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Associatif | Interview | Région | Société | 10.07.2011 - 10 h 42 | 26 COMMENTAIRES
Agression homophobe à Strasbourg: «Je ne pourrai jamais oublier ce qu’on m’a fait»

Rencontre avec Demir, agressé en même temps que l’un de ses collègues en sortant d’un bar, à Strasbourg, le 30 juin dernier.

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«Pourquoi moi», s’interroge Demir, «je ne comprends pas». Une semaine après son agression, le quadragénaire est encore sous le choc. Le 30 juin au matin, après avoir quitté son travail, lui et l’un de ses collègues retrouvent quelques amis autour d’un verre dans un bar flottant bien connu des Strasbourgeois. Vers 6 h, tous deux quittent la péniche et décident de rentrer. C’est en regagnant leur véhicule qu’ils sont pris à partie puis violemment agressés.

«BANDE DE TAPETTES, LOPETTES»
«Je me dirigeais vers l’Hôtel de ville lorsque trois personnes nous ont insulté: bande de tapettes, lopettes… Puis, deux d’entre elles m’ont attaqué dans le dos. Pourtant, ils étaient dans le même bar que nous», raconte Demir. « Mais on n’avait pas eu de soucis avec eux à l’intérieur, même pas un regard méchant», se souvient-il. «L’un tentait de m’étrangler et le second me frappait. Ça s’est passé tellement vite. Ils se sont acharnés sur moi, ils m’ont donné des coups à la tête et entre les jambes. Un des mecs m’a dit: T’en n’auras plus besoin, en parlant de mon entrejambe», affirme la victime. Un troisième individu s’en prend à son collègue. Ce dernier serait parvenu à se dégager et à prévenir des policiers qui patrouillaient non loin du lieu de l’agression. Dans la foulée, les secours sont contactés. «Ils ont continué à me rouer de coups. Je suis tombé et ma tête à cogné le sol. J’ai perdu connaissance», raconte Demir. Il se réveille à l’hôpital. «Je me souviens vaguement de mon réveil. J’étais dans le couloir, entouré de brancards, le pantalon plein de sang». Demir ajoute qu’il a attendu qu’on s’occupe de lui et qu’il est resté seul sans aide et sans calmants malgré la douleur. Alors, il est tout simplement parti de l’hôpital. De retour à son appartement, son colocataire rappelle les urgences. Cette fois, Demir est pris en charge. Mais une fois sur place, il dit avoir entendu une remarque raciste pendant qu’on l’examinait. «Ils m’ont renvoyé chez moi sans plus d’explications, avec la facture», lâche-t-il, amer, en brandissant sa quittance. Le lendemain, en parallèle de l’hôpital, Demir se rend chez son médecin qui lui délivre un arrêt de travail de 7 jours ainsi qu’un certificat médical faisant état d’un traumatisme crânien et de multiples ecchymoses.

«JE NE VEUX PAS ME CACHER»
Aujourd’hui, Demir dit avoir encore «mal au dos» et souffrir au niveau des organes génitaux. «J’ai mal et il m’arrive de saigner, il faut que je retourne chez mon médecin», confie-t-il. Il a porté plainte pour violences volontaires en réunion en raison de l’orientation sexuelle. Les agresseurs ont été identifiés puis laissés en liberté en attendant leur convocation. Il espère que SOS homophobie lui fournira un avocat et que les associations LGBT vont le soutenir. Il réclame simplement «la justice». «Je ne pourrai jamais oublier ce qu’on m’a fait», lâche-t-il, les larmes aux yeux. Il dénonce l’intolérance qui perdure dans certains coins d’Alsace. Après son agression, Demir dit être resté «prostré» chez lui toute semaine. «Mais je ne veux pas me cacher», se défend-t-il, «j’ai accepté de parler à la radio et dans les journaux. Parce que j’ai le droit de m’exprimer».

