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Associatif | Enquête | Politique | 30.06.2011 - 17 h 05 | 0 COMMENTAIRES
Marche des Fiertés: Pourquoi l’Inter-LGBT et la Préfecture de police ne comptent-elles pas le même nombre de participant-e-s?

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Stupéfaction, incrédulité et incompréhension. C’est peu dire que les chiffres communiqués par la Préfecture de police sur la Marche des Fiertés samedi soir ont fait l’effet d’une douche froide pour les associations LGBT parisiennes. Dans son communiqué, la Préfecture assure n’avoir compté que les marcheurs/euses qui ont suivi le défilé, soit en tout et pour tout 36000 participant-e-s. «Un chiffre ridicule», s’est insurgé Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter-LGBT, en début de semaine. «Il n’y a qu’à regarder ici et là les images de foules pour constater que ce chiffre est totalement décalé face à l’ampleur du nombre de participants, poursuit-il. On peut s’interroger sur le décalage manifeste entre les chiffres déclarés par la Police ces dernières années.»

«Y AURAIT-IL UNE VOLONTÉ DE MARGINALISER LE MOUVEMENT LGBT?»
De fait, la Préfecture de police a de moins en moins compté de manifestant-e-s à la Marche des Fiertés au fil des années. Elle en annonçait 500000 jusqu’en 2008, avec un pic en 2006 à 650000, rejoignant les estimations des organisateurs/trices. Puis, en 2009, le cortège est divisé par deux et n’est estimé qu’à 350000 participants. Une baisse brutale qui laisse les associations pantoises. «Y aurait-il une volonté quelconque de marginaliser le mouvement LGBT, un mouvement en faveur de l’égalité des droits qui porte des revendications auxquelles les Français souscrivent très largement?», s’interrogeait Nicolas Gougain.

L’an passé, la préfecture de police avait dénombré moins de 100000 personnes à la Marche des Fiertés dans la capitale, faisant une distinction entre 34000 «marcheurs» et 65000 «badauds». Un chiffre jugé «scandaleux» par l’Inter-LGBT, qui estimait à 700000 le nombre de participant-e-s. À l’époque, la Préfecture de police s’était refusée à tout commentaire sur cet écart de chiffres (lire La Préfecture de police ne souhaite pas s’exprimer sur les chiffres de la Marche des Fiertés de Paris). Cette année, elle opère un virage à 180 degrés en acceptant de recevoir l’Inter-LGBT mardi soir, puis la presse dès le lendemain. Yagg était bien évidemment sur place.

COMMENT LA PRÉFECTURE COMPTE
Pour dénombrer les manifestants, les policiers se placent en hauteur afin d’avoir une meilleure vision de la chaussée. Par équipe de deux – le jour de la Marche des Fiertés, deux équipes, soit quatre personnes, étaient dédiées au comptage –, les agents, munis d’un appareil de comptage, dessinent dans leur tête une ligne qui traverse la rue de part en part. À chaque fois qu’une dizaine de personnes franchit cette ligne, ils le signalent à l’appareil. À la fin de la manifestation, la préfecture dit utiliser «l’estimation la plus haute» qu’elle majore de 5% à 10%. Ce système semble logique pour un défilé syndical où les seules personnes comptabilisées sont celles qui défilent sur la route.

Mais comme l’a reconnu René Bailly, directeur de la direction du Renseignement de la Préfecture de police de Paris (DRPP), à la tête des agents chargés du comptage des manifestants, «on ne peut assimiler la Marche à une manifestation». Plus que des militant-e-s derrière une banderole et des chars, la Marche est également un spectacle qui se donne à voir. De fait, elle a des spectateurs/trices, debout ou assis-e-s, qui assistent au défilé, mais qui ne marchent pas. Les raisons en sont multiples et certaines ont été évoquées par les responsables de l’Inter-LGBT. René Bailly a ainsi reconnu qu’il n’avait pas songé aux personnes qui souhaitent rester anonymes dans leur démarche de soutien, qui craignent d’être photographiées ou filmées sur le parcours et qui se tiennent sur les côtés. Et il y a tout bonnement des gens fatigués de danser et de marcher qui patientent sur le trottoir. Dès lors qu’une personne ne marche pas sur la voie centrale, elle n’est pas comptabilisée comme participant à la manifestation.

