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Un complément d'actualité LGBT
Et vous, qu'en pensez-vous?
Associatif | Enquête | Politique | 30.06.2011 - 17 h 05 | 0 COMMENTAIRES
Marche des Fiertés: Pourquoi l’Inter-LGBT et la Préfecture de police ne comptent-elles pas le même nombre de participant-e-s?

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Stupéfaction, incrédulité et incompréhension. C’est peu dire que les chiffres communiqués par la Préfecture de police sur la Marche des Fiertés samedi soir ont fait l’effet d’une douche froide pour les associations LGBT parisiennes. Dans son communiqué, la Préfecture assure n’avoir compté que les marcheurs/euses qui ont suivi le défilé, soit en tout et pour tout 36000 participant-e-s. «Un chiffre ridicule», s’est insurgé Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter-LGBT, en début de semaine. «Il n’y a qu’à regarder ici et là les images de foules pour constater que ce chiffre est totalement décalé face à l’ampleur du nombre de participants, poursuit-il. On peut s’interroger sur le décalage manifeste entre les chiffres déclarés par la Police ces dernières années.»

«Y AURAIT-IL UNE VOLONTÉ DE MARGINALISER LE MOUVEMENT LGBT?»
De fait, la Préfecture de police a de moins en moins compté de manifestant-e-s à la Marche des Fiertés au fil des années. Elle en annonçait 500000 jusqu’en 2008, avec un pic en 2006 à 650000, rejoignant les estimations des organisateurs/trices. Puis, en 2009, le cortège est divisé par deux et n’est estimé qu’à 350000 participants. Une baisse brutale qui laisse les associations pantoises. «Y aurait-il une volonté quelconque de marginaliser le mouvement LGBT, un mouvement en faveur de l’égalité des droits qui porte des revendications auxquelles les Français souscrivent très largement?», s’interrogeait Nicolas Gougain.

L’an passé, la préfecture de police avait dénombré moins de 100000 personnes à la Marche des Fiertés dans la capitale, faisant une distinction entre 34000 «marcheurs» et 65000 «badauds». Un chiffre jugé «scandaleux» par l’Inter-LGBT, qui estimait à 700000 le nombre de participant-e-s. À l’époque, la Préfecture de police s’était refusée à tout commentaire sur cet écart de chiffres (lire La Préfecture de police ne souhaite pas s’exprimer sur les chiffres de la Marche des Fiertés de Paris). Cette année, elle opère un virage à 180 degrés en acceptant de recevoir l’Inter-LGBT mardi soir, puis la presse dès le lendemain. Yagg était bien évidemment sur place.

COMMENT LA PRÉFECTURE COMPTE
Pour dénombrer les manifestants, les policiers se placent en hauteur afin d’avoir une meilleure vision de la chaussée. Par équipe de deux – le jour de la Marche des Fiertés, deux équipes, soit quatre personnes, étaient dédiées au comptage –, les agents, munis d’un appareil de comptage, dessinent dans leur tête une ligne qui traverse la rue de part en part. À chaque fois qu’une dizaine de personnes franchit cette ligne, ils le signalent à l’appareil. À la fin de la manifestation, la préfecture dit utiliser «l’estimation la plus haute» qu’elle majore de 5% à 10%. Ce système semble logique pour un défilé syndical où les seules personnes comptabilisées sont celles qui défilent sur la route.

Mais comme l’a reconnu René Bailly, directeur de la direction du Renseignement de la Préfecture de police de Paris (DRPP), à la tête des agents chargés du comptage des manifestants, «on ne peut assimiler la Marche à une manifestation». Plus que des militant-e-s derrière une banderole et des chars, la Marche est également un spectacle qui se donne à voir. De fait, elle a des spectateurs/trices, debout ou assis-e-s, qui assistent au défilé, mais qui ne marchent pas. Les raisons en sont multiples et certaines ont été évoquées par les responsables de l’Inter-LGBT. René Bailly a ainsi reconnu qu’il n’avait pas songé aux personnes qui souhaitent rester anonymes dans leur démarche de soutien, qui craignent d’être photographiées ou filmées sur le parcours et qui se tiennent sur les côtés. Et il y a tout bonnement des gens fatigués de danser et de marcher qui patientent sur le trottoir. Dès lors qu’une personne ne marche pas sur la voie centrale, elle n’est pas comptabilisée comme participant à la manifestation.

«NOTRE OBJECTIF, C’EST L’OBJECTIVITÉ»
Car pour la Préfecture, impossible de différencier ces sympathisant-e-s qui ne marchent pas des passant-e-s venu-e-s là par hasard. Les policiers étant installés à un point précis pour le comptage (le jour de la Marche, ils étaient au croisement du boulevard Saint-Germain et de la rue Saint-Jacques), ils ne comptabilisent pas les personnes sur les côtés tout le long du défilé. Or, pour les organisateurs/trices, ces «badauds» font partie intégrante de la Marche. Celles et ceux qui avaient été recensé-e-s en 2010 (la Préfecture avait estimé qu’ils étaient 65000) n’ont pas été comptabilisé-e-s cette année, la direction du Renseignement ayant jugé que cette expérimentation était «insatisfaisante»: «notre objectif, c’est l’objectivité», insiste René Bailly. L’homme veut des chiffres incontestables, vérifiables, des vérités scientifiques. Trop instable et imprévisible, la masse des passant-e-s sur les côtés échappe au système de comptage scientifique mis en place par la préfecture. Même si elle constitue l’effectif le plus important de la Marche.

