3444 Politique | Un complément d'actualité LGBT

La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

Un complément d'actualité LGBT
Et vous, qu'en pensez-vous?
Associatif | Enquête | Politique | 30.06.2011 - 17 h 05 | 0 COMMENTAIRES
Marche des Fiertés: Pourquoi l’Inter-LGBT et la Préfecture de police ne comptent-elles pas le même nombre de participant-e-s?

Étiquettes : , ,

Stupéfaction, incrédulité et incompréhension. C’est peu dire que les chiffres communiqués par la Préfecture de police sur la Marche des Fiertés samedi soir ont fait l’effet d’une douche froide pour les associations LGBT parisiennes. Dans son communiqué, la Préfecture assure n’avoir compté que les marcheurs/euses qui ont suivi le défilé, soit en tout et pour tout 36000 participant-e-s. «Un chiffre ridicule», s’est insurgé Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter-LGBT, en début de semaine. «Il n’y a qu’à regarder ici et là les images de foules pour constater que ce chiffre est totalement décalé face à l’ampleur du nombre de participants, poursuit-il. On peut s’interroger sur le décalage manifeste entre les chiffres déclarés par la Police ces dernières années.»

«Y AURAIT-IL UNE VOLONTÉ DE MARGINALISER LE MOUVEMENT LGBT?»
De fait, la Préfecture de police a de moins en moins compté de manifestant-e-s à la Marche des Fiertés au fil des années. Elle en annonçait 500000 jusqu’en 2008, avec un pic en 2006 à 650000, rejoignant les estimations des organisateurs/trices. Puis, en 2009, le cortège est divisé par deux et n’est estimé qu’à 350000 participants. Une baisse brutale qui laisse les associations pantoises. «Y aurait-il une volonté quelconque de marginaliser le mouvement LGBT, un mouvement en faveur de l’égalité des droits qui porte des revendications auxquelles les Français souscrivent très largement?», s’interrogeait Nicolas Gougain.

L’an passé, la préfecture de police avait dénombré moins de 100000 personnes à la Marche des Fiertés dans la capitale, faisant une distinction entre 34000 «marcheurs» et 65000 «badauds». Un chiffre jugé «scandaleux» par l’Inter-LGBT, qui estimait à 700000 le nombre de participant-e-s. À l’époque, la Préfecture de police s’était refusée à tout commentaire sur cet écart de chiffres (lire La Préfecture de police ne souhaite pas s’exprimer sur les chiffres de la Marche des Fiertés de Paris). Cette année, elle opère un virage à 180 degrés en acceptant de recevoir l’Inter-LGBT mardi soir, puis la presse dès le lendemain. Yagg était bien évidemment sur place.

COMMENT LA PRÉFECTURE COMPTE
Pour dénombrer les manifestants, les policiers se placent en hauteur afin d’avoir une meilleure vision de la chaussée. Par équipe de deux – le jour de la Marche des Fiertés, deux équipes, soit quatre personnes, étaient dédiées au comptage –, les agents, munis d’un appareil de comptage, dessinent dans leur tête une ligne qui traverse la rue de part en part. À chaque fois qu’une dizaine de personnes franchit cette ligne, ils le signalent à l’appareil. À la fin de la manifestation, la préfecture dit utiliser «l’estimation la plus haute» qu’elle majore de 5% à 10%. Ce système semble logique pour un défilé syndical où les seules personnes comptabilisées sont celles qui défilent sur la route.

Mais comme l’a reconnu René Bailly, directeur de la direction du Renseignement de la Préfecture de police de Paris (DRPP), à la tête des agents chargés du comptage des manifestants, «on ne peut assimiler la Marche à une manifestation». Plus que des militant-e-s derrière une banderole et des chars, la Marche est également un spectacle qui se donne à voir. De fait, elle a des spectateurs/trices, debout ou assis-e-s, qui assistent au défilé, mais qui ne marchent pas. Les raisons en sont multiples et certaines ont été évoquées par les responsables de l’Inter-LGBT. René Bailly a ainsi reconnu qu’il n’avait pas songé aux personnes qui souhaitent rester anonymes dans leur démarche de soutien, qui craignent d’être photographiées ou filmées sur le parcours et qui se tiennent sur les côtés. Et il y a tout bonnement des gens fatigués de danser et de marcher qui patientent sur le trottoir. Dès lors qu’une personne ne marche pas sur la voie centrale, elle n’est pas comptabilisée comme participant à la manifestation.

