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Associatif | Région | 28.04.2011 - 17 h 52 | 17 COMMENTAIRES
Strasbourg: flash mob féministe contre tartes flambées « sexistes »

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Des associations homosexuelles et féministes ont organisé un happening mercredi dernier pour protester contre la campagne de publicité d’une enseigne de tartes flambées.

Strasbourg, mercredi 20 avril, aux alentours de 19h. Alors que les bureaux se vident, la Grand’Rue de la capitale alsacienne se remplit de monde. Dans cette artère commerçante très prisée des étudiants et des touristes en goguette, le badaud aspire à profiter des derniers rayons de soleil printanier qui s’attardent dans les ruelles.

Soudain, une voix résonne dans un mégaphone. « Nous sommes en colère! Une fois de plus, la femme est jetée en pâture à travers une publicité! » Celle d’Irène Tabellion (ci-dessus, en chemise rouge, magazine en main), présidente de La Lune, une association locale de femmes homosexuelles, entourée d’une trentaine de militantes. L’objet de leur colère? La nouvelle campagne de publicité d’un restaurateur  de tartes flambées.

Une campagne d’un genre particuliers. Sur la photo, une femme dont on ne voit que le bas du corps, se cachant le sexe des deux mains, jambes ouvertes, cuisses serrées, petite culotte flashie (ornée de la coiffe alsacienne traditionnelle) baissée. Son slogan: « Le terroir alsacément plus sexy. » Irène Tabellion ne cache pas son indignation: « En tant que femme et féministe,  on ne peut pas laisser passer une telle publicité. Les femmes sont humiliées. Surtout pour du flammekueche [le nom alsacien de la tarte flambée, ndlr], un produit du terroir. Il faut qu’on m’explique où est le rapport avec une culotte. »

La publicité incriminée a inspiré la blogueuse féministe Ermeline. (via son blog Le féminin l'emporte)

VEILLES CULOTTES
D’autant que la publicité a été diffusée tout au long du mois d’avril par le magazine gratuit PiliPili (propriété du groupe TF1). Avec un tirage  mensuel annoncé de 80.000 exemplaires sur Strasbourg (autour de 40.000 selon l’association ODJ, qui mesure la véracité des chiffres de tirage annoncés par la Presse), cette campagne a bénéficié d’une importante visibilité. « C’est honteux, surtout quand on sait que les gratuits sont très lus, notamment par les jeunes », peste Irène Tabellion.

Pour ne rien arranger, le magazine annonce « sevice jusqu’à minuit » au lieu de « service ». Lapsus malheureux ou simple erreur de frappe? Les militantes s’interrogent. A l’instar de Lorraine, membre de l’association féministe Les Poupées en pantalon. Venue sur place « pour soutenir les actions de La Lune » avec ses camarades, elle pointe le « caractère  malsain » de la publicité. « Cette pub laisse la porte ouverte à toutes les interprétations, explique-t-elle. La femme a sa culotte baissée mais elle serre les cuisses, comme si elle n’était pas consentante. Encore une fois, la femme est instrumentalisée à des fins commerciales, c’est aberrant! » Pour manifester leur colère, les militantes ont réalisé une montagne de vieilles culottes devant le restaurant et sur les tables dont le set comporte aussi la photo incriminée.

FEMME OBJET
A l’intérieur du restaurant, le personnel fait mine de poursuivre ses activités comme si de rien n’était. Le gérant de l’enseigne, Olivier Lammert, refuse de s’exprimer devant la presse. Mais accepte finalement de s’expliquer pour Yagg. Selon lui, cette publicité est un « bon moyen » de communiquer sur le restaurant. « C’est rigolo et sexy, affirme-t-il. Cette pub joue sur le côté décalée. »

Les chiennes de garde se sont chargées de rétablir l'égalité des sexes. (via le blog Le féminin l'emporte)

Reste que pour les défenseurs des droits des femmes, cette publicité est le symbole de la banalisation de la femme objet. « On en est abreuvé à longueur de journée, regrette Irène Tabellion. C’est devenu  tellement courant. » Jean-Philippe Restoueix, président du futur Centre LGBTI de Strasbourg (lire Strasbourg: le premier centre LGBTI alsacien ouvrira ses portes à la rentrée), rit jaune: « Le terroir, c’est la terre qu’on laboure. Bravo pour le symbole! Si c’était de l’humour, il fallait faire la même chose avec un homme qui baisse son caleçon. Là, peut-être qu’on aurait pu croire que cette pub débile n’est que du second degré. » Les chiennes de garde s’en sont chargées avant lui. A bon entendeur…