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International | Politique | Religion | 11.06.2012 - 06 h 54 | 18 COMMENTAIRES
Caiden Cowger, «Le visage diabolique de l’Amérique homophobe de demain»

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Ses détracteurs moquent volontiers l’outrance de ses propos et sa grammaire approximative. D’autres soulignent sa capacité de nuisance, à l’instar du site Queerty qui le présente comme le «visage diabolique de l’Amérique homophobe de demain». Retenez bien son nom: Caiden Cowger. En deux petites semaines, les déclarations chocs de cet adolescent d’à peine 14 ans de la Virginie-Occidentale en ont fait la nouvelle coqueluche des chrétiens conservateurs et l’ont propulsé sur le devant de la scène médiatique Outre Atlantique.

«LE PRÉSIDENT OBAMA REND LES ENFANTS GAYS»
Cette célébrité fulgurante, le jeune Caiden la doit à une petite phrase qui a connu un retentissement national. «Le président Obama rend les enfants gays», a-t-il lâché le 26 mai dernier pour conclure son émission. Car le sale gosse homophobe made in USA a son propre terrain de jeu: un site baptisé modestement Caiden Cowger Show, qui lui permet de vomir deux fois par semaine, les mercredi et vendredi soirs à 19h pétantes, sa haine de l’Amérique libérale. Son compte Facebook est suivi par plus de 4000 internautes et il a déjà publié un livre intitulé Être un jeune conservateur.

http://www.youtube.com/watch?v=k8r7SoLdKd8

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo, cliquez sur 14 Year Old Talk Host Anti Gay Rant.

Au cours de son show (voir la vidéo ci-dessus), Caiden Cowger s’attaque d’abord à «Born this way», l’hymne homo de Lady Gaga: «L’homosexualité est une croyance, ce n’est pas quelque chose qui fait partie de soi. Ces gens ne sont pas « nés comme ça », quoi qu’en dise Lady Gaga». Puis il déverse sa haine sur d’anciens amis d’enfance sortis du placard par la suite: «C’est de pire en pire. Là où je vis, il y a environ 30 adolescents qui sont homosexuels. Des filles et des garçons. C’est écœurant. Ça me dégoute. Vous savez quoi? J’étais ami avec certains d’entre eux quand on était à l’école ensemble. Ils n’étaient pas homos. Ils ont juste décidé de le devenir».

Pour lui, le coupable est tout désigné: «S’ils sont devenus homosexuels, c’est parce qu’on les y a encouragé. Le président Obama dit: C’est normal, c’est « okay », vous êtes nés comme ça. Ça va aller mieux. Vous pouvez vous marier», s’indigne-t-il. En référence à la récente prise de position – personnelle – du président américain en faveur de l’ouverture du mariage aux couples gays et lesbiens (lire Ouverture du mariage: Barack Obama dit oui!).

LIBERTÉ D’EXPRESSION PRATIQUEMENT ABSOLUE
Cette longue tirade homophobe a provoqué un véritable tollé aux États-Unis. Sur Youtube, les réactions oscillent entre indignation et amusement, des internautes allant jusqu’à suggérer que le discours extrême du jeune Caiden viserait en réalité à dissimuler sa propre homosexualité. Le débat pourrait à présent prendre une tournure judiciaire car parmi ceux qui jugent ces propos néfastes, certains affichent  leur volonté d’empêcher leur diffusion sur la Toile. C’est le cas de Rhonda Magnus, la mère d’un adolescent gay harcelé dans son école en raison de son homosexualité et qui se bat devant la Cour Suprême de New York pour faire reconnaître officiellement les souffrances dont son fils a été victime. Sa voix rencontre un écho favorable dans une nation secouée par plusieurs suicides de jeunes LGBT. L’homophobie diffusée à grande échelle, autrefois acceptée et même parfois encouragée, semble désormais avoir davantage de mal à passer au pays de l’oncle Sam.

Signe d’une évolution des mentalités ou volonté de se couvrir? La plainte de Rhonda Magnus a en tous cas été entendue. Les deux hébergeurs de l’émission, Youtube et Spreaker, ont en effet rapidement suspendu les comptes de Caiden Cowger, Spreaker s’opposant clairement à «tout discours de haine» par la voix de son PDG. Bravache, l’adolescent n’a pas tardé à ouvrir un nouveau compte sur Youtube et se retranche derrière le premier amendement de la Constitution américaine qui lui garantit une liberté d’expression pratiquement absolue pour justifier sa prise de parole.

PENTECÔTISME ET TEA PARTY
Si Caiden Cowger prend soin de rejeter, officiellement du moins, la violence physique prônée par d’autres intégristes religieux américains (lire États-Unis: un pasteur veut exterminer les homos), ses déclarations ne le rendent pas moins dangereux aux yeux des associations de soutien aux LGBT. Dans une note cinglante publiée le 5 juin, la très respectée The New Civil Rights Movement, une association qui lutte contre toutes les formes de discrimination, révèle que le jeune Caiden est Pentecôtiste et le tacle pour son discours «haineux» en le classant dans la catégorie des adolescents «endoctrinés».