«NOTRE OBJECTIF, C’EST L’OBJECTIVITÉ»
Car pour la Préfecture, impossible de différencier ces sympathisant-e-s qui ne marchent pas des passant-e-s venu-e-s là par hasard. Les policiers étant installés à un point précis pour le comptage (le jour de la Marche, ils étaient au croisement du boulevard Saint-Germain et de la rue Saint-Jacques), ils ne comptabilisent pas les personnes sur les côtés tout le long du défilé. Or, pour les organisateurs/trices, ces «badauds» font partie intégrante de la Marche. Celles et ceux qui avaient été recensé-e-s en 2010 (la Préfecture avait estimé qu’ils étaient 65000) n’ont pas été comptabilisé-e-s cette année, la direction du Renseignement ayant jugé que cette expérimentation était «insatisfaisante»: «notre objectif, c’est l’objectivité», insiste René Bailly. L’homme veut des chiffres incontestables, vérifiables, des vérités scientifiques. Trop instable et imprévisible, la masse des passant-e-s sur les côtés échappe au système de comptage scientifique mis en place par la préfecture. Même si elle constitue l’effectif le plus important de la Marche.

Dans ce souci de scientificité, toutes les manifestations de grande ampleur sont filmées. La Marche des Fiertés n’y a pas échappé. Installée sur le lieu de comptage, une caméra suit le flot des manifestant-e-s du début à la fin. La Préfecture a fourni à Yagg une copie de ce film. Il sert à la vérification des chiffres relevés par les agents sur place. Lundi, le recensement vidéo des manifestant-e-s est descendu aux alentours de 33500. Sur l’image ci-dessous, extraite de ce film, seules les personnes qui défilent au centre ont été comptabilisées.

La méthode ne semble néanmoins pas faire l’unanimité au sein même de la Préfecture puisque, comme l’indiquait Nicolas Gougain au sortir de la rencontre entre la DRPP et l’Inter-LGBT, le dispositif de sécurité prévu par la Préfecture estimait à 25000 le nombre de personnes présentes place de la Bastille (où s’achève la Marche) et à au moins 250000 sur l’ensemble du parcours.

«NOUS NE SOMMES INSTRUMENTALISÉS PAR PERSONNE»
À la Préfecture de police, cette bataille de chiffres est aussi l’occasion de faire une bonne opération de communication. René Bailly a pris ses fonctions en 2009, pile l’année qui a marqué un tournant dans le comptage des manifestant-e-s. Le discours est rodé. Il assume parfaitement le nouveau mode de comptage effectué par ses agents et lance une pique en direction des associations LGBT. «Pourquoi a-t-on laissé dire des choses pareilles, et ancré dans l’esprit des manifestants pendant des années qu’il y avait 700000, 800000 manifestants?, fait-il mine de se demander. Il aurait fallu être professionnel beaucoup plus tôt et ne pas entretenir cette idée qui ne correspond à rien.»

«Seule la direction du Renseignement est habilitée à donner les chiffres des manifestations, assène M. Bailly. Ces chiffres sont les mêmes que ceux qui sont ensuite communiqués par le préfet. Il peut nous demander des explications, on les lui donne, il peut nous faire des remarques, nous les recevons, mais le chiffre n’est pas modifié.» Pas de manipulation, alors? «Nous ne sommes instrumentalisés par personne, jure le policier. Qui pourrait passer de telles consignes aux personnels qui font ce métier, depuis plusieurs années, qui ne sont à ma connaissance pas obligatoirement titulaires d’une carte UMP, qui sont tous dans des syndicats de police qui ne sont pas du tout de cette tendance, en tous cas les syndicats majoritaires? Si on leur disait de ne pas passer tel ou tel chiffre, ces fonctionnaires seraient remontés et en droit de poser de questions», assure-t-il. Et pour éviter toute polémique future, il lance une invitation: «Si vous voulez, l’année prochaine, vous prenez une chaise, et vous venez compter avec nous».

Au moment où nous publions cet article, l’Inter-LGBT n’a pas encore réagi officiellement à la remise en cause de son mode de comptage. Son porte-parole, Nicolas Gougain, parle d’«un dialogue de sourds» avec la Préfecture de police et indique qu’il évoquera le sujet avec les associations réunies en conseil ce soir même.

[mise à jour, 18h35: Ajout d’une précision sur la méthode de comptage]

Paul Denton et Julien Massillon

Cet article a été initialement publié dans la partie info de Yagg. Cliquez là pour le commenter.

International | Politique | Religion | 20.06.2011 - 09 h 27 | 5 COMMENTAIRES
Les gays et les lesbiennes du Liechtenstein obtiennent enfin leur union civile

Étiquettes : , , , ,

La liesse était à son comble hier dans la ville de Schaan, où FLAY, principale association gay et lesbienne du Liechtenstein, avait établi son QG de campagne. Car cette fois, c’est la bonne. Dès le 1er septembre prochain, les couples de même sexe de la Principauté pourront officialiser leur union à travers un «partenariat enregistré» (partenariat civil, ndlr). Malgré l’opposition de l’Eglise et de groupes catholiques conservateurs, la loi a été littéralement plébiscitée, avec 68,8% des voix et une participation qui a atteint 74,2% des inscrits. Porté en triomphe par les militants, le président de FLAY, Daniel Seger (ci-dessus) s’est dit «soulagé» et «ravi» mais surtout «stupéfait d’un résultat aussi net. Cela montre clairement que le peuple ne se laisse pas impressionner, ni guider par de faux arguments», a-t-il affirmé au journal local Volksblatt.