Originaire de Turquie, Demir est fier de son parcours et ne se fait pas prier pour parler de l’histoire de sa famille. De son père, ébéniste, le premier de la famille à s’installer dans la région en 1969. «A l’époque, la France avait besoin de main-d’oeuvre», dit-il. Lui n’arrivera qu’à 12 ans. «Mon père voulait que je termine l’école primaire en Turquie». Il décrit les difficultés pour s’intégrer pendant son adolescence. Le racisme ordinaire des gens qui l’accusaient de «prendre leur pain» parce qu’il était «l’étranger». Mais surtout le sentiment d’être «doublement différent», d’abord en raison de sa nationalité puis de son orientation sexuelle. Comme une double peine. Le bac en poche, il passe son brevet de technicien supérieur de l’hôtellerie, se marie et devient même papa. Mais il finit par divorcer en 2000 après avoir fait son coming-out à sa famille. «C’était difficile mais ils ont fini par accepter. Mon copain de l’époque venait même à la maison». Ce qui n’est pas le cas de son petit ami actuel. «Quand il a lu l’article sur moi dans le journal, il a pleuré de peur que ses parents apprennent qu’il est homo. Moi, je n’ai rien à cacher. Dans la vie, il y a deux choses que je ne supporte pas: l’injustice et le mensonge. En Turquie, je peux tenir la main de mon copain sans problème, ça ne choque personne. En ville, les gens sont habitués à voir deux hommes ensemble». A son travail aussi, Demir assume son homosexualité. «Les gens sont au courant, je me sens parfaitement intégré».

LES ASSOCIATIONS LGBT DE STRASBOURG TIRENT LA SONNETTE D’ALARME»

Dans un communiqué publié jeudi 6 juillet, La Station, le centre LGBTI Strasbourg-Alsace qui ouvrira ses portes en septembre (lire Strasbourg: le premier centre LGBTI alsacien ouvrira ses portes à la rentrée), «s’indigne une nouvelle fois face à une agression homophobe qui a eu lieu  fin juin à Strasbourg, à la sortie d’un bar sur l’eau qui n’a plus rien de sa réputation gay friendly». Evoquant au moins une autre agression près du bar en question, la Station tient à mettre en garde la communauté LGBT et les touristes de passage: «Les gens doivent savoir que cet établissement, s’il n’est en rien responsable des agressions perpétrées près de ses murs, n’est plus un lieu gay friendly», explique Jean-Philippe Restoueix, président de la future structure. «Le cas de Demir relève de la bêtise pure mais inquiétante. Il s’agit de trois mecs qui voulaient casser du pédé», avance-t-il, pointant «une recrudescence d’actes discriminants et violents» et «un manque de personnel aux urgences, empêchant une véritable prise en charge les victimes». La section locale de la Ligue des droits de l’Homme lui a emboîté le pas dès le lendemain en condamnant «avec force» une agression «visiblement homophobe». «L’homophobie est un fléau qui tend à se banaliser dans la société. Et la justice peine souvent à reconnaître le caractère homophobe d’une agression lorsqu’il est avéré. Nous souhaitons que ce cas soit une preuve d’exemplarité de la justice, et que les agresseurs soient sévèrement punis, comme ils le méritent», conclut l’association.

Photo ©Paul Denton

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Bonjour. Je suis journaliste-CM spécialisé dans la gestion des réseaux sociaux Mes blogs sur Yagg: http://yagg.com/author/paul-denton/ Accro à l'info sous toutes ses formes. J'adore les séries télé, la gastronomie, les plaisirs de la chair et les randonnées.
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LES réactions (26)
Agression homophobe à Strasbourg: «Je ne pourrai jamais oublier ce qu’on m’a fait»
  • Par Jess 13 Juil 2011 - 22 H 58
    Photo du profil de Jess

    Wow! Je compatie vraiment avec toi!!! C’est comme meme intolerable!!! Courage! Je suis de tout coeur avec toi!!!

     
  • Par Paul Denton 12 Juil 2011 - 16 H 01
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    @joejoe: pour le moment, c’est trop tôt pour en parler. Comme indiqué précédemment, je vous tiens au courant de la suite.

     
  • Par joe 12 Juil 2011 - 15 H 14
    Photo du profil de

    @ Démir, ce sont qui tes agresseurs ? s ils sont en liberté, ce serait bien que l info tourne. merci !!

     
  • Par Cryss 12 Juil 2011 - 13 H 19

    Bon courage Démir et j’espère de tout coeur que ces personnes seront condamnées et qu’enfin, l’homophobie soit réellement combattue en France.
    Oui, cela commence par ne pas laisser dire certaines choses aux députés, à ne pas laisser planer l’impunité là dessus, et par l’éducation.
    Et au passage, c’est encore plus terrible d’être laissé pour compte aux urgences après ça. Effarant.

     
  • Par Démir 12 Juil 2011 - 2 H 21

    je tiens a remercier tous le monde pour votre soutient,
    mon combat commence, ça va être long et épineux car mes agresseurs ne sont pas n’importe qui!!! vous serez informés bientôt!!

