La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

Un complément d'actualité LGBT
Et vous, qu'en pensez-vous?
Interview | Société | 05.06.2012 - 01 h 20 | 19 COMMENTAIRES
Un couple gay qui a passé une nuit en avion aux côtés du « dépeceur de Montréal » témoigne

Étiquettes : , , , ,

«On a dormi à côté du dépeceur». Etienne et son compagnon ont encore du mal à réaliser ce qui leur est arrivé. Le 26 mai dernier, ce couple de jeunes Français s’envole de l’aéroport de Montréal pour rentrer à Paris au terme d’un séjour de quinze jours au Québec en amoureux. Les deux hommes sont sur leur petit nuage. C’est leur tout premier voyage à deux à l’étranger.

Le vol, de nuit, se passe bien à ceci près que le comportement du passager assis juste à côté d’eux attire leur attention : «Il n’avait pas l’air bien. Il se mettait toujours de dos, comme s’il avait quelque chose à cacher et il était agité», raconte Etienne à Yagg. Ce n’est que le jeudi suivant leur retour à Paris, le 31 mai, lorsque l’alerte donnée par la justice canadienne est reprise par les médias du monde entier, que les deux hommes se rendent compte qu’ils ont peut-être passé leur nuit en avion aux côté de Luka Rocco Magnotta, ce jeune Canadien de 29 ans soupçonné d’avoir tué avec un pic à glace puis dépecé son amant à Montréal.

«Au début, on n’était pas sûr que c’était lui mais la coupe de cheveux mise à part, il lui ressemblait beaucoup», explique Etienne, qui relate par ailleurs leur rencontre avec celui que l’on surnomme le «dépeceur» sur son blog, Le journal de MisterB*itch: «Il porte un tshirt Mickey, un pantalon kaki, entre 25 et 30 ans, il est grand, un look d’ado, un mec androgyne , les cheveux longs et les yeux clairs, je le place dans la catégorie gay extraterrestre. On espère secrètement qu’il ne va pas s’asseoir à coté de nous, raté! Sans un mot, il se place devant notre rangée, on se lève, il passe devant nous en nous collant. Je ne fais plus attention à lui, on décolle, il se tourne, dos à nous et dort, il est bloqué entre le hublot et nous. Il pue». Contacté par Yagg, Etienne alias Mister B*tch le blogueur, a confirmé son récit et a donné son billet d’avion pour preuve à condition que son anonymat soit respecté:

Une semaine après cet étrange vol de nuit, Etienne ayant quitté Paris pour son travail, son compagnon reste seul avec sa peur. «Je n’ai pas arrêté de me demander si on avait réellement voyagé juste à côté du tueur présumé». Il se repasse la scène en boucle dans sa tête: «J’avais mon bras et ma cuisse collés à la sienne pendant tout le vol et comme c’était un vol de nuit, j’avais posé mon sac à main à mes pieds pour dormir. Il aurait très bien pu prendre mes papiers, connaître notre adresse». Les jour suivants sont tout aussi angoissants. Des témoignages, relayés par la presse, font état de la présence du meurtrier présumé en Seine-Saint-Denis. De quoi imaginer le pire.

Heureusement, Etienne a fait part de leurs soupçons à la police dès qu’il a cru reconnaître leur étrange voisin de vol à la télévision. Il est convoqué au ministère de l’Intérieur le lundi suivant pour déposer son témoignage. C’est au cours de sa déposition, hier après-midi, qu’il apprend en même temps que les policiers par une dépêche du Monde que le tueur présumé a finalement été arrêté à Berlin. Les policiers lui montre alors des images de Magnotta captée par la vidéosurveillance de l’aéroport leur confirmant que lui et son compagnon ont bien passé la nuit à côté d’un meurtrier présumé en fuite. «On me montre des photos, une photo d’un homme à l’aéroport de Paris, il porte un t-shirt Mickey, il a les cheveux longs, le pantalon Kaki… C’était lui, je l’ai reconnu», dit Etienne.

«Maintenant qu’il a été pris, on respire», confie le couple, tout en réfléchissant à leur incroyable histoire. Combien de probabilité il y avait pour qu’un tueur gay en fuite s’assoit à côté d’un couple gay?, s’interroge le compagnon d’Etienne. C’est complètement dingue!».

Photo INTERPOL/DR

Merci à Matoo.