«UN SIGNE VERS DAVANTAGE DE JUSTICE ET DE TOLÉRANCE»
Soulagement aussi du côté du gouvernement. «Avec ce oui clair au partenariat enregistré, le Liechtenstein fait un signe vers davantage de justice et de tolérance, car par cette démarche, nous supprimons la discrimination actuelle qui frappe les couples de même sexe», s’est réjoui Klaus Tschütscher, le chef du gouvernement, interrogé par l’Agence Télégraphique Suisse (ATS). Car l’issue du vote était des plus incertaines. Fruit d’un large consensus politique, le texte avait pourtant déjà été adopté par le Landtag (Parlement) à la majorité absolue en mars 2011. Mais un groupuscule appelé Vox Populi (la voix du peuple, en latin) avait réussi à récolter en un temps record les 1000 signatures nécessaires à la tenue d’un référendum sur le sujet.

Qui se cache derrière cette mystérieuse «association citoyenne»? Les médias et les politiques se sont interrogés, lorsqu’un certain Johannes Schraner (ci-contre) de Mauren, petite commune située au nord de la principauté, a réclamé un référendum sur la loi ouvrant le partenariat civil. Même le FBP, pourtant principal parti conservateur du pays, s’est officiellement inquiété de ce qu’«en dehors de M. Schraner, les membres de Vox Populi […] se cachent derrière leur association» (lire Liechtenstein: vers un référendum contre le partenariat pour les couples de même sexe?). Et pour cause, Johannes Schraner ne serait en réalité qu’un prête-nom pour le compte du diocèse de Vaduz. Le Liechtensteiner Vaterland, premier quotidien du pays, a révélé que M. Schraner n’est autre qu’un cousin du très conservateur archevêque de Vaduz, Wolfgang Haas. Lequel a mené une campagne acharnée contre la loi, parlant de «scandale» pour qualifier «la reconnaissance légale d’un lourd péché». Le Vicaire Général a stigmatisé les actes homosexuels les assimilant à de «graves déviations». Pour ces intégristes, reconnaître les couples de même sexe équivaut à «affaiblir la famille». C’est d’ailleurs le slogan choisi par Vox Populi pour ses affiches placardées dans les villes.

La campagne a été menée par courriers des lecteurs interposés dans la presse locale et entrecoupée par l’arrachage d’affiches appelant à voter contre le référendum. Toutefois, cet intense lobbying n’aura pas empêché les électeurs d’infliger un cinglant désaveu au groupe catholique conservateur et à l’Eglise. La loi prévoit pour les couples de même sexe les mêmes droits que les couples mariés en matière fiscale, d’héritage, d’assurances sociales, de prévoyance professionnelle et de naturalisation. Seul bémol: les «pacsés» ne pourront ni adopter, ni bénéficier de la procréation assistée. Mais un soutien aussi massif aux homos constitue déjà une grande avancée pour ce petit pays dont la population est majoritairement catholique, comme le rappelle le Liechtensteiner Vaterland. Le quotidien évoque un «premier pas» dans le domaine de la «politique sociale» et prédit que le prochain défi en la matière sera la dépénalisation de l’avortement, actuellement passible d’une peine pouvant aller jusqu’à un an de prison dans la Principauté. Jusqu’à hier, le Liechtenstein était encore le seul pays germanophone à ne pas avoir octroyé aux homosexuel-le-s la possibilité de contracter une union civile.

Photo Extrait de Videonews – Volksblatt

Politique | 18.06.2011 - 10 h 00 | 19 COMMENTAIRES
L’appel à la démission de Roselyne Bachelot dévoile une majorité divisée

Étiquettes : , ,

Les députés ont rejeté mardi 14 juin la proposition de loi des socialistes qui visait à ouvrir le mariage civil aux couples de même sexe. Mais le débat continue au sein de la majorité. Après l’appel de trois députés et membres du collectif parlementaire de La Droite populaire – Philippe Meunier, Jacques Myard et Jean-Paul Garraud – réclamant le départ de la ministre des Solidarités Roselyne Bachelot dès mercredi soir en raison de ses propos en faveur du mariage pour les couples homos (lire Des députés UMP veulent faire payer à Roselyne Bachelot son soutien au mariage des couples homos), les réactions se sont multipliées.

