MEMBRES  
DE SON ÉQUIPE ONT ESSAYÉ D’EFFRAYER LES GENS »

«La communauté LGBT italienne en est très heureuse, confie Daniele Nardini, rédacteur en chef du principal site de presse LGBT italien Gay.it (ci-contre), parce que tous les jours pendant la campagne, Berlusconi et des membres de son équipe [au gouvernement, ndlr.] ont essayé d’effrayer les gens en leur disant que leur ville allait être envahie par des personnes LGBT en cas de victoire de la Gauche. Bien sûr, cela n’arrivera pas et les gens vont voir par eux-même qu’ils mentaient.» «Tant que Berlusconi sera au pouvoir, prévient toutefois le journaliste, la Droite restera homophobe.» À Milan, l’association LGBT Arcigay Milan CIG (ci-dessus) a publié dès lundi un communiqué, adressant ses félicitations à Giuliano Pisapia, le candidat de centre-gauche à la mairie, pour sa victoire. Rappelant que celui-ci a été «le seul élu à rencontrer publiquement l’association» avant le scrutin, «rompant ainsi avec le tabou qui interdisait d’aborder les questions liées à la communauté LGBT dans une compétition électorale», l’association dit «espérer enfin un changement dans ses relations avec la municipalité de Milan».

«EN FAVEUR DES TAPETTES»
M. Berlusconi et ses alliés populistes et xénophobes de la Ligue du Nord n’ont en effet pas hésité à user des bonnes vieilles recettes pour garder la main sur les villes (lire Italie: Un prélat attaque un opposant politique de Silvio Berlusconi sur son homosexualité). Racisme: le président du Conseil a ainsi pesé de tout son poids dans la campagne en multipliant, ces derniers jours, les apparitions télévisées pour mettre en garde les électeurs lombards. «Avec la gauche, Milan deviendra une ville islamique», a prévenu le Cavaliere dans une vidéo et un «bidonville de Roms», dans d’autres interviews. Et homophobie: Libero, un quotidien pro-Berlusconi, a brandi le péril homo en annonçant que Giuliano Pisapia ferait de Milan «la Mecque des gays». «Le Palais Marino [la mairie de Milan] sera un genre de Camp David pour réconcilier les communautés LGBT et arabo-islamique.» De même que Carlo Giovanardi, ce secrétaire d’Etat qui s’est récemment illustré en estimant qu’une pub gay-friendly d’Ikea «violait la Constitution», a prévenu que le candidat de gauche, s’il gagnait les élection, «discriminera les familles avec enfants en faveur des tapettes, des homos et des transsexuels.»

Les observateurs restent néanmoins prudents sur l’avenir politique du «Cavaliere» et citent sa capacité à rebondir. À l’instar de Daniele Nardini: «Plusieurs fois, la Gauche a dit que Berlusconi était fini alors que ce n’était pas le cas, souligne-t-il. Quoi qu’il en soit, cela semble être le bon moment.» «L’après-Berlusconi a commencé», estime pour sa part le quotidien milanais Corriere della Sera dans son éditorial de mardi, tout en soulignant que la situation ne va pas basculer à court terme, mais croit savoir que l’avenir de la coalition entre la Ligue du Nord d’Umberto Bossi et le parti de Berlusconi (qui en a besoin pour conserver la majorité au Parlement) est en question.

Associatif | International | Politique | 18.05.2011 - 17 h 22 | 29 COMMENTAIRES
Bradley Manning, traître à la nation ou héros gay?

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Qui est réellement Bradley Manning? Voilà un an que ce jeune homme de 23 ans est emprisonné. Accusé d’avoir transmis à WikiLeaks les centaines de milliers de documents confidentiels révélant les coulisses de la diplomatie américaine et un enregistrement d’une vidéo montrant une bavure de l’armée US en Irak, il est devenu le symbole d’une Amérique divisée. Pour la Maison Blanche et une bonne partie de l’opinion publique, il est un traître qui doit être jugé le plus sévèrement possible. Pour ses défenseurs, il est au contraire un « héros de la paix, un « humaniste » et même un « héros gay ».

C’est ce qu’avance notamment le célèbre militant britannique Peter Tatchell. Dans une tribune publiée sur son site internet mercredi 11 mai, M. Tatchell lance un vibrant appel en faveur du jeune soldat: « S’il a divulgué ces documents à Wikileaks, il devrait être salué comme un défenseur des droits humains », affirme-t-il. Décrivant Bradley Manning comme « un humaniste et un homme avec une conscience, inspiré par son engagement pour les droits de l’Homme », Peter Tatchell retrace le parcours militant de ce dernier pour de l’égalité des droits et contre la loi « Don’t Ask, Don’t Tell » (DADT). Cette loi abrogée par le Sénat américain en décembre 2010 qui obligeait les soldats homos à taire leur orientation sexuelle (lire États-Unis: Le Sénat vote l’abrogation de Don’t ask, Don’t tell).

