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Politique | 14.06.2011 - 17 h 16 | 30 COMMENTAIRES
Marine Le Pen met sur le même plan l’ouverture du mariage au personnes de même sexe et la polygamie

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Décidément, c’est la journée des contres-vérités. Alors que le ministre du Budget François Baroin déclarait ce matin sur RTL qu’il était contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe au motif que ses amis homos ne voulaient pas marier (lire François Baroin sur RTL: «Dans mon entourage, j’ai des amis qui sont gays; je n’en connais pas un qui veuille se marier»), Marine Le Pen réaffirmait au même moment au micro de Patrick Cohen sur France Inter son opposition au mariage pour les homos au nom des « règles de notre société », et de « notre civilisation ».

Si la présidente du FN fait une place aux homos au sein de la « communauté nationale » dans ses discours (lire Nancy: le collectif LGBT Lorraine épingle un élu FN « plutôt gai »), elle n’en reste pas moins aux commandes d’un parti farouchement opposé à l’égalité des droits. Alors, quand un auditeur l’interroge sur le sujet, Marine Le Pen a tout le loisir de mettre les points sur les i: « Quel est le rapport entre le mariage homosexuel et la laïcité? », fait-elle mine de s’étonner, « Je ne vois en ce qui me concerne strictement aucun rapport entre les deux. »

« POURQUOI PAS L’AUTORISATION DE LA POLYGAMIE? »

« Les règles de notre société, c’est que le mariage s’effectue entre un homme et une femme, convient-elle. Je ne pense pas qu’il soit positif de changer cette règle. Si on part de ce principe, on peut aller à la limite très loin dans la modification de notre civilisation. On peut aussi décider que, après tout, pourquoi n’a-t-on le droit que de se marier avec un homme? (…) Pourquoi pas avec plusieurs? Pourquoi pas l’autorisation de la polygamie! Il existe des familles polygames, pourquoi est-ce que demain un certain nombre de groupes politico-religieux ne demanderaient pas que la polygamie, sous prétexte d’égalité des droits, soit inscrite dans le code civil français? Eh bien, c’est une autre civilisation. »

« On dit que les homosexuels réclament le mariage homosexuel», ajoute la présidente du FN. « Moi je m’élève contre ça, c’est faux. C’est une toute petite minorité qui le réclame, comme d’ailleurs c’était une toute petite minorité qui réclamait le pacs, laissant croire que l’ensemble des homosexuels réclamaient le pacs. Résultat du pacs: 5% seulement sont des pacs homosexuels. Donc ça n’était pas une demande des homosexuels mais bien une demande d’une minorité. »

Patrick Cohen la reprend: « Donc vous vous êtes trompée sur le pacs? Vous étiez contre le pacs, vous réclamiez son abrogation dans le programme présidentiel de 2002 et 2007. » Réponse plutôt gonflée de Marine Le Pen à l’animateur: « Ce sont les gens qui ont cédé à ces revendications qui se sont trompés, puisque ça n’était pas une demande des homosexuels. » Patrick Cohen insiste: « Mais alors, faut-il abroger le Pacs? ». L’intéressée botte en touche: « Les choses sont faites. Beaucoup d’autres en ont bénéficié: frères, sœurs, couples hétérosexuels… [Le pacs] est une niche fiscale », affirme-t-elle.

« LE DROIT D’ADOPTION? JE SUIS ÉGALEMENT CONTRE »

Au journaliste Thomas Legrand qui lui demande si elle est pour « une avancée des droits envers les couples homosexuels qui existent », Marine Le Pen réaffirme la doctrine prônée par son père lorsqu’il était à la tête du FN en matière de sexualité (lire l’analyse du spécialiste de l’extrême-droite Jean-Yves Camus sur cette question), à savoir la non-immixion du parti dans la vie privée de ses membres. « On ne se mêle pas de la vie privée des gens, on considère que cela fait partie de la sphère intime, rappelle Marine Le Pen. « Quels droits autres que ceux obtenus par un certain nombre avec le pacs? Le droit d’adoption? Je suis également contre », conclut-elle.

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Associatif | Politique | Région | 05.05.2011 - 15 h 22 | 33 COMMENTAIRES
Nancy: le collectif LGBT Lorraine épingle un élu FN « plutôt gai »

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Jean-Luc Manoury, élu Front national au Conseil régional de Lorraine, est dans la ligne de mire du collectif d’associations LGBT Lorraine. L’objet de leur colère? Une tribune intitulée « Non au mariage des homosexuels! », publiée par le conseiller régional sur son blog le 28 avril dernier, dans laquelle il s’insurge contre les revendications exprimées par le collectif organisateur de la gay pride lorraine 2011.