     
  • Par Sandy 11 Juil 2011 - 17 H 43

    Une pensée de soutien à lui. Il a fait ce qu’il fallait en portant plainte face à une situation aussi intolérable. J’espère que la justice lui donnera raison. Je lui souhaite un rapide rétablissement et beaucoup de courage pour la suite.

     
  • Par Paul Denton 11 Juil 2011 - 16 H 56
    Photo du profil de Paul Denton

    A tous: merci pour votre soutien, je suis certain que Demir y est sensible. Vous serez bien entendu tenus au courant des prochains développements de cette affaire.

     
  • Par oniisan - FtMpanVegan 11 Juil 2011 - 16 H 35

    Bonjour / Bonsoir,

    merci pour l’article,

    je souhaite beaucoup de courage à Demir et moi aussi j’aimerais bien pouvoir envoyer un message de soutien à Demir aussi.

    Il n’y a pas 36 bars qui sont sur une péniche, qui sont une péniche, donc, je présume qu’il s’agit du Tribord.

    Bon sang, il y a encore beaucoup de ‘travail’ à faire concernant la lutte contre les disciminations !

    S’il y a des pétitions, des campagnes de sensibilisation concernant cette ‘affaire’, s’il y a un procès ouvert au ‘public’ au TGI ou autre, et que nous pouvons y assister, merci de me tenir informé, je ferai tout ça !

     
  • Par etoile 11 Juil 2011 - 15 H 44
    Photo du profil de etoile

    par ce que en France,dis je dans le pays des lumières
    d’autres ont choisi un autre chemin ignoble
    j’espère que la lâcheté des agresseurs sera vivement puni
    que ce monsieur sera soutenu par des associations
    maintenant et après
    c’est une violence physique et psychologique
    vous n’êtes pas seul Demir bon courage
    la lâcheté c’est le courage des imbéciles!!

     
  • Par Space Dolphin 11 Juil 2011 - 14 H 24
    Photo du profil de Space Dolphin

    Il n’y pas pire dans l’ignominie et l’abjecte de la nature humaine que ce genre d’agression, ou alors… bref ici n’est pas le sujet.
    Sous certains aspects, la France demeure encore aujourd’hui un pays sous développé, heureusement que des associations LGTB sont là pour dénoncer et aider à faire avancer au mieux notre cause.

    Tout mon soutient indéfectible à Demir, courage, il y a des gens même loin, en pensées avec toi.

     
  • Par Citrusse 11 Juil 2011 - 12 H 29
    Photo du profil de Citrusse

    Tout mon soutien à Demir. Quel courage. Je pense à lui.
    Merci Paul pour cet article.

     
  • Par Harmonie 11 Juil 2011 - 12 H 10

    Je ne sais pas si certains me suivraient mais j’aimerai (je ne sais par quelle manière) pouvoir manifester mon soutien à Demir. Je pense que dans ce genre de situation, il est appréciable de recevoir des témoignages de soutien, même s’ils proviennent d’inconnus. Qu’en pensez-vous? Certains auraient-ils des solutions à me proposer? Merci et courage à Demir…

     
  • Par zeroseven 11 Juil 2011 - 11 H 50
    Photo du profil de zeroseven

    Même chose pour moi : la lecture de cet article me laisse un goût sacrément amer, et je suis même encore plus horrifié par le comportement à l’hopital… c’est juste inqualifiable.

    Bon courage à toi Demir et tiens bon, j’espère vraiment que tu auras rapidement le soutien dont tu aurais dû bénéficier immédiatement d’ailleurs.

    Des fois on se dit qu’on a jamais vraiment quitté le moyen âge c’est juste terrible…

     
  • Par zombish 11 Juil 2011 - 11 H 15
    Photo du profil de zombish

    Viva Demir! Il a bien fait de porter plainte et d’en parler, il ne faut jamais rester en silence.

     
  • Par Red 11 Juil 2011 - 10 H 58
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    J’espère que tu trouveras du soutien auprès des asso alsaciennes ! (et nationales)

     
  • Par Red 11 Juil 2011 - 10 H 57
    Photo du profil de Red

    Bon courage Demir !

     
  • Par Delphine 10 Juil 2011 - 22 H 07
    Photo du profil de Delphine

    Affreux, tout est affreux.
    L’agression le comportement à l’hôpital…

    Courage Demir.

     
  • Par nileju 10 Juil 2011 - 18 H 41
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    rogopag : je souhaite réellement que l’homophobie ou la xénophobie soit aussi simple à combattre.