Dans ce souci de scientificité, toutes les manifestations de grande ampleur sont filmées. La Marche des Fiertés n’y a pas échappé. Installée sur le lieu de comptage, une caméra suit le flot des manifestant-e-s du début à la fin. La Préfecture a fourni à Yagg une copie de ce film. Il sert à la vérification des chiffres relevés par les agents sur place. Lundi, le recensement vidéo des manifestant-e-s est descendu aux alentours de 33500. Sur l’image ci-dessous, extraite de ce film, seules les personnes qui défilent au centre ont été comptabilisées.

La méthode ne semble néanmoins pas faire l’unanimité au sein même de la Préfecture puisque, comme l’indiquait Nicolas Gougain au sortir de la rencontre entre la DRPP et l’Inter-LGBT, le dispositif de sécurité prévu par la Préfecture estimait à 25000 le nombre de personnes présentes place de la Bastille (où s’achève la Marche) et à au moins 250000 sur l’ensemble du parcours.

«NOUS NE SOMMES INSTRUMENTALISÉS PAR PERSONNE»
À la Préfecture de police, cette bataille de chiffres est aussi l’occasion de faire une bonne opération de communication. René Bailly a pris ses fonctions en 2009, pile l’année qui a marqué un tournant dans le comptage des manifestant-e-s. Le discours est rodé. Il assume parfaitement le nouveau mode de comptage effectué par ses agents et lance une pique en direction des associations LGBT. «Pourquoi a-t-on laissé dire des choses pareilles, et ancré dans l’esprit des manifestants pendant des années qu’il y avait 700000, 800000 manifestants?, fait-il mine de se demander. Il aurait fallu être professionnel beaucoup plus tôt et ne pas entretenir cette idée qui ne correspond à rien.»

«Seule la direction du Renseignement est habilitée à donner les chiffres des manifestations, assène M. Bailly. Ces chiffres sont les mêmes que ceux qui sont ensuite communiqués par le préfet. Il peut nous demander des explications, on les lui donne, il peut nous faire des remarques, nous les recevons, mais le chiffre n’est pas modifié.» Pas de manipulation, alors? «Nous ne sommes instrumentalisés par personne, jure le policier. Qui pourrait passer de telles consignes aux personnels qui font ce métier, depuis plusieurs années, qui ne sont à ma connaissance pas obligatoirement titulaires d’une carte UMP, qui sont tous dans des syndicats de police qui ne sont pas du tout de cette tendance, en tous cas les syndicats majoritaires? Si on leur disait de ne pas passer tel ou tel chiffre, ces fonctionnaires seraient remontés et en droit de poser de questions», assure-t-il. Et pour éviter toute polémique future, il lance une invitation: «Si vous voulez, l’année prochaine, vous prenez une chaise, et vous venez compter avec nous».

Au moment où nous publions cet article, l’Inter-LGBT n’a pas encore réagi officiellement à la remise en cause de son mode de comptage. Son porte-parole, Nicolas Gougain, parle d’«un dialogue de sourds» avec la Préfecture de police et indique qu’il évoquera le sujet avec les associations réunies en conseil ce soir même.

[mise à jour, 18h35: Ajout d’une précision sur la méthode de comptage]

Paul Denton et Julien Massillon

Cet article a été initialement publié dans la partie info de Yagg. Cliquez là pour le commenter.

Education | Enquête | Recherche | Santé | 29.06.2011 - 10 h 19 | 5 COMMENTAIRES
Les ados homos et bi délaissé-e-s par la recherche française?

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Alors que les jeunes lesbiennes, gays et bisexuel-le-s font régulièrement l’objet d’études dans les pays anglo-saxons – la dernière en date, menée par le Center for Disease Control and Prevention, révèle que ces jeunes sont davantage susceptibles d’avoir des comportements à risque que les hétéros (lire Etats-Unis: Inquiétude autour des comportements à risque des jeunes homos et bi) – les chercheurs français ne se bousculent pas pour travailler sur ces questions. Explications.

DISCOURS AMBIGUS
« En France, la sociologie a longtemps mis de côté ces cas d’études, contrairement aux études canadiennes et américaines, qui démontrent l’intérêt porté par les nations outre-Atlantique sur ce sujet », explique Frédéric Gal, directeur du Refuge, association qui recueille de jeunes LGB exclus du domicile familial. Et de citer les études  de Bell et Weinberg, des chercheurs américains qui, dès 1978, travaillent sur le risque suicidaire chez les jeunes homos américains. D’autres études ont suivi, notamment celles de Christopher Bagley et Pierre Tremblay en 1997, puis de Gary Remafedi en 1998, et enfin en 2000, des Canadiens Bill Ryan et Jean-Yves Frappier. En France, il faut attendre les années 2000 pour qu’une enquête de cette ampleur soit menée. En 2005, le quotidien Libération révèle les résultats d’une étude française, conduite sur le territoire entre 1998 et 2003, qui montre que les jeunes homos et bi ont 13 fois plus de chance de se suicider que les hétéros. Olivier Orain, chercheur au CNRS et en charge du groupe de travail adolescence et homophobie à Sos-Homophobie, rappelle que les réticences à travailler sur de tels sujets étaient encore très fortes il y a quelques années. « Jusqu’à la fin des années 1990, faire de la recherche sur l’homosexualité apparaissait périlleux en termes de carrière. Ce n’était pas considéré comme un sujet légitime mais plutôt comme une thématique ‘osée’, ou anecdotique, mineure en définitive. »