HOMOSEXUALITÉ ET TRAHISON?
Une situation qui, ajoutée à une rupture avec son compagnon de l’époque, aurait conduit le jeune soldat à la dépression, selon The Daily Telegraph. Le quotidien britannique se base sur l’historique de la page Facebook du soldat, lequel se décrit comme « plus que frustré par l’armée et la société en général » et « plombé par le sentiment de n’avoir plus rien ». Bradley Manning aurait posté ses états d’âme sur le réseau social peu avant la date où il aurait, selon l’accusation, téléchargé les documents confidentiels sur des CD censés contenir les tubes de Lady Gaga (!). Pour M. Tatchell, Bradley Manning, sous réserve qu’il soit bien l’informateur de Wikileaks, aurait plutôt « été conduit à libérer les fichiers [parce qu’]il aurait perdu ses illusions avec son pays en matière de politique étrangère et militaire et croyait les idéaux américains de démocratie et les droits de l’homme trahis ».

Homosexualité et trahison, un cocktail béni pour la droite américaine qui combat l’abrogation de DADT au motif que l’ouverture de l’armée aux gays et aux lesbiennes constituerait un danger pour la sécurité des troupes. « Les révélation sur le comportement ouvertement pro-homosexuel de Manning suggèrent qu’une politique plus libérale du département de la défense, sur les souhaits du commandant en chef, s’est maintenant retournée dans des proportions considérables contre les forces américaines, estime ainsi le site ultra-conservateur Accuracy in Media. Cela pourrait causer non seulement des pertes au sein de l’armée mais aussi porter atteinte aux relations avec le Pakistan et l’Afghanistan et mener à une possible défaite militaire dans la région. »

MAUVAIS TRAITEMENTS 
Le cas du du premier classe Manning embarrasse également outre-Manche. Car le jeune homme est britannique par sa mère, installée au Pays de Galles. Celle-ci a réclamé la protection consulaire pour son fils après lui avoir rendu visite en prison en février dernier. « J’ai été très bouleversée de voir Bradley. Être en prison a un effet néfaste sur lui autant physiquement et mentalement, écrit-elle dans sa lettre aux autorités. Je crains que son état ne s’aggrave. Je voudrais que quelqu’un lui rendre visite afin de vérifier ses conditions [de détention]. » Mais le Foreign Office – l’équivalent britannique du ministère des Affaires étrangères – a refusé, arguant que Manning avait déclaré qu’il ne se considérait pas comme britannique. « Le Premier ministre David Cameron et son adjoint Nick Clegg n’ont pas réussi à l’aider, s’insurge Peter Tatchell. Ils ne se sont jamais élevés publiquement contre les mauvais traitements dont il est victime ou, à notre connaissance, appelé le gouvernement américain à stopper les abus que Manning a subi [en prison]. Voilà pour l’engagement professé par la coalition en faveur des droits de l’homme et des libertés civiles. » Jusqu’à ces dernières semaines, Bradley Manning était en effet détenu sur la base de Quantico dans un quasi-isolement, enfermé en cellule vingt-trois heures sur vingt-quatre, empêché de faire de l’exercice, privé de presque toutes affaires personnelles et même un temps de slip, sous prétexte qu’il pourrait se suicider avec. Finalement, devant le tollé international provoqué par ces mauvais traitement, son slip lui a été rendu et les autorités américaines ont transféré le jeune homme dans une prison militaire au régime plus souple, au Kansas.

« COURAGE ET INTÉGRITÉ » 
De leur côté, les partisans de Bradley Manning assurent la contre-attaque. L’Américain a un site de soutien, bradleymanning.org, qui tente de collecter des fonds pour assurer sa défense. Il a reçu le soutien du documentariste Michael Moore et d’intellectuels tels que Noam Chomsky, l’une des voix de la gauche américaine, qui écrit à son sujet: « C’est un privilège de participer à la campagne pour soutenir Bradley Manning, qui a fait preuve de courage et d’intégrité envers son pays, en contribuant à rendre le gouvernement responsable devant ses citoyens et en informant son peuple de ce qu’il devait savoir ». Reste que soldat Manning risque la prison à vie, voire la peine de mort pour « transmission illégale d’informations militaires » et « aide à l’ennemi », bien que le procureur chargé de l’accusation a déjà indiqué qu’il ne la réclamera pas. Son procès devant une cour militaire devrait bientôt débuter par des audiences préliminaires. Peter Tatchell exhorte les supporters du jeune Manning à agir en sa faveur en signant la pétition qui lui est consacrée ou en écrivant au soldat et aux autorités concernées.