«UNE OPINION PERSONNELLE»

Hormis les déclarations tonitruantes du député UMP François Grosdidier qui dans le Journal du dimanche, a fustigé l’appel des trois députés, dénonçant une «initiative ridicule et choquante», la majorité s’est employée à désamorcer la polémique. «Une opinion personnelle» exprimée par la ministre des Solidarités, a commenté sa collègue du gouvernement, Nadine Morano. Même sobriété de la part du numéro un de l’UMP Jean-François Copé, lequel a avancé que la ministre avait «pris une position personnelle». Le président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer a également désapprouvé jeudi l’initiative de La Droite populaire sur BFM-TV. «Elle a toujours eu cette opinion, elle l’a exposée à de très nombreuses reprises, elle n’a pas changé et donc je trouve que cette prise de position de trois de mes collègues députés n’a pas lieu d’être», a déclaré M. Accoyer sur RMC et BFM-TV. Il a souligné qu’«en plus, chacun a sa liberté d’opinion sur des questions de société».

En début de soirée, c’est au tour de la secrétaire d’Etat à la jeunesse et ex-présidente de feue la Halde Jeannette Bougrab de voler au secours de Roselyne Bachelot sur l’antenne de Public Sénat. Jugeant «très triste» que plusieurs députés UMP cherchent à mobiliser leurs collègues de l’UMP en vue d’obtenir la démission de la ministre, Jeannette Bougrab s’est redit elle aussi «favorable» au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels, comme elle l’avait déjà annoncé à Yagg en 2010.  La secrétaire d’Etat a mis en avant ses convictions. «Je suis ministre et j’ai des convictions personnelles: j’estime que la marche vers l’égalité [passera par] cette reconnaissance. Quand on interroge les Françaises et les Français, ils sont quand même moins conservateurs». Tout comme Roselyne Bachelot, elle a également affirmé que la France viendra un jour au mariage pour les couples homosexuels, «comme il existe en Espagne, comme il existe aux Pays-Bas». «Moi j’ai été très surprise qu’à l’arrivée de Zapatero […], ça a été adopté dans un pays qui est pourtant profondément catholique et très pratiquant», a-t-elle dit.

«ROSELYNE BACHELOT A ASSOCIÉ LA DROITE POPULAIRE A LA PENSÉE DES BEAUFS»

Ce contre-feu n’a pas suffit à éteindre les ardeurs des parlementaires les plus ultras de La Droite populaire. Dans une sorte de baroud d’honneur, le député UMP et cofondateur du collectif Christian Vanneste s’est employé à flinguer la ministre des Solidarités sur LCP: «Roselyne Bachelot a associé la droite populaire à la pensée des beaufs […]», a-t-il affirmé jeudi lors de  à l’émission. L’élu du Nord, habitué des déclarations homophobes (il a qualifié le mariage de couples homos d’«aberration anthropologique») l’a tout simplement menacée de ne plus voter en faveur de ses projets de loi.

Toutes ces marques de soutien à Roselyne Bachelot ne peuvent faire oublier que sur les 293 députés de la majorité présidentielle (UMP et Nouveau Centre réunis), seuls 10 d’entre eux se sont prononcés en faveur de la proposition de loi ouvrant le mariage pour le couple de même sexe. 9 se sont abstenus. Parmi les 10 figure la députée Henriette Martinez, qui, bien que faisant partie de La Droite populaire, a voté en faveur de la proposition de loi socialiste. «La famille n’est plus le modèle traditionnel que l’on a connu. Ce qui compte dans l’amour, c’est l’équilibre mais il faut aussi un encadrement juridique qui sécurise la famille», a déclaré l’élue à Yagg lors de la présentation de loi jeudi 9 juin (lire Henriette Martinez (UMP): «Je me démarque de mon groupe par mes convictions»).

«OPINION PERSONNELLE» ET «LIBERTE D’EXPRESSION»

Les trois députés à l’origine de le fronde anti-Bachelot semblent donc bien isolés au sein de leur propre parti. Pour preuve, seuls quatre de leurs collègues avaient répondu présents à leur appel, jeudi soir. Il s’agirait de Nicolas Dhuicq, Christophe Guilloteau, Jacques Remiller et bien entendu Christian Vanneste, selon M. Meunier. Tous les quatre sont également membres du collectif La Droite Populaire. Même Thierry Mariani (ci-contre), secrétaire d’Etat aux Transports, pourtant membre fondateur du collectif, a désapprouvé jeudi soir l’appel à la démission de sa collègue au gouvernement: «Si je ne partage pas la position de Mme Bachelot sur le mariage entre personnes du même sexe, auquel je suis opposé, tout le monde a le droit à la liberté de conscience», a-t-il affirmé. Thierry Mariani a rappelé que les positions de la ministre étaient «connues et anciennes» sur ce sujet et que «personne ne doutait de son honnêteté».