« On ne peut pas dire qu’il n’y ait pas d’études sur l’homosexualité et les jeunes en France », tempère toutefois le chercheur. « En revanche, le discours ordinaire et dominant sur l’adolescent est très ambigu. Contrairement aux pays anglo-saxons, il y a cette insistance en France sur l’idée que l’adolescent ne sait pas ce qu’il est, qu’il se cherche, décrypte Olivier Orain. Il en découle que nombre d’adultes – en particulier de pédagogues et d’éducateurs au sens large – considèrent encore le plus souvent qu’il n’est pas un individu à l’orientation sexuelle déterminée. D’où la tendance à sous-estimer ou à dévaluer la capacité d’un jeune de 12-18 ans à tirer au clair son attirance pour des personnes du même sexe. C’est quelque chose de très ancré dans les métiers de professionnels travaillant au contact de la jeunesse. »

Une analyse que semble partager le directeur du Refuge. « L’école est un lieu encore très protégé de toute intervention sur la thématique de l’homosexualité. Lorsque des interventions, et on le sait car nous en réalisons nous-mêmes, ont lieu, c’est quasiment presque toujours sur l’impulsion de professeurs concernés par la thématique ou par les infirmières scolaires ou assistantes sociales ayant rencontré ce phénomène ou de mal-être, non lié à l’homosexualité. […] Au lieu de parler d’homophobie proprement dit, on pourrait plutôt évoquer une volonté d’occulter le phénomène », avance Frédéric Gal. Ce qui ne la rendrait pas moins « dramatique » pour autant, selon les intéressés. « Les adultes hétérosexuels plus globalement tiennent ce type de discours, avec l’espoir – pour certains – que ces jeunes vont revenir dans ‘le droit chemin’. C’est ce qui sous-tend les propos d’une certaine droite catholique », précise Olivier Orain.

« Globalement, il y a des formes d’homophobie moins violentes en France qu’aux Etats-Unis, poursuit le chercheur. Là-bas, quand un jeune a le courage de s’affirmer, les réactions sont plus fréquemment dures et massives, notamment parmi les jeunes ou en famille, et la protection des adultes est très aléatoire. Alors que dans la société française, comme le rapport à l’adolescent est différent, la violence est proportionnellement moins forte. Le déni fonctionne comme un amortisseur des réactions sociales et familiales, ce qui ne le rend pas satisfaisant pour autant. »

COMMUNAUTARISME
Reste que la situation semble évoluer favorablement ces dernières années. « De plus en plus de chercheurs sont prêts à travailler sur ces questions, dans des domaines très variés », se félicite Olivier Orain. Le chercheur en veut pour preuve l’essor des études sur le genre et la sexualité. Une revue en ligne, baptisée Genre, sexualité et société, a ainsi vu le jour en 2009. Tout en reconnaissant qu’il reste encore très difficile pour les sciences sociales de s’appuyer sur des statistiques ‘sexuelles’ fiables et systématiques en France, « du fait du tabou qui frappe encore ce qui est supposé porter atteinte à la vie privée ou semble entaché de communautarisme. »

De fait, comme le rappelle Frédéric Gal, la loi française interdit l’utilisation dans les statistiques de données sensibles, comme la religion ou les origines ethno-raciales, ou la constitution de fichiers basés sur l’orientation sexuelle des personnes même si des dérogations existent en fonction de la finalité, notamment scientifique, des études. Le directeur du Refuge pointe néanmoins « l’appareil législatif français », selon lui, « particulièrement sécuritaire ». « S’il protège les citoyens de toute discrimination quelle qu’elle soit, en contrepartie, il interdit à celles et ceux les dénonçant d’utiliser des points de données capitaux, ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays, notamment les Etats-Unis ou encore le Canada », conclut Frédéric Gal.

Photo bilgrimage.blogspot.com

Enquête | Politique | Religion | 11.05.2011 - 14 h 08 | 27 COMMENTAIRES
Qui sont ces extrémistes mobilisés contre la gay-pride de Tours?

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Depuis deux semaines, une pétition appelant à lutter contre la Marche des Fiertés à Tours a suscité l’émoi des internautes. Et pour cause, la première version – aujourd’hui censurée – ne faisait pas dans la demi-mesure: «Il y a une quinzaine d’années, la gay pride, c’était 50 folles déguisées qui se dandinaient à Paris. Aujourd’hui, il y en a une dans chaque ville, tout le monde s’y mêle car il est tendance pour les personnes qui se disent branchées de se joindre à l’arc-en-ciel Gay […], affirment les pétitionnaires. Si nous ne faisons rien, quel aura été notre rôle face à de telles abjections? […] Cette minorité (env. 6% de la population) n’a pas à exhiber sa marginalité sexuelle devant les yeux des riverains qui se baladent paisiblement en ville. Les yeux des enfants n’ont pas à être pris en otage par ce genre de spectacle!»

Lancée le 26 avril dernier par un collectif appelé «Ensemble contre la Gay Pride à Tours» sur le site france-petitions.com et destinée au préfet d’Indre et Loire, elle a réuni jusqu’à présent 400 signatures. Sur son blog, baptisé pasdegaypridecheznous, le collectif dit rassembler des «personnes de sensibilités parfois différentes sur la base d’un front commun, celui de lutter contre la Marche des Fiertés à Tours» et promet de «mener un certain nombre d’actions légales pour s’opposer à la Gay Pride du 21 mai prochain». En témoigne cette lettre ouverte adressée à Mgr Bernard Aubertin, archevêque de Tours, le 28 avril. Tout en se défendant d’être homophobe – «Il ne s’agit pas de juger les individus qui s’abaissent à de telles pratiques» – le «collectif» emploie des mots très durs contre l’homosexualité et la gay pride, qualifiant la première de «perversions sexuelles» et la seconde d’«abomination […], scandalisant [les] enfants, blessant tous ceux qui ont une idée de la réelle dignité de la nature humaine». Plus loin, le collectif fait le lien entre homosexualité et pédophilie: «Après tant de scandales de la pédophilie dont quelques pasteurs de l’Église se sont apparemment rendus complices, peut-on donner garantie à ces gayprides par notre silence ?» Mais se garde bien de donner davantage de détails sur ceux qui le composent.

