Oreo arc-en-ciel, le biscuit de la discorde

Pour célébrer ce mois de gay pride dans le monde entier, la marque Oreo, du nom de son biscuit le plus emblématique, a eu l’idée de diffuser un montage aux couleurs de l’arc-en-ciel (lire Les biscuits Oreo célèbrent la gay pride). Un hommage qui ne plaît pas à tout le monde. En quelques heures, la photo a suscité plus de 20 000 commentaires sur le compte Facebook de la marque, parmi lesquels une part importante de déclarations homophobes. Certaines appelant même au boycott de la marque.

Florilège: «Je n’achèterais plus jamais d’Oreos!», s’indigne un internaute tandis qu’un autre se dit «dégoûté» par l’initiative de la marque. «Génial, se désespère un autre fan du biscuit, maintenant, mes putains d’Oreos sont devenus gays à leur tour». «Le point de vue de Dieu n’a pas changé depuis Sodome et Gomorrhe, aucun véritable chrétien ne s’engagera en faveur de l’homosexualité», menace un commentateur-prédicateur, en référence à l’épisode biblique dans lequel les deux villes sont détruites par la colère divine en raison de leur immoralité.

Submergé par d’autres commentaires de la même veine, Kraft Foods, la maison-mère de la marque, répond par la voix de son porte-parole qu’elle a toujours «célébré la diversité» et qu’elle continuera à le faire «d’une façon amusante et ludique» à l’avenir.

La presse américaine, elle, met en balance les commentaires homophobes avec les 210 000 mentions « j’aime » en dessous de la photo du biscuit aux couleurs de l’arc-en-ciel sur Facebook. Tout en soulignant que de plus en plus de marques jouent sur une image gay-friendly, espérant par là-même augmenter leur profit. «Nombre d’entreprises et de marques, comme Bud Light, Wells Fargo, Johnson & Johnson et Coca-Cola, ont parrainé ou ont envoyé des représentants aux manifestations pour l’égalité des droits prévus à travers le pays le week-end passé», rappelle ainsi le Los Angeles Time.

Photo darklordbambi

Caiden Cowger, «Le visage diabolique de l’Amérique homophobe de demain»

Ses détracteurs moquent volontiers l’outrance de ses propos et sa grammaire approximative. D’autres soulignent sa capacité de nuisance, à l’instar du site Queerty qui le présente comme le «visage diabolique de l’Amérique homophobe de demain». Retenez bien son nom: Caiden Cowger. En deux petites semaines, les déclarations chocs de cet adolescent d’à peine 14 ans de la Virginie-Occidentale en ont fait la nouvelle coqueluche des chrétiens conservateurs et l’ont propulsé sur le devant de la scène médiatique Outre Atlantique.

«LE PRÉSIDENT OBAMA REND LES ENFANTS GAYS»
Cette célébrité fulgurante, le jeune Caiden la doit à une petite phrase qui a connu un retentissement national. «Le président Obama rend les enfants gays», a-t-il lâché le 26 mai dernier pour conclure son émission. Car le sale gosse homophobe made in USA a son propre terrain de jeu: un site baptisé modestement Caiden Cowger Show, qui lui permet de vomir deux fois par semaine, les mercredi et vendredi soirs à 19h pétantes, sa haine de l’Amérique libérale. Son compte Facebook est suivi par plus de 4000 internautes et il a déjà publié un livre intitulé Être un jeune conservateur.

http://www.youtube.com/watch?v=k8r7SoLdKd8

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo, cliquez sur 14 Year Old Talk Host Anti Gay Rant.