«NOTRE OBJECTIF, C’EST L’OBJECTIVITÉ»
Car pour la Préfecture, impossible de différencier ces sympathisant-e-s qui ne marchent pas des passant-e-s venu-e-s là par hasard. Les policiers étant installés à un point précis pour le comptage (le jour de la Marche, ils étaient au croisement du boulevard Saint-Germain et de la rue Saint-Jacques), ils ne comptabilisent pas les personnes sur les côtés tout le long du défilé. Or, pour les organisateurs/trices, ces «badauds» font partie intégrante de la Marche. Celles et ceux qui avaient été recensé-e-s en 2010 (la Préfecture avait estimé qu’ils étaient 65000) n’ont pas été comptabilisé-e-s cette année, la direction du Renseignement ayant jugé que cette expérimentation était «insatisfaisante»: «notre objectif, c’est l’objectivité», insiste René Bailly. L’homme veut des chiffres incontestables, vérifiables, des vérités scientifiques. Trop instable et imprévisible, la masse des passant-e-s sur les côtés échappe au système de comptage scientifique mis en place par la préfecture. Même si elle constitue l’effectif le plus important de la Marche.

Dans ce souci de scientificité, toutes les manifestations de grande ampleur sont filmées. La Marche des Fiertés n’y a pas échappé. Installée sur le lieu de comptage, une caméra suit le flot des manifestant-e-s du début à la fin. La Préfecture a fourni à Yagg une copie de ce film. Il sert à la vérification des chiffres relevés par les agents sur place. Lundi, le recensement vidéo des manifestant-e-s est descendu aux alentours de 33500. Sur l’image ci-dessous, extraite de ce film, seules les personnes qui défilent au centre ont été comptabilisées.

La méthode ne semble néanmoins pas faire l’unanimité au sein même de la Préfecture puisque, comme l’indiquait Nicolas Gougain au sortir de la rencontre entre la DRPP et l’Inter-LGBT, le dispositif de sécurité prévu par la Préfecture estimait à 25000 le nombre de personnes présentes place de la Bastille (où s’achève la Marche) et à au moins 250000 sur l’ensemble du parcours.

«NOUS NE SOMMES INSTRUMENTALISÉS PAR PERSONNE»
À la Préfecture de police, cette bataille de chiffres est aussi l’occasion de faire une bonne opération de communication. René Bailly a pris ses fonctions en 2009, pile l’année qui a marqué un tournant dans le comptage des manifestant-e-s. Le discours est rodé. Il assume parfaitement le nouveau mode de comptage effectué par ses agents et lance une pique en direction des associations LGBT. «Pourquoi a-t-on laissé dire des choses pareilles, et ancré dans l’esprit des manifestants pendant des années qu’il y avait 700000, 800000 manifestants?, fait-il mine de se demander. Il aurait fallu être professionnel beaucoup plus tôt et ne pas entretenir cette idée qui ne correspond à rien.»

«Seule la direction du Renseignement est habilitée à donner les chiffres des manifestations, assène M. Bailly. Ces chiffres sont les mêmes que ceux qui sont ensuite communiqués par le préfet. Il peut nous demander des explications, on les lui donne, il peut nous faire des remarques, nous les recevons, mais le chiffre n’est pas modifié.» Pas de manipulation, alors? «Nous ne sommes instrumentalisés par personne, jure le policier. Qui pourrait passer de telles consignes aux personnels qui font ce métier, depuis plusieurs années, qui ne sont à ma connaissance pas obligatoirement titulaires d’une carte UMP, qui sont tous dans des syndicats de police qui ne sont pas du tout de cette tendance, en tous cas les syndicats majoritaires? Si on leur disait de ne pas passer tel ou tel chiffre, ces fonctionnaires seraient remontés et en droit de poser de questions», assure-t-il. Et pour éviter toute polémique future, il lance une invitation: «Si vous voulez, l’année prochaine, vous prenez une chaise, et vous venez compter avec nous».