Louis Dubois, chef de Vox Populi. (Photo Document remis)

GROUPUSCULE
En revanche, le site france-petitions.com qui accueille la pétition révèle l’identité de son initiateur: un certain Louis Dubois. L’homme n’est pas un inconnu sur la région de Tours. Il est à la tête de Vox Populi, «la voix du peuple» en latin, un mouvement qui se présente sur son blog comme un «groupe de résistance dissident pour une Touraine enracinée» et dit se situer sur un terrain «strictement local […] à l’échelle Tourangelle». En fait de groupe, il s’agirait plutôt d’un «groupuscule», constitué d’un «noyau dur d’une trentaine de membres et «d’environ 70 personnes, 80 au maximum» lors des manifestations, selon un observateur qui souhaite garder l’anonymat. Créé en 2010, Vox populi a acquis une certaine notoriété en organisant une série d’actions coups de poing ces deux dernières années: opposition à la Gay Pride 2010, au Salon de l’érotisme, et aux défenseurs des sans-papiers. «Ils n’ont pas d’influence mais ils commencent à être connus sur Tours», raconte ce témoin privilégié de la vie politique tourangelle.

Selon lui, Vox Populi puiserait sa force dans le manque de dynamisme politique de la ville. «En 1995, le règne de Jean Royer, maire très à droite notamment sur les questions de société, s’est achevé et la ville est passée à gauche (lire Mort de Jean Royer, surnommé « père la pudeur » et bête noire des homos). Depuis, comme le rapport gauche-droite n’est plus aussi clivant, les gens ont l’impression qu’il n’y a plus d’opposition et ne se reconnaissent plus dans le système.» Un vide politique qui aurait profité à Vox Populi, lequel prend soin de préciser qu’il «n’est rallié à aucun autre mouvement politique et n’est le sous-marin d’aucun parti électoraliste». Son blog fait pourtant apparaître des liens avec des groupes identitaires, parmi lesquels le blog Zentropa, point de rendez-vous des jeunes fascistes français et européens, et le Mouvement d’action sociale (MAS), groupuscule très influencé par les néofascistes italiens de la Casa Pound. Ces derniers ont créé un grand centre culturel de l’extrême droite romaine au sein d’un quartier populaire de Rome. Une initiative que Vox Populi souhaite manifestement reprendre à son compte. En effet, l’un de ses buts est de «pouvoir ouvrir un local [afin d’] accueillir toutes sortes de manifestations (conférence, séance de sport, salle ciné…). Un bastion [qui] permettrait à Vox Populi d’étendre son réseau en étant encore plus présent publiquement et d’avoir un point fixe connu de tous pour se retrouver», écrit le groupuscule sur son blog.

AMBIANCE PESANTE
Au LGP Région Centre, organisateur de la gay pride de Tours, on déplore la publicité accordée à l’extrême-droite. Son président, Romain Ménage, confie «passer son temps à répondre à la presse sur ce sujet». «En tant que citoyen, je suis atterré de voir une ville comme Tours associée à l’extrême-droite, dit-il. Mais comme président du centre LGP, je n’ai aucune inquiétude sur le déroulement de la Marche. Le service d’ordre est important et la police municipale est là pour sécuriser le parcours. Ce qui m’embête, c’est que toute cette affaire génère une ambiance pesante sur la ville. Alors que la Marche se veut festive.» Il salue la mobilisations des internautes qui ont crée une page «Contre la page anti gay pride de Tours» sur Facebook.

Pour le politologue Jean-Yves Camus, cette affaire démontre que « c’est bien la visibilité [des homosexuels, ndlr] qui est en cause. Jean-Marie Le Pen avait en 1996, lors de l’affaire Poulet-Dachary [du nom de cet élu FN de Toulon assassiné en août 1995 alors qu’il fréquentait des bars homosexuels], énoncé l’idée d’une non-immixion du FN dans la vie privée de ses membres, rappelle ce spécialiste de l’extrême-droite. Mais à Lyon notamment, des militants pro-Gollnisch ont participé à la perturbation des kiss-in. La question de l’homosexualité est un grand non-dit à l’extrême-droite. Il existe des homophobes déclarés (Renouveau français, catholiques intégristes), des homosexuels au FN et ailleurs, notamment dans la sphère néo-nazie; et des gens qui sont sur la ligne de Vox Populi.»

L’année dernière, la gay pride de Tours avait rassemblée environ 1 500 personnes, selon Romain Ménage. Il espère qu’elle en attirera «au moins 2 000» le 21 mai prochain, «ne serait-ce que pour en rabattre à l’extrême-droite». Les organisateurs de la Marche ont mis en place un nouveau circuit rythmé par des animations, des concerts et des expositions. De son côté, Vox Populi, qui dénonce la «censure […], le matracage médiatique [sic] et les actions d’opposition» à son égard et l’«immunité […], voire [la] bienveillance de la part des politiques et des médias» dont les «groupes» LGBT bénéficient selon lui, maintient son appel à manifester lors de la gay pride.