Au cours de son show (voir la vidéo ci-dessus), Caiden Cowger s’attaque d’abord à «Born this way», l’hymne homo de Lady Gaga: «L’homosexualité est une croyance, ce n’est pas quelque chose qui fait partie de soi. Ces gens ne sont pas « nés comme ça », quoi qu’en dise Lady Gaga». Puis il déverse sa haine sur d’anciens amis d’enfance sortis du placard par la suite: «C’est de pire en pire. Là où je vis, il y a environ 30 adolescents qui sont homosexuels. Des filles et des garçons. C’est écœurant. Ça me dégoute. Vous savez quoi? J’étais ami avec certains d’entre eux quand on était à l’école ensemble. Ils n’étaient pas homos. Ils ont juste décidé de le devenir».

Pour lui, le coupable est tout désigné: «S’ils sont devenus homosexuels, c’est parce qu’on les y a encouragé. Le président Obama dit: C’est normal, c’est « okay », vous êtes nés comme ça. Ça va aller mieux. Vous pouvez vous marier», s’indigne-t-il. En référence à la récente prise de position – personnelle – du président américain en faveur de l’ouverture du mariage aux couples gays et lesbiens (lire Ouverture du mariage: Barack Obama dit oui!).

LIBERTÉ D’EXPRESSION PRATIQUEMENT ABSOLUE
Cette longue tirade homophobe a provoqué un véritable tollé aux États-Unis. Sur Youtube, les réactions oscillent entre indignation et amusement, des internautes allant jusqu’à suggérer que le discours extrême du jeune Caiden viserait en réalité à dissimuler sa propre homosexualité. Le débat pourrait à présent prendre une tournure judiciaire car parmi ceux qui jugent ces propos néfastes, certains affichent  leur volonté d’empêcher leur diffusion sur la Toile. C’est le cas de Rhonda Magnus, la mère d’un adolescent gay harcelé dans son école en raison de son homosexualité et qui se bat devant la Cour Suprême de New York pour faire reconnaître officiellement les souffrances dont son fils a été victime. Sa voix rencontre un écho favorable dans une nation secouée par plusieurs suicides de jeunes LGBT. L’homophobie diffusée à grande échelle, autrefois acceptée et même parfois encouragée, semble désormais avoir davantage de mal à passer au pays de l’oncle Sam.

Signe d’une évolution des mentalités ou volonté de se couvrir? La plainte de Rhonda Magnus a en tous cas été entendue. Les deux hébergeurs de l’émission, Youtube et Spreaker, ont en effet rapidement suspendu les comptes de Caiden Cowger, Spreaker s’opposant clairement à «tout discours de haine» par la voix de son PDG. Bravache, l’adolescent n’a pas tardé à ouvrir un nouveau compte sur Youtube et se retranche derrière le premier amendement de la Constitution américaine qui lui garantit une liberté d’expression pratiquement absolue pour justifier sa prise de parole.

PENTECÔTISME ET TEA PARTY
Si Caiden Cowger prend soin de rejeter, officiellement du moins, la violence physique prônée par d’autres intégristes religieux américains (lire États-Unis: un pasteur veut exterminer les homos), ses déclarations ne le rendent pas moins dangereux aux yeux des associations de soutien aux LGBT. Dans une note cinglante publiée le 5 juin, la très respectée The New Civil Rights Movement, une association qui lutte contre toutes les formes de discrimination, révèle que le jeune Caiden est Pentecôtiste et le tacle pour son discours «haineux» en le classant dans la catégorie des adolescents «endoctrinés».

Surtout, le jeune Caiden semble comme chez lui dans la mouvance du Tea Party, l’aile ultra-conservatrice du parti Républicain. Sur son Facebook, une série de photos le montrent parader fièrement à une réunion locale de ce mouvement. Autre indice de cet engagement politique particulièrement précoce, son discours, qui semble calqué sur celui d’un Glenn Beck ou d’un Bill O’Reilly, les voix les plus extrêmes de Fox News et qu’il considère comme des figures tutélaires. Ceux-là même qui ont traité le président Obama de «terroriste musulman» ou qui ont remis en doute sa nationalité lors des élections – au motif qu’il ne serait pas né sur le territoire américain – pour le discréditer. Ne restait plus qu’à accuser Barack Obama de rendre les enfants gays. C’est chose faite désormais. Reste à savoir si à l’avenir, le désormais célèbre Caiden Cowger confirmera son nouveau statut de héraut de l’homophobie. Un possible plan de carrière à surveiller de près.