Au moment où nous publions cet article, l’Inter-LGBT n’a pas encore réagi officiellement à la remise en cause de son mode de comptage. Son porte-parole, Nicolas Gougain, parle d’«un dialogue de sourds» avec la Préfecture de police et indique qu’il évoquera le sujet avec les associations réunies en conseil ce soir même.

[mise à jour, 18h35: Ajout d’une précision sur la méthode de comptage]

Paul Denton et Julien Massillon

Cet article a été initialement publié dans la partie info de Yagg. Cliquez là pour le commenter.

Enquête | Politique | Religion | 11.05.2011 - 14 h 08 | 27 COMMENTAIRES
Qui sont ces extrémistes mobilisés contre la gay-pride de Tours?

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Depuis deux semaines, une pétition appelant à lutter contre la Marche des Fiertés à Tours a suscité l’émoi des internautes. Et pour cause, la première version – aujourd’hui censurée – ne faisait pas dans la demi-mesure: «Il y a une quinzaine d’années, la gay pride, c’était 50 folles déguisées qui se dandinaient à Paris. Aujourd’hui, il y en a une dans chaque ville, tout le monde s’y mêle car il est tendance pour les personnes qui se disent branchées de se joindre à l’arc-en-ciel Gay […], affirment les pétitionnaires. Si nous ne faisons rien, quel aura été notre rôle face à de telles abjections? […] Cette minorité (env. 6% de la population) n’a pas à exhiber sa marginalité sexuelle devant les yeux des riverains qui se baladent paisiblement en ville. Les yeux des enfants n’ont pas à être pris en otage par ce genre de spectacle!»

Lancée le 26 avril dernier par un collectif appelé «Ensemble contre la Gay Pride à Tours» sur le site france-petitions.com et destinée au préfet d’Indre et Loire, elle a réuni jusqu’à présent 400 signatures. Sur son blog, baptisé pasdegaypridecheznous, le collectif dit rassembler des «personnes de sensibilités parfois différentes sur la base d’un front commun, celui de lutter contre la Marche des Fiertés à Tours» et promet de «mener un certain nombre d’actions légales pour s’opposer à la Gay Pride du 21 mai prochain». En témoigne cette lettre ouverte adressée à Mgr Bernard Aubertin, archevêque de Tours, le 28 avril. Tout en se défendant d’être homophobe – «Il ne s’agit pas de juger les individus qui s’abaissent à de telles pratiques» – le «collectif» emploie des mots très durs contre l’homosexualité et la gay pride, qualifiant la première de «perversions sexuelles» et la seconde d’«abomination […], scandalisant [les] enfants, blessant tous ceux qui ont une idée de la réelle dignité de la nature humaine». Plus loin, le collectif fait le lien entre homosexualité et pédophilie: «Après tant de scandales de la pédophilie dont quelques pasteurs de l’Église se sont apparemment rendus complices, peut-on donner garantie à ces gayprides par notre silence ?» Mais se garde bien de donner davantage de détails sur ceux qui le composent.

Louis Dubois, chef de Vox Populi. (Photo Document remis)

GROUPUSCULE
En revanche, le site france-petitions.com qui accueille la pétition révèle l’identité de son initiateur: un certain Louis Dubois. L’homme n’est pas un inconnu sur la région de Tours. Il est à la tête de Vox Populi, «la voix du peuple» en latin, un mouvement qui se présente sur son blog comme un «groupe de résistance dissident pour une Touraine enracinée» et dit se situer sur un terrain «strictement local […] à l’échelle Tourangelle». En fait de groupe, il s’agirait plutôt d’un «groupuscule», constitué d’un «noyau dur d’une trentaine de membres et «d’environ 70 personnes, 80 au maximum» lors des manifestations, selon un observateur qui souhaite garder l’anonymat. Créé en 2010, Vox populi a acquis une certaine notoriété en organisant une série d’actions coups de poing ces deux dernières années: opposition à la Gay Pride 2010, au Salon de l’érotisme, et aux défenseurs des sans-papiers. «Ils n’ont pas d’influence mais ils commencent à être connus sur Tours», raconte ce témoin privilégié de la vie politique tourangelle.