« POLITIQUE DE LA BRAGUETTE »
« Homme d’ouverture et de dialogue, et d’un naturel plutôt gai, écrit l’élu, ce n’est pas avec satisfaction que j’ai reçu comme élu républicain une lettre du collectif d’associations LGBT organisateur de la Gay Pride Lorraine. » Les principales associations LGBT lorraine avaient en effet envoyé entre 400 et 500 lettres à l’ensemble des élus lorrains. Objectif: leur demander de prendre officiellement position sur des revendications telles que « l’ouverture du mariage républicain aux couples de même sexe ou encore pour le droit à l’adoption et à la procréation médicalement assistée pour toute personne et tout couple ayant un projet parental cohérent, le droit au changement d’état civil ». À la surprise générale, le maire de Nancy et figure du parti radical André Rossinot avait signé le bulletin de soutien et encouragé personnellement la Marche des Fiertés. Le député de Meurthe-et-Moselle et secrétaire général du Parti radical Laurent Hénart avait également rejoint l’édile dans son engagement. (lire André Rossinot, le maire de Nancy, apporte son soutien à la Marche des Fiertés).

Mathieu Klein (en haut) et Laurent Hénart. (Photo Document remis)

Non content d’opposer une fin de non-recevoir aux associations, M. Manoury s’en prend à l’orientation sexuelle de certains de ses collègues élus. « J’observe que comme en religion il y a les élus croyants et pratiquants », note-t-il avec perfidie à propos de Mathieu Klein et de Laurent Henart. À 35 ans, le premier, vice-président socialiste du Conseil Général de Meurthe-et-Moselle, est l’un des rares élus ouvertement homosexuel. Membre de HES (Homosexualités et Socialisme), l’association gay affiliée au PS, M. Klein est militant LGBT de longue date. Le second, 43 ans, marié et père de deux enfants, ancien secrétaire d’État au gouvernement Raffarin, aujourd’hui député, s’est illustré par un soutien constant à la communauté LGBT de Lorraine notamment dans le domaine culturel en tant qu’adjoint à la culture de Nancy.

« Au Front National, écrit Jean-Luc Manoury, il n’y a pas de politique de la braguette et l’homosexualité comme la religion doit rester dans la sphère privée et je fais partie des élus lorrains qui sont opposés aux revendications des associations lesbiennes, gays, bi et transgenres. » L’occasion pour cet ancien militaire de 51 ans, marié et père de trois enfants, de rappeler la profession de foi du FN en matière de société: « Un enfant est le fruit d’une union de deux parents de sexe différents. Un environnement éducatif composé de deux parents de même sexe nuirait à l’équilibre de l’enfant et à son développement ». Et l’élu de conclure d’une citation: « Il est curieux de constater combien les homosexuels prolifèrent, alors qu’ils ne se reproduisent pas ».

« LE FN MONTRE SA VRAIE COULEUR »
Le collectif LGBT lorraine n’a guère goûté la complainte de l’élu frontiste. « Opposer les Français en fonction de leur sexualité ou de leur identité de genre, en 2011, c’est d’un ringard! M. Manoury est plutôt gai, mais, avec ses tristes arguments, ressassés depuis 30 ans par l’arrière-ban des politiciens homophobes de tout poil, il se montre finalement encore plus sexiste qu’homophobe », dit le communiqué de presse. L’un de ses initiateurs s’indigne: « C’est un humour de comique-troupier, digne de Jean-Marie Le Pen et particulièrement odieux!, tonne Daniel Conrad, producteur-animateur de l’émission LGBT Ce n’est que de l’amour sur Radio Caraïb Nancy. Sous le vernis de la vague bleue Marine, le FN montre sa vraie couleur: le brun! »

La charge de M. Manoury intervient alors que le Parti radical entretient le suspense sur sa possible scission avec l’UMP. Son président, l’ancien ministre Jean-Louis Borloo, devrait faire part de ses intentions lors du congrès du parti qui se tiendra les 14 et 15 mai prochain. En attendant cette date butoir, la presse analyse la prise de position d’André Rossinot et de Laurent Hénart en faveur de l’égalité des droits comme un signal supplémentaire d’une rupture avec l’UMP. Le parti de la majorité présidentielle s’est en effet opposé à toutes les revendications des associations LGBT.

« JE NE SUIS PAS HOMOPHOBE, J’AI MÊME DES AMIS HOMOSEXUELS »
Contacté par téléphone, Jean-Luc Manoury assume tranquillement ses propos: « J’ai lu dans L’Est républicain qu’André Rossinot [le maire de Nancy, ndlr] a donné son soutien à la gay pride. Je ne suis pas homophobe, assure l’élu, j’ai même des amis homosexuels. Mais la sexualité doit rester dans la sphère privée. Je suis donc contre cette manifestation. » Manifestement soucieux de ne pas apparaître comme « anti-homosexuel », M. Manoury affirme également que le Front national compte « beaucoup d’homosexuels » en son sein, sans donner plus de précisions.

Un discours qui semble s’inscrire dans la droite ligne de la stratégie attrape-tout de Marine Le Pen. Dans son dernier discours du 1er mai, le nouveau leader du FN a en effet fait une place aux homos dans « la grande communauté nationale », déclarant « qu’on soit homme ou femme, hétérosexuel ou homosexuel, chrétien, juif, musulman ou non croyant, on est d’abord Français. » Français peut-être, mais pas avec les mêmes droits. La phrase de Marine Le Pen est à double-tranchant: s’agit-il d’un clin d’œil aux gays ou d’une attaque en règle contre le communautarisme, thème cher aux durs du FN? Les propos de Jean-Luc Manoury font plutôt pencher la balance du côté de la seconde hypothèse.