Mise à jour, mardi 12 juin 00h02: Ajout des réactions aux propos de Caiden Cowger.

Photo DR

Un couple gay qui a passé une nuit en avion aux côtés du « dépeceur de Montréal » témoigne

«On a dormi à côté du dépeceur». Etienne et son compagnon ont encore du mal à réaliser ce qui leur est arrivé. Le 26 mai dernier, ce couple de jeunes Français s’envole de l’aéroport de Montréal pour rentrer à Paris au terme d’un séjour de quinze jours au Québec en amoureux. Les deux hommes sont sur leur petit nuage. C’est leur tout premier voyage à deux à l’étranger.

Le vol, de nuit, se passe bien à ceci près que le comportement du passager assis juste à côté d’eux attire leur attention : «Il n’avait pas l’air bien. Il se mettait toujours de dos, comme s’il avait quelque chose à cacher et il était agité», raconte Etienne à Yagg. Ce n’est que le jeudi suivant leur retour à Paris, le 31 mai, lorsque l’alerte donnée par la justice canadienne est reprise par les médias du monde entier, que les deux hommes se rendent compte qu’ils ont peut-être passé leur nuit en avion aux côté de Luka Rocco Magnotta, ce jeune Canadien de 29 ans soupçonné d’avoir tué avec un pic à glace puis dépecé son amant à Montréal.

«Au début, on n’était pas sûr que c’était lui mais la coupe de cheveux mise à part, il lui ressemblait beaucoup», explique Etienne, qui relate par ailleurs leur rencontre avec celui que l’on surnomme le «dépeceur» sur son blog, Le journal de MisterB*itch: «Il porte un tshirt Mickey, un pantalon kaki, entre 25 et 30 ans, il est grand, un look d’ado, un mec androgyne , les cheveux longs et les yeux clairs, je le place dans la catégorie gay extraterrestre. On espère secrètement qu’il ne va pas s’asseoir à coté de nous, raté! Sans un mot, il se place devant notre rangée, on se lève, il passe devant nous en nous collant. Je ne fais plus attention à lui, on décolle, il se tourne, dos à nous et dort, il est bloqué entre le hublot et nous. Il pue». Contacté par Yagg, Etienne alias Mister B*tch le blogueur, a confirmé son récit et a donné son billet d’avion pour preuve à condition que son anonymat soit respecté:

Une semaine après cet étrange vol de nuit, Etienne ayant quitté Paris pour son travail, son compagnon reste seul avec sa peur. «Je n’ai pas arrêté de me demander si on avait réellement voyagé juste à côté du tueur présumé». Il se repasse la scène en boucle dans sa tête: «J’avais mon bras et ma cuisse collés à la sienne pendant tout le vol et comme c’était un vol de nuit, j’avais posé mon sac à main à mes pieds pour dormir. Il aurait très bien pu prendre mes papiers, connaître notre adresse». Les jour suivants sont tout aussi angoissants. Des témoignages, relayés par la presse, font état de la présence du meurtrier présumé en Seine-Saint-Denis. De quoi imaginer le pire.

Heureusement, Etienne a fait part de leurs soupçons à la police dès qu’il a cru reconnaître leur étrange voisin de vol à la télévision. Il est convoqué au ministère de l’Intérieur le lundi suivant pour déposer son témoignage. C’est au cours de sa déposition, hier après-midi, qu’il apprend en même temps que les policiers par une dépêche du Monde que le tueur présumé a finalement été arrêté à Berlin. Les policiers lui montre alors des images de Magnotta captée par la vidéosurveillance de l’aéroport leur confirmant que lui et son compagnon ont bien passé la nuit à côté d’un meurtrier présumé en fuite. «On me montre des photos, une photo d’un homme à l’aéroport de Paris, il porte un t-shirt Mickey, il a les cheveux longs, le pantalon Kaki… C’était lui, je l’ai reconnu», dit Etienne.