International | Interview | Politique | 24.04.2012 - 10 h 34 | 2 COMMENTAIRES
États-Unis: Militaire et gay, il reprend sa place au sein de l’armée

Étiquettes : , , ,

Pour le moment, il est encore un étudiant en photographie. Le 23 mai prochain, Anthony Loverde, 33 ans, quittera la vie civile pour remettre son uniforme de sergent-chef de l’US Air Force. Quatre ans après en avoir été exclu pour être sorti du placard, en vertu de «Don’t Ask Don’t Tell» (DADT). Cette loi qui forçait les militaires homos à taire leur orientation sexuelle sous peine d’exclusion, définitivement abrogée par Barack Obama en septembre dernier (lire Barack Obama met fin à «Don’t Ask Don’t Tell»).

LE DEUXIÈME VÉTÉRAN À ÊTRE RÉINTÉGRÉ DEPUIS LA FIN DE DADT
«Quand j’ai été exclu, je savais que cette loi finirait par être abandonnée parce que c’était une législation discriminatoire. Mais j’ignorais que cela se produirait en 2011 et que je pourrais retourner au service», confie Anthony Loverde à Yagg entre deux interviews. S’il se retrouve aujourd’hui sous le feu des médias, c’est parce qu’il n’est que le deuxième vétéran à être réintégré depuis le fin de DADT. Mais surtout car il est l’un des rares à retourner sous le drapeau à son ancien poste, coordinateur de vol à bord d’un avion de transport militaire, de type Lockheed C-130. Toutefois, pour retourner sur le terrain, il devra d’abord rafraîchir ses connaissances et repasser son certificat d’aptitude au vol. Ses compétences ne s’arrêtent pas là: Anthony Loverde est également un expert reconnu en calibrage de systèmes d’armement de l’armée de l’air.

Tous les militaires concernés n’ont pas son baggage scientifique. Ceux-là verront probablement leur demande de réintégration dans leur corps d’origine refusée. «Beaucoup de militaires exclus sont maintenant trop âgés pour être de nouveau acceptés», selon David McKean, du Servicemembers Legal Defense Network (SLDN), une organisation qui offre un soutien juridique au personnel militaire LGBT. D’autres ne seront pas réintégrés en raison d’une condition physique insuffisante ou parce que leur savoir militaire est devenu obsolète. En outre, l’armée entendrait profiter de la fin annoncée des opérations en Irak et en Afghanistan pour réduire ses effectifs. La question demeure sensible au pays de l’Oncle Sam.

IMPOSSIBLE DE PARLER D’UN PETIT AMI OU DE S’OUVRIR D’UNE RUPTURE
L’histoire d’Anthony Loverde est pourtant aussi celle des 14 000 de militaires homosexuels américains exclus de l’armée pour avoir enfreint DADT. Engagé à l’âge de 20 ans, le jeune sous-officier se voit dans l’obligation de taire son orientation sexuelle pendant ses sept ans de service actif. Il doit également mettre au point des stratagèmes pour échapper aux questions de ses coéquipiers. Impossible de parler d’un petit ami ou de s’ouvrir d’une rupture. Il connaît la règle: les militaires homos doivent non seulement garder le silence sur leur orientation sexuelle mais aussi prévenir toute indiscrétion. La législation contraint en effet tout militaire qui aurait connaissance de l’homosexualité d’un collègue d’en informer sa hiérarchie. La loi du silence règne dans les baraquements. Pas dupes, des membres de son unité le surnomment «Vapor» [Fumée, en anglais, ndlr] en raison de sa propension à s’évaporer entre chaque mission. «Je partais pour ne pas avoir à leur mentir sur ma vie», se justifie-t-il aujourd’hui.

Au fil du temps, il prend néanmoins conscience du cruel sacrifice qui lui est imposé: garder tout un pan de sa vie pour lui-même, au risque de compromettre son propre bien-être. Car outre le «stress» occasionné par le poids de son secret, Anthony Loverde voit ses relations avec ses collègues et amis mises à mal, faute de pouvoir s’exprimer sur sa vie sentimentale. «À de nombreuses reprises, quand j’étais déployé, j’ai réalisé que c’était de nature à remettre en question la confiance que nous avions les uns envers les autres», confie-t-il. «Mes camarades sentaient que j’avais quelque chose à cacher, parce que j’avais une vie privée tellement secrète que je ne pouvais même pas prendre part à des conversations normales».

HYPOCRISIE
En 2008, il décide de briser le silence en révélant son homosexualité à sa hiérarchie. «J’ai réalisé que je ne voulais pas faire carrière dans un métier qui m’obligeait à tromper mes coéquipiers et amis». Il va voir son commandant et fait son coming-out. «Sortir du placard a été la décision la plus difficile de ma vie jusqu’à maintenant», reconnaît-il. «Je connaissais les conséquences d’un coming-out et je savais que ça allait me coûter ma carrière mais j’étais fatigué de vivre dans le mensonge, et ces sept années de service sous DADT m’ont vraiment pesé».