Montage Photo Paul Denton

Enquête | International | People | 21.02.2011 - 13 h 24 | 21 COMMENTAIRES
Non, les gays ne préfèrent pas Britney Spears à Lady Gaga: Le sondage était bidon

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Un site de presse de Floride accusait l’auteur de l’article qui présentait la chanteuse comme la nouvelle « icône suprême gay » d’être un « arnaqueur ». Après avoir affirmé que ses informations étaient exactes, le blogueur en question a reconnu que le sondage était bidon. Retour sur un buzz qui a fait le tour de la planète people.

Cette semaine, c’est l’effervescence sur les blogs consacrées à Britney. Pensez-vous, la princesse de la pop sacrée « icône suprême gay » devant Lady Gaga, Madonna ou encore Barack Obama et Cher! Même « Un complément d’actualité » a repris le « scoop » (lire BritBrit élue «icône suprême gay»: Une cabale contre Lady Gaga ?). Quelle récompense pour la chanteuse, plus connue pour ses déboires personnels que pour son engagement en faveur des LGBT! Problème: ce sondage s’avère être un faux.

UN SONDAGE BIDON
Fin du suspense qui tenait en haleine la planète people ces dernières 24H. Fernando Palazzo a finalement reconnu sur son blog que le sondage de l’Equality Project était en réalité un faux.

« Dans plusieurs de mes articles, j’ai cité Joel Waddell et son organisation, le prétendu Equality Project du comté d’Orange, écrit le chroniqueur. On a porté à mon attention que cette organisation était peut-être l’œuvre d’un ou plusieurs escrocs et qu’on ne devrait pas leur faire confiance. En fait, Joel Waddell est une connaissance et mon instinct initial était qu’il était digne de confiance. Il ne l’est pas. Je m’excuse pour avoir trompé mes lecteurs, ce qui n’a jamais été mon intention initial ». S’il le dit.

Rappel des faits: lundi 14 février, un chroniqueur de l’Examiner, Fernando Palazzo, publie les résultats d’un sondage de l’Equality Projet du comté d’Orange en Californie. L’article affirme que l’association a demandé à 1000 hommes homos de tout le sud de la Californie de choisir leur icône gay. Britney Spears est annoncée première avec 31% des votes, suivie par Madonna et Lady Gaga. Palazzo fait aussi intervenir un certain Joel Waddell, présenté comme un militant de l’association qui a monté le sondage. Ce dernier déclare notamment à propos de Lady Gaga qu’elle est « une artiste sans talent, une escroquerie. (Qu’)Elle est à la communauté Gay ce que Hitler a été à l’Allemagne. »

Dans les jours qui ont suivi, les blogs people et des sites d’informations ont repris la nouvelle en boucle.

Le Toronto Sun reprend l’information sur son site le 15 février:

Suivi par le blog « Celebritology » du Washington Post. C’est d’ailleurs à partir du Toronto Sun que « Celebritology » en fait sa Une quelques heures plus tard:

L’article de Palazzo est même repris par timesofindia.com le 16 février:

Enfin, c’est au tour de Pinknews de publier la nouvelle deux jours plus tard, jeudi 17. L’article explique très sérieusement qu’ « en 2009, Britney Spears renforcé son statut d’icône gay par le tournage d’une parodie de publicité de parfum pour les gays. »  Pschitt.

DE FAUSSES INFORMATIONS POUR COMPROMETTRE LADY GAGA?
Selon le site de presse SouthFloridaGayNews (SFGN) qui a mené l’enquête, plusieurs éléments accréditent la thèse de l’arnaque. SFGN explique avoir contacté diverses associations militant pour l’égalité qui ont avoué n’avoir jamais entendu parlé de l’Equality Project du Comté d’Orange et d’un militant appelé Joel Waddell. « FGN a en outre vérifié la base de données des sociétés de l’État de Californie mais n’a trouvé aucun document de l’Equality Project du comté d’Orange, annonce le journal. Une recherche sur Guidestar, une base de données des associations à but non lucratif, n’a également donné aucun résultat. L’organisation ne semble avoir ni site web, ni numéro de téléphone, ni facebook ni myspace. » SFGN soupçonne Palazzo d’avoir monté d’autres fausses nouvelles ces derniers mois.

Plus embêtant, Joel Waddell, que le chroniqueur fait intervenir dans plusieurs de ses articles, ne semble pas exister. « La source qui cite Palazzo dans certains de ses articles, Joel Waddell, semble également suspecte. Waddell se présente comme un membre de l’Equality Project, et est fréquemment cité en disant des choses scandaleuses, dont beaucoup semblent se concentrer sur sa haine de Lady GaGa, rappelle le journal. » En clair, SFGN accuse le chroniqueur de diffuser de fausses informations pour compromettre Lady Gaga. Pas démonté, Palazzo publie samedi un nouvel article dans lequel l’Equality Project accuse Lady Gaga… d’homophobie!

A noter que Joel Waddell pourrait être un pseudonyme. Peut-être une référence à Tom Waddell, le fondateur des Gay Games, et à Joel Burns, le conseiller municipal de Fort Worth (Texas) qui avait bouleversé l’Amérique dans un discours pour la campagne It gets better en octobre 2010 (lire Suicide des jeunes LGBT: La campagne It Gets Better ne s’essouffle pas).

EXPLICATIONS?

De son côté, Palazzo, qui n’a pas donné suite aux demandes d’interview de SFGN, m’avait envoyé un mail hier matin dans lequel il expliquait que les accusations du site à son encontre résultent d’une vengeance personnelle, et indiquait étudier les possibilités de poursuites judiciaires contre SFGN. « Je peux vous assurer que mes articles sont exacts à 100%» » affirmait-il. Sans donner davantage de détails sur ses mystérieuses sources.