«Maintenant qu’il a été pris, on respire», confie le couple, tout en réfléchissant à leur incroyable histoire. Combien de probabilité il y avait pour qu’un tueur gay en fuite s’assoit à côté d’un couple gay?, s’interroge le compagnon d’Etienne. C’est complètement dingue!».

Photo INTERPOL/DR

Merci à Matoo.

Homophobie: Nouveau dérapage d’un élu UMP sur Twitter

L’homophobie serait-elle devenue un tremplin pour les élus en mal de publicité? Cette fois, c’est Noël Faucher, maire UMP de la charmante commune de Noirmoutier en Vendée et candidat suppléant aux législatives pour son parti, qui y va de son tweet homophobe: «Bientôt on va nous dire que l’homosexualité est naturelle», s’indigne l’édile le 18 mai dernier en réponse au message de tolérance d’un internaute qui ne lui était même pas destiné. Et d’ajouter, perfide: «Comme si la nature choisissait d’autodétruire une espèce!». Interpellé dès le lendemain par des tweetos pour ses propos intolérants, Noël Faucher enfonce le clou tout en se défendant d’être homophobe. Un classique des… homophobes, justement. «Aucun mépris, assure l’élu, simplement une réflexion sur les lois de la Nature sans aucun esprit d’opprobre, au contraire!». Au passage, le maire fustige «ce lobby de la bien pensance (sic) imbu de suffisance qui devrait lire et avoir un peu d’ouverture d’esprit». Lobby, lobby, ça ne vous rappelle rien? Encore ce fantasme d’un puissant groupe de pression gay, relayé par des plusieurs figures politiques de droite.

Noël Faucher rejoint ainsi le club de ces politiques UMP qui se sont faits connaître en proférant des horreurs sur les homos. Car en s’en prenant à une minorité, d’obscurs élus locaux ont trouvé le moyen de faire parler d’eux. Qui connaissait au niveau national Christine Boutin et Christian Vanneste  avant leur obsession très médiatisée pour les gays et les lesbiennes? Ou Brigitte Barèges, avant son désormais fameux «Et pourquoi pas avec des animaux», pour marquer son opposition à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe? Le dernier en date, le député Jean-Marc Nesme, n’a-t-il pas connu son heure de gloire en tenant des propos dans la même veine? Bref, à l’image des ses inspirateurs, Noël Faucher se fait une notoriété sur le dos des homos. De fait, il est difficile de savoir quelle attitude adopter face à ce genre de déclarations: les condamner fermement – à l’exemple de Jean-Luc Romero sur son blog dès hier soir – ou les ignorer pour ne pas accorder à leurs auteurs une attention démesurée? Et vous, qu’en pensez-vous?

[Mise à jour, 26 mai, 17h56]

Sur son compte Facebook, Noël Faucher tient à adresser ses excuses «aux personnes qui ont pu être blessées par ce tweet». Il affirme qu’il n’a pas mesuré la portée de ses mots: «Les réactions suscitées par un tweet maladroit montrent clairement l’émotion pour une phrase interprétée sous un angle qui n’est pas l’expression de ma façon de penser». Et se défend une fois de plus de toute homophobie: «Je considère que chacun est absolument libre de conduire sa vie privée comme il l’entend. Je m’interdit de porter tout jugement en ce domaine. La vie privée est un domaine réservé qui appartient à chacun d’entre nous. […] Bien évidemment je condamne avec la plus grande fermeté toute forme d’homophobie et de stigmatisation».