SOUCI DE RESPECTABILITÉ 

Finalement, tout se passe comme si cette frange de l’UMP était devenue trop extrême pour le parti présidentiel. Car les déclarations d’un Christian Vanneste ou d’une Brigitte Barèges cadrent mal avec le souci de respectabilité affiché par la majorité. L’UMP avait en effet pris soin de ne pas retomber dans l’opposition grotesque que les élus RPR avaient déployée contre le Pacte de solidarité civil (pacs) en 1999. Douze ans après, il s’agissait de présenter une nouvelle image pour faire oublier «la droite cassoulet» et ne plus apparaître uniquement comme un parti rétrograde. A l’instar de Christian Jacob et de Christian Estrosi. A l’époque, tous deux sont de farouches opposants au pacs (le second ira même jusqu’à proférer qu’il allait «même concerner les frères et les sœurs»).

Or, depuis 2008, M. Estrosi autorise les couples homos (comme hétéros) à organiser une cérémonie à la mairie de Nice pour signer leur Pacs et a même inauguré un centre LGBT en plein coeur de sa ville en mai dernier. Quant à Christian Jacob, devenu chef de file des députés UMP, il a assuré mardi lors du vote de la proposition de loi que la majorité avait conscience qu’il faut «avancer sur les sujets liés aux droits des homosexuels», annonçant dans la foulée, sans rire, «un groupe de travail» pour plancher sur le sujet. L’exemple vient d’en haut: Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas reconnu une «erreur» à propos du pacs? Dans une interview accordée au Nouvel Observateur en 2009, le chef de l’Etat faisait son mea culpa, déclarant: «C’était ridicule et outrancier. On s’est trompé. J’en ai tiré des conséquences définitives. Jamais il ne faut se raidir. Jamais il ne faut se bunkériser, jamais il ne faut détester». Dire qu’il aura suffit de la volonté de quelques député-e-s pour faire capoter cette belle unanimité…

[Mise à jour, 10:30] Le Premier ministre François Fillon apporte son soutien à Roselyne Bachelot dans une interview à paraître aujourd’hui dans le quotidien Nice Matin. Il juge «grossier» et «presque totalitaire» l’appel lancé par des députés UMP issus de la Droite populaire à la démission de la ministre. « Cela relève de «convictions personnelles et elles sont toutes respectables. Personnellement, je suis opposé au mariage homosexuel», a rappelé François Fillon. Il s’est toutefois dit «favorable à une amélioration du Pacs», ajoutant citer «souvent en exemple ce que fait Christian Estrosi à Nice avec la célébration du Pacs en mairie». «C’est d’ailleurs une disposition qu’avait prévue le président Sarkozy dans son programme en 2007», a-t-il noté.

Coup de gueule | Politique | 16.06.2011 - 09 h 00 | 25 COMMENTAIRES
Des députés UMP veulent faire payer à Roselyne Bachelot son soutien au mariage des couples homos

Étiquettes : , , ,

En déclarant hier sa flamme à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe lors de Questions d’Info sur LCP/France Info/AFP, la ministre des Solidarités Roselyne Bachelot a provoqué l’ire des députés UMP Philippe Meunier, Jacques Myard et Jean-Paul Garraud. Les trois parlementaires, par ailleurs membres du collectif de La Droite populaire, ont réclamé par voie de presse le soir-même la démission de la ministre.

« DE TOUTE FAÇON, CELA SE FERA »

Mme Bachelot a estimé au cours de l’émission à propos du mariage des couples homosexuels que « de toute façon, cela se fera » et que c’est une « question de mois, d’années ». Affirmant qu’elle aurait voté le texte du PS en ce sens, rejeté mardi par l’Assemblée, elle a déclaré, non sans malice: « J’ai remarqué que sur ces sujets, à la fin, j’avais toujours gagné. » Une petite phrase qui n’a pas plu à ses anciens collègues parlementaires.

« Nous demandons tous les trois à Mme Bachelot de démissionner. Ses déclarations sont scandaleuses. La majorité vient de rejeter une proposition de loi socialiste sur le mariage homosexuel. Si elle se situe au côté du PS et pas de la majorité, alors il faut qu’elle démissionne !», a déclaré à l’AFP M. Meunier. L’élu du Rhône a précisé qu’il allait appeler jeudi ses collègues UMP à signer un texte pour exiger la démission de la ministre.