J’ai demandé par mail des explications au blog « Celebritology » du Washington Post qui a été l’un des premiers a reprendre l’article de Palazzo le 15 février, ainsi qu’à la rédaction de Pinknews.co.uk qui a repris à son tour la fausse information le 17. A ce jour, ni l’un ni l’autre ne m’ont répondu.

Enquête | International | Politique | Religion | 19.02.2011 - 08 h 46 | 12 COMMENTAIRES
WikiLeaks: Pourquoi des politiciens ougandais lancent une chasse anti-gays en vue de la présidentielle

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Les câbles diplomatiques américains transmis par WikiLeaks au « Guardian » révèlent que le militant gay David Kato, assassiné le mois dernier, aurait été victime de moqueries aux Nations Unis. Mais permettent surtout d’y voir plus clair sur les raisons qui poussent des politiciens ougandais à faire des gays leurs boucs émissaires.

Le militant David Kato assassiné trois mois après avoir figuré en Une du journal qui a outé 100 citoyens ougandais en octobre 2010. (Photo archives Yagg)

Les câbles diplomatiques américains récupéré par WikiLeaks n’ont pas fini de parler. Les derniers en date révélés par le Guardian ne font que confirmer le climat d’extrême violence qui menace les homosexuels ougandais dans leur pays. Le diplomate américain en poste à Kampala (la capitale de l’Ouganda) explique dans l’un des câbles décryptés par WikiLeaks que David Kato, battu à mort près de chez lui le mois dernier (lire Ouganda: Un militant gay assassiné), avait prononcé un discours très bien écrit contre un projet de loi qui imposerait la peine de mort en cas d’infraction d’homosexualité aggravée, et la prison à vie pour ceux qui auraient des relations sexuels entre adultes du même sexe. La réunion, organisée avec le soutien des Nations Unies en décembre 2009, portait sur ce projet de loi appelé « Anti-homosexuality Bill ». Toutefois, les propos de David Kato étaient presque inaudibles en raison de sa « nervosité évidente », note le diplomate dans le câble diplomatique. Comble du cynisme, tout au long de son exposé, un membre de la Commission ougandaise des droits de l’homme a « ouvertement plaisanté et ricané » avec les partisans du projet de loi.

David Kato était l’une des 100 personnes outées par un journal ougandais en octobre 2010. Son assassinat est survenu trois mois après la parution de ce journal qui titrait sa Une: « Pendez-les! » (lire Ouganda: Un journal oute 100 gays et invite à les « pendre »). Dans un premier temps, la police ougandaise a prétendu le motif était le vol, mais a depuis arrêté un suspect puis a conclu à un crime résultant d’un « désaccord personnel » non relié à l’activisme de la victime. Une version qui est loin de faire l’unanimité, notamment chez les militants LGBT.

L’HOMOPHOBIE INSTRUMENTALISÉE À DES FINS POLITIQUES

Décembre 2010: Face à Rachel Madow de la chaîne MSNBC, David Bahati prétend que des gays cherchaient à enrôler des enfants. (Photo - Document remis)

Les violences homophobes ont fait irruption de manière effrayante en Ouganda et les gays se sentent de plus en plus surveillés et harcelés, affirme le rapport. On y apprend également que le député évangéliste David Bahati est classé dans la catégorie des « démagogues homophobes » et que le tollé international provoqué par son projet de loi l’a isolé politiquement. Cependant, il est clair qu’il ne cèdera pas à la pression de la communauté internationale. « Son homophobie est aveuglante et incurable » tranche le rapport. Ce dernier fait également référence à James Nsaba Buturo, le ministre ougandais de l’éthique et l’intégrité et fervent partisan du projet de loi, et au pasteur Martin Ssempa, qui organise des rassemblements anti-gays en Ouganda, tous deux identifiés comme des acteurs clés inaugurant une nouvelle ère de l’intolérance.

« L’HOMOPHOBIE QUI SÉVIT EN OUGANDA NE VA PAS DISPARAÎTRE »

A la même date l’année dernière, un câble du 16 février envoyé à Washington fait état de l’inquiétude des militants homosexuels face à cette loi dont le seul projet affecterait déjà leurs conditions de vie. L’un prétend que certains militants gays ont été arrêtés et sont détenus par les autorités et des extrémistes anti-gays tandis qu’un autre indique qu’il n’est pas au courant de telles arrestations. Les diplomates notent que la condamnation internationale de l’«Anti-homosexuality Bill » a obligé les dirigeants ougandais à reconsidérer leur soutien à Bahati mais que « les officiels continuent de faire des pronostics contradictoires sur l’avenir de la loi ». De fait, le câble prévient Washington que « même si le projet de loi est mis de côté dans les semaines à venir, l’homophobie qui sévit en Ouganda ne va pas disparaître. » Concernant l’élection présidentielle, on vient d’apprendre que le chef de l’État sortant Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, part favori face à une opposition divisée qui l’accuse d’ors et déjà de préparer des fraudes. Les premiers résultats sont attendus dimanche.

Pour approfondir le sujet, vous pouvez voir ou revoir « Ouganda, au nom de Dieu »: un documentaire-choc sur la traque des homos sur tv.yagg.com

Enquête | International | Politique | Religion | 27.02.2010 - 00 h 02 | 0 COMMENTAIRES
Arabie Saoudite: « Chez nous, les homosexuels sont jetés du haut des immeubles »

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Depuis quelques années, le débat sur le voile a pris de l’ampleur en France. Je voudrais témoigner sur ce que j’ai vu et entendu au Royaume-Unis à son propos et ouvrir le débat sur la situation en France.