Peut-être faudrait-il rappeler à Noël Faucher que les homos ont le droit, comme les hétéros, de vivre leur vie au grand jour et pas seulement de manière «privée» et qu’il serait bon que certains politiques s’appliquent à eux-même une conduite irréprochable en matière de lutte contre l’homophobie plutôt que de faire semblant de s’en repentir en condamnant de manière hypocrite la «stigmatisation» des homos, à laquelle ils participent pourtant de bon coeur. À bon entendeur.

[Mise à jour, 26 mai, 20h25]

Dans un communiqué, les Jeunes Socialistes se disent «scandalisés» par les propos de Noël Faucher et reprennent «la demande des Jeunes Socialistes de Vendée de condamnation de ces propos» en exigeant «la démission de Noël Faucher de l’ensemble de ses fonctions et mandats».

Photo Ville de Noirmoutier 

États-Unis: Militaire et gay, il reprend sa place au sein de l’armée

Pour le moment, il est encore un étudiant en photographie. Le 23 mai prochain, Anthony Loverde, 33 ans, quittera la vie civile pour remettre son uniforme de sergent-chef de l’US Air Force. Quatre ans après en avoir été exclu pour être sorti du placard, en vertu de «Don’t Ask Don’t Tell» (DADT). Cette loi qui forçait les militaires homos à taire leur orientation sexuelle sous peine d’exclusion, définitivement abrogée par Barack Obama en septembre dernier (lire Barack Obama met fin à «Don’t Ask Don’t Tell»).

LE DEUXIÈME VÉTÉRAN À ÊTRE RÉINTÉGRÉ DEPUIS LA FIN DE DADT
«Quand j’ai été exclu, je savais que cette loi finirait par être abandonnée parce que c’était une législation discriminatoire. Mais j’ignorais que cela se produirait en 2011 et que je pourrais retourner au service», confie Anthony Loverde à Yagg entre deux interviews. S’il se retrouve aujourd’hui sous le feu des médias, c’est parce qu’il n’est que le deuxième vétéran à être réintégré depuis le fin de DADT. Mais surtout car il est l’un des rares à retourner sous le drapeau à son ancien poste, coordinateur de vol à bord d’un avion de transport militaire, de type Lockheed C-130. Toutefois, pour retourner sur le terrain, il devra d’abord rafraîchir ses connaissances et repasser son certificat d’aptitude au vol. Ses compétences ne s’arrêtent pas là: Anthony Loverde est également un expert reconnu en calibrage de systèmes d’armement de l’armée de l’air.

Tous les militaires concernés n’ont pas son baggage scientifique. Ceux-là verront probablement leur demande de réintégration dans leur corps d’origine refusée. «Beaucoup de militaires exclus sont maintenant trop âgés pour être de nouveau acceptés», selon David McKean, du Servicemembers Legal Defense Network (SLDN), une organisation qui offre un soutien juridique au personnel militaire LGBT. D’autres ne seront pas réintégrés en raison d’une condition physique insuffisante ou parce que leur savoir militaire est devenu obsolète. En outre, l’armée entendrait profiter de la fin annoncée des opérations en Irak et en Afghanistan pour réduire ses effectifs. La question demeure sensible au pays de l’Oncle Sam.

IMPOSSIBLE DE PARLER D’UN PETIT AMI OU DE S’OUVRIR D’UNE RUPTURE
L’histoire d’Anthony Loverde est pourtant aussi celle des 14 000 de militaires homosexuels américains exclus de l’armée pour avoir enfreint DADT. Engagé à l’âge de 20 ans, le jeune sous-officier se voit dans l’obligation de taire son orientation sexuelle pendant ses sept ans de service actif. Il doit également mettre au point des stratagèmes pour échapper aux questions de ses coéquipiers. Impossible de parler d’un petit ami ou de s’ouvrir d’une rupture. Il connaît la règle: les militaires homos doivent non seulement garder le silence sur leur orientation sexuelle mais aussi prévenir toute indiscrétion. La législation contraint en effet tout militaire qui aurait connaissance de l’homosexualité d’un collègue d’en informer sa hiérarchie. La loi du silence règne dans les baraquements. Pas dupes, des membres de son unité le surnomment «Vapor» [Fumée, en anglais, ndlr] en raison de sa propension à s’évaporer entre chaque mission. «Je partais pour ne pas avoir à leur mentir sur ma vie», se justifie-t-il aujourd’hui.