« MEPRIS » ET « PROSELYTISME CATÉGORIEL »

Le député UMP Jacques Myard, qui s’est récemment illustré en mettant l’homosexualité sur le même plan que la zoophilie (lire Jacques Myard: « Messieurs les homos des deux sexes, foutez-nous la paix! ») a condamné à son tour les propos de la ministre.  « Elle est incohérente, elle rompt la solidarité gouvernementale et surtout, elle va directement à l’encontre d’un vote de l’Assemblée nationale, dont elle se fout visiblement. C’est grave, c’est du mépris », a affirmé le député des Yvelines également à l’AFP. « Dans cette affaire de mariage homosexuel, on est vraiment face à du prosélytisme catégoriel qui devient insupportable » a-t-il ajouté.

Ce n’est pas la première fois que la ministre se retrouve dans la ligne de mire de ces députés. En juillet 2010, lorsqu’elle évoque l’ouverture de salles de shoot pour les drogués dépendants, Jean-Paul Garraud publie une tribune sur son blog, priant la ministre de ne pas « se laisser aller ». Il a le soutien de Philippe Meunier et Jacques Myard, mais aussi celui de Brigitte Barèges et de Christian Vanneste. Car ces parlementaires sont également des figures de proue de La Droite populaire, un « collectif » de députés lancé en juillet 2010 après la raclée des régionales. Regroupant l’aile dure de la majorité, ils ont pour ambition de porter les valeurs de la « vraie droite ». Certains se rêvent d’ailleurs en « faucons » de Nicolas Sarkozy, sur le modèle de la garde rapprochée de l’ancien président des Etats-Unis George W. Bush. La charte du collectif place le patriotisme et surtout la sécurité – « première des libertés » – parmi leurs premières valeurs, avec l’école et la « gestion rigoureuse des deniers publics ».

« Sur les questions de société, je demande pour moi beaucoup de respect pour mes positions. J’ai le même respect pour les autres », a également affirmé Mme Bachelot au cours de l’émission. Revenant sur le vote du Pacs en 1999, elle a dit: « Ce que note avec intérêt, c’est que j’avais été seule au moment du Pacte civil de solidarité  Et que, aujourd’hui, les choses sont devenues beaucoup plus transversales. Et je note aussi que j’avais été l’objet d’attaques assez ignobles et violentes. Et que là, il y a vrai respect qui a gagné dans l’appréciation des positions des unes, des uns et des autres. » Roselyne Bachelot aurait-elle parlé un peu vite?

Regardez Roselyne Bachelot répondre aux questions des journalistes de Questions d’Info sur LCP/France Info/AFP (à partir de 17:35).

[Mise à jour 11:12] La ministre chargée de l’apprentissage, Nadine Morano, a apporté son soutien à Roselyne Bachelot ce matin sur France Info. « Elle n’était pas là pour prendre position sur un texte (…) mais pour exprimer son opinion personnelle », a-t-elle affirmé. Nadine Morano s’est dit favorable à « l’amélioration du Pacs et à sa signature en mairie », favorable aussi à la modification de l’art 365 du Code civil qui permettrait de « protéger les enfants de couples de même sexe ».

[Mise à jour 12:05] Le député UMP François Grosdidier dénonce à son tour l’initiative de ses collègues parlementaires, jugeant leur proposition « ridicule et choquante » dans une interview publiée ce matin par le Journal du Dimanche. « Roselyne Bachelot s’exprime en conscience, et elle en a tout à fait le droit, affirme le parlementaire. « Elle est en plus cohérente avec elle-même, puisque je crois me souvenir qu’elle était l’une, voire peut-être même la seule, parlementaire du RPR à avoir voté en faveur du Pacs. Nadine Morano, elle, a une position moins tranchée sur le sujet, et alors? », ajoute l’élu de Moselle. Rappelant à ses trois collègues que « la liberté d’expression vaut pour eux comme pour les autres », il évoque à leur sujet une « démonstration d’intolérance ».

Politique | 14.06.2011 - 17 h 16 | 30 COMMENTAIRES
Marine Le Pen met sur le même plan l’ouverture du mariage au personnes de même sexe et la polygamie

Étiquettes : , , ,

Décidément, c’est la journée des contres-vérités. Alors que le ministre du Budget François Baroin déclarait ce matin sur RTL qu’il était contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe au motif que ses amis homos ne voulaient pas marier (lire François Baroin sur RTL: «Dans mon entourage, j’ai des amis qui sont gays; je n’en connais pas un qui veuille se marier»), Marine Le Pen réaffirmait au même moment au micro de Patrick Cohen sur France Inter son opposition au mariage pour les homos au nom des « règles de notre société », et de « notre civilisation ».