Comme le prévoit la loi, il est remercié. Après son exclusion des rangs, il rejoint un prestataire privé de l’armée américaine qui le renvoie en Irak exercer des fonctions similaires. «De retour en Irak puis en Afghanistan, j’ai travaillé au sein d’un laboratoire technique de calibrage… pour l’armée américaine», raconte-t-il. C’est toute l’hypocrisie de la loi: trop gay pour servir sous le drapeau mais suffisamment pro pour être utile à l’armée dans le privé. Même si elle lui permet de poursuivre son engagement, cette expérience ne lui permet pas de retrouver la «satisfaction» qu’il éprouvait à faire partie de l’US Air Force. Il rentre au pays à l’été 2009.

TOURNÉ VERS L’AVENIR
L’occasion pour lui de réaliser un vieux rêve: étudier la photographie. Il s’engage alors dans un Master’s of Fine Arts à l’Academy of Art à l’Université de San Francisco. Son sujet de mémoire est tout trouvé et porte sur DADT. Il fait de son mémoire un recueil de ses photographies intitulé Une force silencieuse: Ces hommes et ces femmes qui servent sous Don’t Ask Don’t Tell, publié en 2010. «C’était un outil de pression politique pour humaniser le débat sur la loi au Congrès, à Washington», explique-t-il. Pendant cette période de lutte, il rencontre des activistes qui diffusent son livre chez les politiques en plein débat sur l’opportunité d’abroger la loi. Mais l’armée lui manque. «Je n’ai jamais réussi à trouver un équilibre dans la vie civile», reconnaît-il. «Je me considèrerais toujours comme un aviateur».

En attendant de regagner la base de Sacramento, puis celle de Little Rock en Arkansas où il retrouvera certains de ses anciens camarades, Anthony Loverde partage son temps entre les interviews à la presse et les séances de jogging. «J’ai dû perdre du poids pour pouvoir reprendre le service mais c’est quelque chose que j’avais déjà fait. Maintenant, je dois juste continuer à m’entraîner au quotidien». Désormais, le sergent-chef Loverde a le regard tourné vers l’avenir: «J’ai la chance d’avoir de nouveau mon travail et de le reprendre là où je l’avais laissé, je suis super impatient!».

Photo DR

Associatif | Interview | Région | Société | 10.07.2011 - 10 h 42 | 26 COMMENTAIRES
Agression homophobe à Strasbourg: «Je ne pourrai jamais oublier ce qu’on m’a fait»

Étiquettes : , , ,

«Pourquoi moi», s’interroge Demir, «je ne comprends pas». Une semaine après son agression, le quadragénaire est encore sous le choc. Le 30 juin au matin, après avoir quitté son travail, lui et l’un de ses collègues retrouvent quelques amis autour d’un verre dans un bar flottant bien connu des Strasbourgeois. Vers 6 h, tous deux quittent la péniche et décident de rentrer. C’est en regagnant leur véhicule qu’ils sont pris à partie puis violemment agressés.

«BANDE DE TAPETTES, LOPETTES»
«Je me dirigeais vers l’Hôtel de ville lorsque trois personnes nous ont insulté: bande de tapettes, lopettes… Puis, deux d’entre elles m’ont attaqué dans le dos. Pourtant, ils étaient dans le même bar que nous», raconte Demir. « Mais on n’avait pas eu de soucis avec eux à l’intérieur, même pas un regard méchant», se souvient-il. «L’un tentait de m’étrangler et le second me frappait. Ça s’est passé tellement vite. Ils se sont acharnés sur moi, ils m’ont donné des coups à la tête et entre les jambes. Un des mecs m’a dit: T’en n’auras plus besoin, en parlant de mon entrejambe», affirme la victime. Un troisième individu s’en prend à son collègue. Ce dernier serait parvenu à se dégager et à prévenir des policiers qui patrouillaient non loin du lieu de l’agression. Dans la foulée, les secours sont contactés. «Ils ont continué à me rouer de coups. Je suis tombé et ma tête à cogné le sol. J’ai perdu connaissance», raconte Demir. Il se réveille à l’hôpital. «Je me souviens vaguement de mon réveil. J’étais dans le couloir, entouré de brancards, le pantalon plein de sang». Demir ajoute qu’il a attendu qu’on s’occupe de lui et qu’il est resté seul sans aide et sans calmants malgré la douleur. Alors, il est tout simplement parti de l’hôpital. De retour à son appartement, son colocataire rappelle les urgences. Cette fois, Demir est pris en charge. Mais une fois sur place, il dit avoir entendu une remarque raciste pendant qu’on l’examinait. «Ils m’ont renvoyé chez moi sans plus d’explications, avec la facture», lâche-t-il, amer, en brandissant sa quittance. Le lendemain, en parallèle de l’hôpital, Demir se rend chez son médecin qui lui délivre un arrêt de travail de 7 jours ainsi qu’un certificat médical faisant état d’un traumatisme crânien et de multiples ecchymoses.