Selon lui, Vox Populi puiserait sa force dans le manque de dynamisme politique de la ville. «En 1995, le règne de Jean Royer, maire très à droite notamment sur les questions de société, s’est achevé et la ville est passée à gauche (lire Mort de Jean Royer, surnommé « père la pudeur » et bête noire des homos). Depuis, comme le rapport gauche-droite n’est plus aussi clivant, les gens ont l’impression qu’il n’y a plus d’opposition et ne se reconnaissent plus dans le système.» Un vide politique qui aurait profité à Vox Populi, lequel prend soin de préciser qu’il «n’est rallié à aucun autre mouvement politique et n’est le sous-marin d’aucun parti électoraliste». Son blog fait pourtant apparaître des liens avec des groupes identitaires, parmi lesquels le blog Zentropa, point de rendez-vous des jeunes fascistes français et européens, et le Mouvement d’action sociale (MAS), groupuscule très influencé par les néofascistes italiens de la Casa Pound. Ces derniers ont créé un grand centre culturel de l’extrême droite romaine au sein d’un quartier populaire de Rome. Une initiative que Vox Populi souhaite manifestement reprendre à son compte. En effet, l’un de ses buts est de «pouvoir ouvrir un local [afin d’] accueillir toutes sortes de manifestations (conférence, séance de sport, salle ciné…). Un bastion [qui] permettrait à Vox Populi d’étendre son réseau en étant encore plus présent publiquement et d’avoir un point fixe connu de tous pour se retrouver», écrit le groupuscule sur son blog.

AMBIANCE PESANTE
Au LGP Région Centre, organisateur de la gay pride de Tours, on déplore la publicité accordée à l’extrême-droite. Son président, Romain Ménage, confie «passer son temps à répondre à la presse sur ce sujet». «En tant que citoyen, je suis atterré de voir une ville comme Tours associée à l’extrême-droite, dit-il. Mais comme président du centre LGP, je n’ai aucune inquiétude sur le déroulement de la Marche. Le service d’ordre est important et la police municipale est là pour sécuriser le parcours. Ce qui m’embête, c’est que toute cette affaire génère une ambiance pesante sur la ville. Alors que la Marche se veut festive.» Il salue la mobilisations des internautes qui ont crée une page «Contre la page anti gay pride de Tours» sur Facebook.

Pour le politologue Jean-Yves Camus, cette affaire démontre que « c’est bien la visibilité [des homosexuels, ndlr] qui est en cause. Jean-Marie Le Pen avait en 1996, lors de l’affaire Poulet-Dachary [du nom de cet élu FN de Toulon assassiné en août 1995 alors qu’il fréquentait des bars homosexuels], énoncé l’idée d’une non-immixion du FN dans la vie privée de ses membres, rappelle ce spécialiste de l’extrême-droite. Mais à Lyon notamment, des militants pro-Gollnisch ont participé à la perturbation des kiss-in. La question de l’homosexualité est un grand non-dit à l’extrême-droite. Il existe des homophobes déclarés (Renouveau français, catholiques intégristes), des homosexuels au FN et ailleurs, notamment dans la sphère néo-nazie; et des gens qui sont sur la ligne de Vox Populi.»

L’année dernière, la gay pride de Tours avait rassemblée environ 1 500 personnes, selon Romain Ménage. Il espère qu’elle en attirera «au moins 2 000» le 21 mai prochain, «ne serait-ce que pour en rabattre à l’extrême-droite». Les organisateurs de la Marche ont mis en place un nouveau circuit rythmé par des animations, des concerts et des expositions. De son côté, Vox Populi, qui dénonce la «censure […], le matracage médiatique [sic] et les actions d’opposition» à son égard et l’«immunité […], voire [la] bienveillance de la part des politiques et des médias» dont les «groupes» LGBT bénéficient selon lui, maintient son appel à manifester lors de la gay pride.

Montage Photo Paul Denton