Si la présidente du FN fait une place aux homos au sein de la « communauté nationale » dans ses discours (lire Nancy: le collectif LGBT Lorraine épingle un élu FN « plutôt gai »), elle n’en reste pas moins aux commandes d’un parti farouchement opposé à l’égalité des droits. Alors, quand un auditeur l’interroge sur le sujet, Marine Le Pen a tout le loisir de mettre les points sur les i: « Quel est le rapport entre le mariage homosexuel et la laïcité? », fait-elle mine de s’étonner, « Je ne vois en ce qui me concerne strictement aucun rapport entre les deux. »

« POURQUOI PAS L’AUTORISATION DE LA POLYGAMIE? »

« Les règles de notre société, c’est que le mariage s’effectue entre un homme et une femme, convient-elle. Je ne pense pas qu’il soit positif de changer cette règle. Si on part de ce principe, on peut aller à la limite très loin dans la modification de notre civilisation. On peut aussi décider que, après tout, pourquoi n’a-t-on le droit que de se marier avec un homme? (…) Pourquoi pas avec plusieurs? Pourquoi pas l’autorisation de la polygamie! Il existe des familles polygames, pourquoi est-ce que demain un certain nombre de groupes politico-religieux ne demanderaient pas que la polygamie, sous prétexte d’égalité des droits, soit inscrite dans le code civil français? Eh bien, c’est une autre civilisation. »

« On dit que les homosexuels réclament le mariage homosexuel», ajoute la présidente du FN. « Moi je m’élève contre ça, c’est faux. C’est une toute petite minorité qui le réclame, comme d’ailleurs c’était une toute petite minorité qui réclamait le pacs, laissant croire que l’ensemble des homosexuels réclamaient le pacs. Résultat du pacs: 5% seulement sont des pacs homosexuels. Donc ça n’était pas une demande des homosexuels mais bien une demande d’une minorité. »

Patrick Cohen la reprend: « Donc vous vous êtes trompée sur le pacs? Vous étiez contre le pacs, vous réclamiez son abrogation dans le programme présidentiel de 2002 et 2007. » Réponse plutôt gonflée de Marine Le Pen à l’animateur: « Ce sont les gens qui ont cédé à ces revendications qui se sont trompés, puisque ça n’était pas une demande des homosexuels. » Patrick Cohen insiste: « Mais alors, faut-il abroger le Pacs? ». L’intéressée botte en touche: « Les choses sont faites. Beaucoup d’autres en ont bénéficié: frères, sœurs, couples hétérosexuels… [Le pacs] est une niche fiscale », affirme-t-elle.

« LE DROIT D’ADOPTION? JE SUIS ÉGALEMENT CONTRE »

Au journaliste Thomas Legrand qui lui demande si elle est pour « une avancée des droits envers les couples homosexuels qui existent », Marine Le Pen réaffirme la doctrine prônée par son père lorsqu’il était à la tête du FN en matière de sexualité (lire l’analyse du spécialiste de l’extrême-droite Jean-Yves Camus sur cette question), à savoir la non-immixion du parti dans la vie privée de ses membres. « On ne se mêle pas de la vie privée des gens, on considère que cela fait partie de la sphère intime, rappelle Marine Le Pen. « Quels droits autres que ceux obtenus par un certain nombre avec le pacs? Le droit d’adoption? Je suis également contre », conclut-elle.

Cet article vous a plu? Soutenez le travail de Yagg en cliquant ici.

Politique | Religion | Science | 03.06.2011 - 15 h 46 | 39 COMMENTAIRES
Christine Boutin et la cathosphère partent en croisade contre l’enseignement de la théorie du genre au lycée

Étiquettes : , , ,

Dans une lettre ouverte au ministre de l’Education nationale Luc Chatel publiée lundi 31 mai sur le site du Parti Chrétien-Démocrate dont elle est la présidente, Christine Boutin tire à boulet rouge contre l’enseignement obligatoire de « la théorie du genre » également appelée « gender studies » (voir « Zoom sur les genders studies » plus bas) dans certains programmes au lycée.

De quoi s’agit-il? Concrètement, la théorie du genre, ainsi que d’autres informations sur la sexualité, la procréation médicalement assistée et la contraception font leur entrée dans des manuels de SVT (Sciences et Vie de la Terre), qui seront disponibles à la rentrée 2011 pour les classes de Première. Le manuel Bordas indique par exemple que: « Si dans un groupe social, il existe une très forte valorisation du couple hétérosexuel et une forte homophobie, la probabilité est grande que la majorité des jeunes apprennent des scénarios hétérosexuels. »

C’est l’enseignement catholique qui s’émeut en premier de ces nouveaux programmes. Par la voix de Claude Berruer, adjoint au secrétaire général de l’enseignement catholique, qui envoie un courrier à ses directeurs diocésains le 27 mai dernier, afin d’attirer leur attention sur ces contenus innovants et dénoncer les aspects qui semblent contraire aux principes chers à l’enseignement catholique. « La théorie du genre se diffuse dans notre environnement, il est assurément indispensable d’ouvrir un débat avec les lycéens sur cette question ». On a déjà vu – et entendu – pire de la part de catholiques notamment au sujet du Pacs ou du droit à l’avortement. Mais Christine Boutin, qui a fait de la lutte contre les droits et la visibilité LGBT son cheval de bataille, depuis le vote du pacs en 1999, voit rouge. Et reprend sa plume pour réaffirmer ses positions ultra-conservatrices sur les sujets de société. On se souvient qu’elle avait déjà écrit à Luc Chatel en 2010 pour lui demander d’interdire la diffusion du film Le baiser de la lune, qui visait à sensibiliser à l’homosexualité les enfants de CM1/CM2 (lire Christine Boutin écrit à Luc Chatel pour demander l’interdiction du « Baiser de la Lune »).