«JE NE VEUX PAS ME CACHER»
Aujourd’hui, Demir dit avoir encore «mal au dos» et souffrir au niveau des organes génitaux. «J’ai mal et il m’arrive de saigner, il faut que je retourne chez mon médecin», confie-t-il. Il a porté plainte pour violences volontaires en réunion en raison de l’orientation sexuelle. Les agresseurs ont été identifiés puis laissés en liberté en attendant leur convocation. Il espère que SOS homophobie lui fournira un avocat et que les associations LGBT vont le soutenir. Il réclame simplement «la justice». «Je ne pourrai jamais oublier ce qu’on m’a fait», lâche-t-il, les larmes aux yeux. Il dénonce l’intolérance qui perdure dans certains coins d’Alsace. Après son agression, Demir dit être resté «prostré» chez lui toute semaine. «Mais je ne veux pas me cacher», se défend-t-il, «j’ai accepté de parler à la radio et dans les journaux. Parce que j’ai le droit de m’exprimer».

Originaire de Turquie, Demir est fier de son parcours et ne se fait pas prier pour parler de l’histoire de sa famille. De son père, ébéniste, le premier de la famille à s’installer dans la région en 1969. «A l’époque, la France avait besoin de main-d’oeuvre», dit-il. Lui n’arrivera qu’à 12 ans. «Mon père voulait que je termine l’école primaire en Turquie». Il décrit les difficultés pour s’intégrer pendant son adolescence. Le racisme ordinaire des gens qui l’accusaient de «prendre leur pain» parce qu’il était «l’étranger». Mais surtout le sentiment d’être «doublement différent», d’abord en raison de sa nationalité puis de son orientation sexuelle. Comme une double peine. Le bac en poche, il passe son brevet de technicien supérieur de l’hôtellerie, se marie et devient même papa. Mais il finit par divorcer en 2000 après avoir fait son coming-out à sa famille. «C’était difficile mais ils ont fini par accepter. Mon copain de l’époque venait même à la maison». Ce qui n’est pas le cas de son petit ami actuel. «Quand il a lu l’article sur moi dans le journal, il a pleuré de peur que ses parents apprennent qu’il est homo. Moi, je n’ai rien à cacher. Dans la vie, il y a deux choses que je ne supporte pas: l’injustice et le mensonge. En Turquie, je peux tenir la main de mon copain sans problème, ça ne choque personne. En ville, les gens sont habitués à voir deux hommes ensemble». A son travail aussi, Demir assume son homosexualité. «Les gens sont au courant, je me sens parfaitement intégré».

LES ASSOCIATIONS LGBT DE STRASBOURG TIRENT LA SONNETTE D’ALARME»

Dans un communiqué publié jeudi 6 juillet, La Station, le centre LGBTI Strasbourg-Alsace qui ouvrira ses portes en septembre (lire Strasbourg: le premier centre LGBTI alsacien ouvrira ses portes à la rentrée), «s’indigne une nouvelle fois face à une agression homophobe qui a eu lieu  fin juin à Strasbourg, à la sortie d’un bar sur l’eau qui n’a plus rien de sa réputation gay friendly». Evoquant au moins une autre agression près du bar en question, la Station tient à mettre en garde la communauté LGBT et les touristes de passage: «Les gens doivent savoir que cet établissement, s’il n’est en rien responsable des agressions perpétrées près de ses murs, n’est plus un lieu gay friendly», explique Jean-Philippe Restoueix, président de la future structure. «Le cas de Demir relève de la bêtise pure mais inquiétante. Il s’agit de trois mecs qui voulaient casser du pédé», avance-t-il, pointant «une recrudescence d’actes discriminants et violents» et «un manque de personnel aux urgences, empêchant une véritable prise en charge les victimes». La section locale de la Ligue des droits de l’Homme lui a emboîté le pas dès le lendemain en condamnant «avec force» une agression «visiblement homophobe». «L’homophobie est un fléau qui tend à se banaliser dans la société. Et la justice peine souvent à reconnaître le caractère homophobe d’une agression lorsqu’il est avéré. Nous souhaitons que ce cas soit une preuve d’exemplarité de la justice, et que les agresseurs soient sévèrement punis, comme ils le méritent», conclut l’association.

Photo ©Paul Denton