Au fil du temps, il prend néanmoins conscience du cruel sacrifice qui lui est imposé: garder tout un pan de sa vie pour lui-même, au risque de compromettre son propre bien-être. Car outre le «stress» occasionné par le poids de son secret, Anthony Loverde voit ses relations avec ses collègues et amis mises à mal, faute de pouvoir s’exprimer sur sa vie sentimentale. «À de nombreuses reprises, quand j’étais déployé, j’ai réalisé que c’était de nature à remettre en question la confiance que nous avions les uns envers les autres», confie-t-il. «Mes camarades sentaient que j’avais quelque chose à cacher, parce que j’avais une vie privée tellement secrète que je ne pouvais même pas prendre part à des conversations normales».

HYPOCRISIE
En 2008, il décide de briser le silence en révélant son homosexualité à sa hiérarchie. «J’ai réalisé que je ne voulais pas faire carrière dans un métier qui m’obligeait à tromper mes coéquipiers et amis». Il va voir son commandant et fait son coming-out. «Sortir du placard a été la décision la plus difficile de ma vie jusqu’à maintenant», reconnaît-il. «Je connaissais les conséquences d’un coming-out et je savais que ça allait me coûter ma carrière mais j’étais fatigué de vivre dans le mensonge, et ces sept années de service sous DADT m’ont vraiment pesé».

Comme le prévoit la loi, il est remercié. Après son exclusion des rangs, il rejoint un prestataire privé de l’armée américaine qui le renvoie en Irak exercer des fonctions similaires. «De retour en Irak puis en Afghanistan, j’ai travaillé au sein d’un laboratoire technique de calibrage… pour l’armée américaine», raconte-t-il. C’est toute l’hypocrisie de la loi: trop gay pour servir sous le drapeau mais suffisamment pro pour être utile à l’armée dans le privé. Même si elle lui permet de poursuivre son engagement, cette expérience ne lui permet pas de retrouver la «satisfaction» qu’il éprouvait à faire partie de l’US Air Force. Il rentre au pays à l’été 2009.

TOURNÉ VERS L’AVENIR
L’occasion pour lui de réaliser un vieux rêve: étudier la photographie. Il s’engage alors dans un Master’s of Fine Arts à l’Academy of Art à l’Université de San Francisco. Son sujet de mémoire est tout trouvé et porte sur DADT. Il fait de son mémoire un recueil de ses photographies intitulé Une force silencieuse: Ces hommes et ces femmes qui servent sous Don’t Ask Don’t Tell, publié en 2010. «C’était un outil de pression politique pour humaniser le débat sur la loi au Congrès, à Washington», explique-t-il. Pendant cette période de lutte, il rencontre des activistes qui diffusent son livre chez les politiques en plein débat sur l’opportunité d’abroger la loi. Mais l’armée lui manque. «Je n’ai jamais réussi à trouver un équilibre dans la vie civile», reconnaît-il. «Je me considèrerais toujours comme un aviateur».

En attendant de regagner la base de Sacramento, puis celle de Little Rock en Arkansas où il retrouvera certains de ses anciens camarades, Anthony Loverde partage son temps entre les interviews à la presse et les séances de jogging. «J’ai dû perdre du poids pour pouvoir reprendre le service mais c’est quelque chose que j’avais déjà fait. Maintenant, je dois juste continuer à m’entraîner au quotidien». Désormais, le sergent-chef Loverde a le regard tourné vers l’avenir: «J’ai la chance d’avoir de nouveau mon travail et de le reprendre là où je l’avais laissé, je suis super impatient!».