     
  • Par Têtuniçois 10 Juil 2011 - 17 H 39
    Photo du profil de Têtuniçois

    Mais pourquoi donc les casseurs de pédés se gêneraient-ils ? Des députés ( VANNESTE ) considèrent que l’homosexualité est un DANGER pour l’humanité , un député nous traite de malades et une autre d’animaux . Comment s’étonner ensuite que les casseurs de pédés se sentent dans leur droit de se défouler sur des homos ?
    Ceux qui devraient aussi être en taule , ce sont ces députés et ministres homophobes . Quant au ministre de l’éducation nationale aux ordres du lobby catho de Boutin , il est aussi responsable pour son absence d’action et de combat contre l’homophobie .
    Bon courage à Demir , transforme ta peine en combat contre l’homophobie avec de multiples associations comme par exemple le Refuge qui aide des jeunes homos victimes d’homophobie . Peut être pourrait-il aider et soutenir des jeunes gays dont les parents sont turcs . il arrivera peut être à convaincre des parents turcs à accepter l’homosexualité de leur fils ou de leur fille .

     
  • Par joe 10 Juil 2011 - 15 H 06
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    moi aussi j’habite Strasbourg…

     
  • Par joe 10 Juil 2011 - 15 H 04
    Photo du profil de

    Pourquoi le nom de la peniche n’est pas cité ??
    J’encourage Demir a porter plainte.
    ça fout les boules …

    l’article 132-77 du Code Pénal stipule que : « Dans les cas prévus par la loi, les peines encourues pour un crime ou un délit sont aggravées lorsque l’infraction est commise à raison de l’orientation sexuelle de la victime.
La circonstance aggravante définie au premier alinéa est constituée lorsque l’infraction est précédée, accompagnée ou suivie de propos, écrits, utilisation d’images ou d’objets ou actes de toute nature portant atteinte à l’honneur ou à la considération de la victime ou d’un groupe de personnes dont fait partie la victime à raison de leur orientation sexuelle vraie ou supposée. »

     
  • Par Paul Denton 10 Juil 2011 - 13 H 45
    Photo du profil de Paul Denton

    Cher @au passage, il se trouve que je n’ai pas d’insécables à disposition. Pour éviter d’avoir des guillemets en début ou en fin de ligne, j’ai préféré ne pas les espacer comme il en est effectivement d’usage.

     
  • Par au passage 10 Juil 2011 - 13 H 39

    un commentaire bien peu lié au rapport du texte (si ce n’est pas du tout) mais en français les guillemets doivent être précédés et succédés par un espace. A moins que tu ne sois suisse…
    Bon courage à Demir.

     
  • Par rogopag 10 Juil 2011 - 13 H 00

    Je suis une fois tombé, sur un chat gay, sur un homophobe, le skin de base, qui voulait en découdre. Il m’a avoué qu’il avait « cassé du pédé » par le passé, avec des amis. On a dû discuter une demi-heure, en passant par tous ses arguments (« vous êtes des marginaux, vous méritez la corde, la bible, etc…), et j’ai pu démonter un à un, en posant juste des questions, ses arguements.
    A la fin de la conversation, il m’a dit que j’avais fait changer son opinion sur les homos, et qu’il était CONTENT d’être tombé sur moi (sic!).
    Je pense que les homophobes souffrent beaucoup de se savoir une part d’homosexualité (comme à peu près tout le monde), et ont souvent le sentiment de rater globalement leur vie. Le fait d’avoir une victime, un « inférieur » sur lequel rejeter toutes les fautes, leur permet de garder leur système de références intact.
    En parallèle d’une ligne pour les jeunes homos, il faut mettre en place une ligne pour les jeunes homophobes (avec une accroche qui puisse les intéresser, et ne les engage pas trop).
    A fortiori, un entretien obligatoire avec un psychologue, pour les auteurs d’agressions xénophobes, me semble indispensable.
    On ne sortira pas de ces problèmes en poussant des hauts cris et en clamant « la xénophobie c’est mal », comme si c’était une évidence. Chaque xénophobe a son histoire, et a ses raisons de détester « les autres ».

     
  • Par Paul Denton 10 Juil 2011 - 11 H 05
    Photo du profil de Paul Denton

    Non @Nicoloo.

     
  • Par Nicoloo 10 Juil 2011 - 10 H 52
    Photo du profil de

    Outre l’agression qui est intolérable, les (non) réactions aux urgences et la remarque raciste font-elles aussi l’objet d’une plainte ?