Par un beau mois de mai, je me suis retrouvé à Cardiff, capitale du Pays de Galles, pour effectuer un stage linguistique. Cardiff est une ville portuaire multi-tout par excellence: multi-culturelle-ethnique-religieuse-générationnelle, etc…

Ici, les turbans sikhs côtoient les voiles. Les voiles frôlent les jupes très courtes des étudiantes. Les voiles, ce sont les Hijab, niqab, tchador et autres burqa* qui sont permis et dont les femmes se parent pour déambuler dans les rue, faire du lèche-vitrine, ou promener les enfants en poussette. La vie, quoi. Les silhouettes semblent se croiser sans jamais se mélanger.

«On leur a donné beaucoup trop de liberté»

Me suis-je senti mal à l’aise? Pas du tout. Mais ce n’est pas ma terre et je n’étais là-bas que pour peu de temps. Je n’ai pas pu discuter avec ces Galloises toutes de noir vêtues. Par contre, j’ai discuté avec des professeurs de mon école de langue et des Gallois* de tous âges. Beaucoup sont choqués au quotidien. Le constat est unanime. Cette manière d’étaler sa religiosité heurte et choque ceux que j’ai rencontré. Certains me disent même: «On leur a donné beaucoup trop de liberté». Avec toute la somme de peur et de rejet que comporte une telle condamnation.

Un étudiant saoudien: «Profiter de la vie à l’occidentale»

Dans le cadre des cours, j’ai conversé avec des Saoudiens*. Je suis très étonné: les hommes sont vêtus de jeans ultra-moulant avec des strass ou parfois de costumes très coûteux. Ils sont beaux, les cheveux soignés et les ongles manicurés. Ce n’est pas la « lie du peuple ». Contrairement aux Saoudiennes de l’école, ils ne pas tous mariés. Ils viennent ici pour apprendre l’anglais  mais aussi pour «profiter de la vie à l’occidentale». Nous parlons de filles (beaucoup). Ils enchainent les conquêtes dans les boites de nuit le soir… Pour eux, c’est Disneyland. Mais en même temps, ils critiquent vertement «la décadence de l’Occident».

J’ai aussi rencontré des Saoudiennes intégralement voilées (on ne voyait que leurs yeux de biche). Les Saoudiens hommes et femmes n’ont jamais cours ensemble. En tant qu’étranger, j’ai eu le privilège de discuter avec plusieurs Saoudiennes. Elles acceptent de me parler, à moi, homme qui ne fait pas partie de leur famille et qui n’est même pas musulman. Il y a là Juju, Fatimah et Noor. Elles apprennent l’anglais car leurs maris sont «progressistes». A Cardiff, elles vivent avec de la famille. Je n’obtiens pas leur âge. «Par coquetterie». Mais elles semblent jeunes. La vingtaine, peut-être moins. La discussion s’oriente rapidement sur nos cultures respectives.

Le mariage

En Arabie saoudite, on vit entre personnes du même clan. Le clan familial est constitué de centaines de personnes. Au-delà du clan, il y a la tribu c’est-à-dire des centaines de milliers de Saoudiens, unis par un système coutumier qui remonte au tribalisme du désert. Impossible de se marier hors du clan familial. Ce sera forcément une fille ou un garçon de la « famille ».

Les filles peuvent être mariées de 9 à 19 ans et les hommes de 24 à 35 ans (dernier carat). Après, on n’est plus considéré comme «frais». On se jauge lors de rencontres ou de fêtes forcément familiales, on en parle à ses parents (plutôt à sa mère), le père en parle à l’homme en question, et une rencontre préalable est organisée. Pendant cette rencontre la fille se dévoile. Si les deux parties tombent d’accord le mariage est conclu. Le plus souvent, la décision est prise en une heure. Rapide certes mais il ne faut pas oublier que les deux tourtereaux se sont «rencontrés»

Le voile

Si l’homme ne leur plait pas, elles pleurent beaucoup, me confie Juju. En général, les parents n’ont pas intérêt à ce que le mariage tourne à l’aigre. Pas de mariage forcé, donc, mais un encadrement très rigide.

Fatimah embraye sur la question du voile. «Une femme n’est pas obligée de porter le hijab». Juju soupire. Noor fait mine de regarder ses messages sur son téléphone portable. Elles sont assez réservées sur la question. De ce que j’ai pu en comprendre, le hijab est culturel, et si elles ne le portent pas… En fait elles ne peuvent que le porter. C’est intégré. Fin de la discussion. Pour Fatimah et Noor, c’est même une question de mode. Par contre, «A cinquante ans, la femme peut se dévoiler car la beauté s’est retirée». Charmant.

«La femme est plus fragile que l’homme»

Une femme peut-elle vivre seule? Et bien non car «une femme a besoin d’être protégée, c’est comme ça, la femme est plus fragile que l’homme». Mais une femme divorcée par exemple, comment fait-elle? Elle retourne au sein de sa famille, chez ses parents, ou chez des parents plus ou moins éloignés. «On ne vit pas seule quand on est une femme, ce n’est pas convenable».

Que pensent ces dames de la femme occidentale? «C’est choquant», souligne Juju. «Pour nous, sortir sans le hijab, c’est un manque de respect envers soi et les autres hommes». Je leur raconte que ma grande soeur qui vit hors mariage depuis sept ans a accouché d’un petit garçon le mois dernier. Elles ouvrent de grands yeux. Dans leur pays, c’est «im-po-ssibl e» me jurent-elles. « Les femmes qui ont ce comportement sont des prostituées! Les relations sexuelles hors mariage sont interdites, c’est la honte pour la famille!». Je prie mentalement ma soeur de m’excuser.