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Paris Foot Gay et Pierre Guénin jouent la carte de l’humour face au dérapage de Louis Nicollin

«ET OUI, JE SUIS UN PÉDÉ!»
Déjà épinglé par les associations LGBT pour des propos homophobes, le patron du Montpellier Hérault Sport Club, affectueusement surnommé Loulou par ses fans, avait pris de bonnes résolutions: signature de la Charte contre l’homophobie et participation au clip contre l’homophobie dans le sport de l’association Paris Foot Gay. Une participation qui lui a valu de recevoir récemment le prix Pierre Guénin contre l’homophobie, provoquant un début de controverse (lire Louis Nicollin, lauréat d’un prix contre l’homophobie? Seriously?). Louis Nicollin, homophobe repenti? Un beau tableau qui a volé en éclats jeudi dernier quand Loulou a récidivé au micro de RMC: «Au dernier moment j’ai eu peur, je ne suis pas allé au Vélodrome voir OM-Montpellier. Eh oui, je suis un pédé!», a-t-il déclaré pour expliquer pourquoi il ne s’est pas rendu au match entre Montpellier et l’OM.

«RAVI D’APPRENDRE PAREILLE NOUVELLE»
Contacté, Pierre Guénin, fondateur du prestigieux prix du même nom, choisit de répliquer sur le ton de l’humour: «Ravi d’apprendre pareille nouvelle. Que mon prix Pierre Guénin contre l’homophobie ait pu convaincre Louis Nicollin à ce point là; je vais finir par croire au Bon Dieu. Mon cher Louis, viens recevoir ton prix à l’Hôtel de Ville de Paris. Le 14 mai. J’y recevrai moi-même la médaille de Chevalier des Arts et des lettres de la main de l’adjoint de Delanoë, Christophe Girard. Il y aura du beau monde et nous ferons la fête».

«IL N’EST PLUS HOMOPHOBE»
Du côté du Paris Foot Gay, on rit plutôt jaune, et on fait le dos rond. L’association, pourtant prompte à dégainer contre l’homophobie dans le monde du foot n’a pas cru bon de réagir à la sortie de la star de son dernier clip. Volonté de ne pas ternir l’image de l’une de ses plus belles prises? «Il a fait son coming out», plaisante Pascal Brethes, président de l’association, qui préfère relativiser l’incident: «Nous n’avons pas réagi car il nous a prouvé à travers ses actions qu’il n’est plus homophobe. On est quand même très loin de ses anciennes déclarations violentes». Tout en reconnaissant que ces derniers propos font taches: «C’est dans la logique du personnage, un humour dingo et profondément douteux». Bref, avant même de recevoir son prix, le lauréat 2012 de la lutte contre l’homophobie a déjà du plomb dans l’aile…

[Mise à jour, 17 avril, 20h11]

Dernier rebondissement dans ce qu’il convient désormais d’appeler l’affaire Nicollin. Alors que Pierre Guénin, «ravi», avait décidé de prendre l’affaire avec légèreté, un communiqué émanant pourtant de son propre service de presse vient de tomber: Loulou ne recevra finalement pas le prix qui devait le récompenser pour son engagement (de courte durée) contre l’homophobie (lire Le prix Pierre Guénin contre l’homophobie retiré à Louis Nicollin).

«En participant au clip du Paris Foot Gay, Louis Nicollin avait donné des gages. Nous sommes au regret de constater aujourd’hui qu’on ne pouvait leur accorder que peu de prix, et que l’insulte ou le commentaire à caractère homophobe font hélas bien partie du patrimoine génétique et « culturel » du Président du Club de Football de Montpellier. Une manière bien ingrate de répondre à la main qui lui avait été tendue», écrit le jury dans son communiqué.

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Et vous, qu'en pensez-vous?