« NOUS NE POUVONS ACCEPTER QUE L’ÉCOLE
DEVIENNE UN LIEU DE PROPAGANDE »

« Comment cela est-il possible? Comment ce qui n’est qu’une théorie, qu’un courant de pensée, peut-il faire partie d’un programme de sciences, s’indigne Christine Boutin. Comment peut-on présenter dans un manuel, qui se veut scientifique, une idéologie qui consiste à nier la réalité: l’altérité sexuelle de l’homme et la femme ? […] Monsieur le Ministre, nous ne pouvons accepter que l’école devienne un lieu de propagande, où l’adolescent serait l’otage de préoccupations de groupes minoritaires en mal d’imposer une vision de la « normalité » que le peuple français ne partage pas. » Et de rappeler avec une subtilité toute relative à Luc Chatel que 2012 approche: « Je ne manquerai pas de me faire l’écho de votre position sur ce sujet capital : vous conviendrez que celle-ci aura une influence déterminante sur les choix que les citoyens français seront amenés à poser lors des scrutins qui s’annoncent dans quelques mois. »

« UNE ATTAQUE EN RÈGLE
CONTRE LA LOI MORALE NATURELLE »

Dans son combat en faveur de la « liberté de conscience des familles et de la responsabilité des parents en matière d’éducation affective et sexuelle de leurs enfants », la présidente du Parti Chrétien-Démocrate n’est pas isolée. Elle peut également compter sur le soutien de la cathosphère. Car la pasionaria des anti-Pacs est devenue la madone des chrétiens-conservateurs 2.0 qui n’hésitent pas à justifier leur rhétorique homophobe en brandissant la liberté d’expression. Ainsi, le site réactionnaire libertepolitique.com prétend que « les chapitres en question sont une attaque en règle contre la loi morale naturelle » (!). « Une fois inculquée aux élèves cette idée que la différence des rôles assignés à l’homme et à la femme dans une société donnée est produite par la culture, il est loisible de s’affranchir du modèle hétérosexuel et de relativiser l’inclination naturelle (!) vers l’autre sexe », s’insurge la revue catholique. Le site Veille-Education, site de l’actualité sur l’école « dans une perspective chrétienne » n’est pas en reste et dénonce « un glissement idéologique […] résultats de puissants lobbies ». Alors que Bruno Gollnisch, ancien candidat à la présidence du FN et député européen évoque, sans rire sur son blog, « une offensive contre la civilisation européenne »: « Les promoteurs du gender n’ont jamais caché vouloir faire de la subversion de l’éducation un axe essentiel de leur combat, poursuit-il. Rien de tel pour formater les consciences des jeunes de tout un pays que de contrôler les programmes et les manuels scolaires. »

Du côté de l’Education nationale, on cherche manifestement à calmer le jeu. Le directeur de l’enseignement scolaire Jean-Michel Blanquer explique mercredi 1er juin au Figaro que « les programmes font le point sur des connaissances scientifiques clairement établies » et qu’ « il ne s’agit pas de favoriser telle ou telle théorie sociologique particulière ». « S’il y a une extrapolation de certains manuels, dit-il, ce n’est pas de la responsabilité du ministère ». « Les établissements et les professeurs sont libres dans leur choix d’ouvrages. Cela dit, souligne-t-il, le fait qu’il y ait une dimension biologique et sociale du sexe est établie depuis longtemps. » Dommage que Luc Chatel n’ait pas pris la peine de faire passer le message à Christine Boutin. Mais sur cette question, le ministre de l’Education nationale, comme son service de presse, est aux abonnés absents.

ZOOM SUR: LES « GENDERS STUDIES »

Les « Genders studies » ou théorie du genre utilisent la notion de genre, par opposition au sexe biologique, pour faire référence aux constructions sociales du féminin et du masculin. Popularisée par Judith Butler, cette théorie est étudiée dans de nombreuses universités américaines qui financent des département consacrés à ce sujet. En France, les « gender studies » sont enseignées notamment à Sciences Po. Cette année, l’établissement a rendu ce cours obligatoire pour tous les cursus.

Photo Extrait du manuel de SVT, éd. Bordas, 2011.