« L’homosexualité, c’est un acte contre-nature »

En cours, le professeur parle du «mariage gay». En Angleterre, les partenaires du même sexe peuvent s’unir civilement depuis 2005. Je suis assis entre Juju et Carla (une journaliste vénézuélienne). Les Saoudiennes sont outrées: «C’est un acte contre-nature! Chez nous, les homosexuels sont jetés du haut des immeubles, ça montre l’exemple aux autres!». C’est dit d’un ton mécanique et sans émotion apparente. Carla a des sanglots dans la voix: «C’est abominable, en quoi est-ce un crime?». Pas de réponse. Manifestement, le sujet gêne. «Que faites-vous lorsque vous voyez deux hommes s’embrasser à Cardiff?». Toujours pas de réponse. Je sors pour prendre l’air. J’étouffe.

Les Saoudiennes que j’ai rencontré se disent «progressistes». Elles le sont à leur manière. Représentent-elles le point de vue de l’élite ou de l’ensemble de la population? Ou tout simplement elles-mêmes? Je ne sais.

Rencontre du troisième type

En revanche, je sais que cette expérience a été très importante pour moi. J’ai pu constater que ce n’était pas un mur qui séparaient les Occidentaux des Saoudiens mais un océan d’incompréhension. Nous ne vivons pas dans le même monde.

Leur religion, leur culture et leurs traditions prennent une place prépondérante dans leur vie. Rencontre du troisième type entre un occidental qui vit dans une société sécularisée et des femmes qui se construisent par rapport à leurs coutumes religieuses. Elles ont essayé de me dépeindre une Arabie saoudite idéale et vertueuse. «Peu de divorces, de crimes, et de pornographie». Mais il est rarement question de religion ou de foi dans ce que ces femmes m’ont raconté. Elles n’ont que les mots «Tradition, culture, honte, et honneur» à la bouche.

Unies dans leur soumission à Dieu

Aux antipodes de nos Droits de l’Homme qui définissent l’humain comme un individu, leur religion les consacrent comme membres d’une même famille, unies dans leur soumission à Dieu. Le droit à la dignité est conditionné par le respect «des bonnes croyances» (dixit Juju) sous-entendu la charia (la loi divine).

C’est cet argument qui permet à l’Arabie saoudite mais également à l’Egypte, à l’Algérie ou à l’Iran pour ne citer que ces quatre pays de persécuter des « homosexuels ».

L’homme « naturellement impur »

En tant qu’homme, ce qui me gêne profondément, c’est que ces voilées intégrales partent du postulat que je suis «naturellement impur». Comme si l’homme n’était pas capable de maîtriser ses instincts si la femme ne portait pas ce bout de tissu. D’ailleurs, pour Noor, qui dissimule sous son apparente modernité une vision archaïque des rapports hommes-femmes, «Les hommes ne pensent qu’à ça».

En France

Je ne sais pas ce que revendiquent ces femmes qui veulent porter le hijab (ou la burqa)  en France mais je crois que le débat qui a lieu actuellement est salutaire car en dépit de tous les points de vue parfois extrêmes (ou «extrémistes») qui s’affrontent, il permet de libérer la parole. Je ne suis pas en faveur de son port dans notre pays car je ne pense pas que ce soit compatible avec «notre» mode de vie mais je ne peux me résoudre à ce qu’il soit interdit. L’islam est la deuxième religion de France. La question est délicate. Au combien.

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*Les Gallois sont les habitants du Pays de Galles. Ne dites jamais à un Gallois qu’il est Anglais, il va se vexer. Les Gallois parlent de l’Angleterre en disant «That place» (littéralement «l’endroit») d’un ton péjoratif qui ne laisse pas de place au doute quant à leur sentiment sur les Anglais («coldfish», poisson-froid, peut se traduire par «distant» ou «indifférent»)

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*Le Royaume d’Arabie saoudite, est le plus grand des pays de la péninsule d’Arabie. L’Arabie saoudite est membre de l’OPEP. Les revenus pétroliers du pays s’élevaient à 150,3 milliards de dollars en 2005. L’islam sunnite est la religion d’Etat du royaume. Tout autre culte religieux non-musulman est formellement interdit. Les femmes doivent prêter une plus grande attention à leur tenue vestimentaire. Certains aspects de la vie privée sont considérés comme des délits de moeurs (adultère, homosexualité…) . Ceux-ci sont lourdement punis. La consommation et le trafic d’alcool ou de drogues exposent aussi à des sanctions sévères, y compris la peine de mort. L’Arabie saoudite est à l’origine de la création de l’OCI (Organisation de la Conférence islamique) créée en 1969. l’OCI vise à coordonner les actions de tous les pays musulmans sur le dossier du Proche-Orient et de «promouvoir l’image de l’islam». Elle est dotée de statuts et même d’une «Cour islamique internationale de justice». En revanche, l’Arabie saoudite n’a jamais signé… la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Seule compte la charia.

*Petit lexique:

Le hijab est un terme générique qui désigne la tenue féminine conforme aux principes de l’islam. La surface que la femme est censée cacher par pudeur est sujette à interprétation.
Le niqab cache tout le corps sauf les yeux. Plutôt porté dans les pays du golfe Persique.
La burqa recouvre tout le visage et ne laisse qu’un petit grillage de tissu au niveau des yeux. Il est principalement porté en Afghanistan et dans les régions tribales du Pakistan.
Le tchador est un demi-cercle de tissu porté en châle sans ouverture pour les mains. Il ne cache pas le visage. Il est porté par de nombreuses femmes iraniennes.