Surtout, le jeune Caiden semble comme chez lui dans la mouvance du Tea Party, l’aile ultra-conservatrice du parti Républicain. Sur son Facebook, une série de photos le montrent parader fièrement à une réunion locale de ce mouvement. Autre indice de cet engagement politique particulièrement précoce, son discours, qui semble calqué sur celui d’un Glenn Beck ou d’un Bill O’Reilly, les voix les plus extrêmes de Fox News et qu’il considère comme des figures tutélaires. Ceux-là même qui ont traité le président Obama de «terroriste musulman» ou qui ont remis en doute sa nationalité lors des élections – au motif qu’il ne serait pas né sur le territoire américain – pour le discréditer. Ne restait plus qu’à accuser Barack Obama de rendre les enfants gays. C’est chose faite désormais. Reste à savoir si à l’avenir, le désormais célèbre Caiden Cowger confirmera son nouveau statut de héraut de l’homophobie. Un possible plan de carrière à surveiller de près.

Mise à jour, mardi 12 juin 00h02: Ajout des réactions aux propos de Caiden Cowger.

Photo DR

International | Politique | 15.05.2010 - 23 h 37 | 2 COMMENTAIRES
USA: Il faut sauver le soldat Kagan

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Sans doute trop occupés par le festival de Cannes et les sorties homophobes du Pape Benoit XVI, les sites d’infos LGTB français n’ont pas relayé la nouvelle. Pourtant, la campagne de rumeurs dont fait l’objet Elena Kagan n’est pas banale.


UNE BRILLANTE JURISTE
A tout juste cinquante ans, cette diplômée de Princeton, Harvard et Oxford, ancienne prof de droit à l’université de Chicago et doyenne d’Harvard est la candidate du président Obama à la Cour Suprême. Actuellement avocate de l’administration auprès de cette même Cour, Elena Kagan semble disposer d’atouts non négligeables. Réputée progressiste, elle a aussi le mérite d’afficher un soutient sans faille à Barack Obama. Un soutient qui pourrait s’avérer crucial pour permettre au président de faire passer ses grandes réformes dans les années à venir. Or, depuis quelques jours, la candidate de Barack Obama à la plus haute fonction judiciaire des Etats-Unis fait l’objet de rumeurs persistantes sur son orientation sexuelle. En clair, la rumeur la dit lesbienne.

Le coup d’envoi a été donné par le blogger conservateur Ben Domenech. Sur le site de CBS, avant même sa nomination, il écrit qu’Elena Kagan serait la « première sage ouvertement gay ». Puis il se reprend lui-même mais pour mieux l’enfoncer: « Je dois corriger mon texte ici pour dire qu’apparemment Kagan est toujours dans le placard –étrange car sa compagne est plutôt bien connue dans les cercles de Harvard ». Ben Domenech a travaillé pour l’administration Bush et a été embauché par le Washington Post comme blogueur en 2006, un poste dont il a démissionné trois jours plus tard après avoir été accusé de plagiat par plusieurs sites de gauche.

LA PREUVE PAR L’ABSURDE
Du coup, la Maison Blanche sort la grosse artillerie avec un seul objectif: sauver le soldat Kagan. « Je la connais depuis l’essentiel de sa vie adulte et je sais qu’elle est hétéro, a confié à Politico son amie Sarah Walzer, ancienne camarade de chambre à l’université. Elle sortait avec des hommes lorsque nous étions à l’école de droit, nous parlions des hommes –qui est mignon dans notre classe, avec qui elle aimerait bien sortir, tout ce genre de choses. Elle sortait avec des hommes lorsqu’elle était à D.C. après l’école de droit, et lorsqu’elle était à Chicago. C’est juste qu’elle n’a pas trouvé la bonne personne ». Les Américains sont rassurés… Mais l’affaire a rebondi avec la publication par le Wall Street Journal d’une photo de la prétendante en train de jouer au softball lorsqu’elle était étudiante à l’Université de Chicago en 1993. Une forme de coming-out par l’image pour certains. Une ancienne porte-parole de l’Alliance Gay et Lesbienne contre la diffamation soutient que l’allusion du journal à l’homosexualité est claire car « le softball est vu comme un sport de lesbienne ». Le Wall Street Journal a rejeté ces accusations, les qualifiant d’absurdes.

Aux Etats-Unis, la Cour Suprême est le sommet du pouvoir judiciaire. La Cour est composée de neuf juges. Ces magistrats ne se contentent pas de contrôler la constitutionnalité des lois -comme c’est le cas en France- mais définissent également les droits fondamentaux des citoyens. Ainsi, en mars dernier, la Cour Suprême avait débouté des opposants au mariage homosexuel qui cherchent à invalider  la loi autorisant l’union entre deux personnes de même sexe à Washington. Les décisions de la Cour sont sans appel et les magistrats qui la composent sont nommés à vie.  Certains juges restent en poste pendant plusieurs décennies. Dès lors, on comprend pourquoi la vie et les actions des prétendants à la Cour sont scrutées à la loupe. Heureusement, Elena Kagan peut également compter sur le soutien d’un autre ami. L’ancien gouverneur de New York Eliot Spitzer, expert en matière de scandales sexuels, a assuré que la future juge suprême a bien l’expérience des hommes : « Je ne suis pas sorti avec elle, mais d’autres gars l’ont fait ». La grande classe.

Pour le moment, Elena Kagan reste le choix de Barack Obama mais rien n’est joué car les nominations des juges sont soumises au Sénat et le président pourrait choisir un candidat plus consensuel.

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